"Les naufragés de la Méduse" de Jacques-Olivier Boudon : une des meilleures études historiques sur cette aventure macabre, fascinante et... terrifiante<!-- --> | Atlantico.fr
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Le livre de Jacques-Olivier Boudon, "Les naufragés de la Méduse", a été publié aux éditions Tallandier.
Le livre de Jacques-Olivier Boudon, "Les naufragés de la Méduse", a été publié aux éditions Tallandier.
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Jacques-Olivier Boudon a publié "Les naufragés de la Méduse" aux éditions Tallandier.

Hélène Renard pour Culture-Tops

Hélène Renard pour Culture-Tops

Hélène Renard est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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"Les naufragés de la Méduse" de Jacques-Olivier Boudon

Editeur : Tallandier, collection Texto - 315 pages - 10 € 1ère édition Belin 2016

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Thème

Si le célèbre tableau de Géricault illustre le drame des rescapés sur un radeau après le naufrage de la frégate La Méduse (2 juillet 1816), l'ouvrage de l'historien Jacques-Olivier Boudon offre beaucoup plus : une étude complète et détaillée de tous les aspects du sujet : Qui sont les 400  passagers  embarqués pour cette expédition vers le Sénégal (civils, soldats et équipage), un portrait du  commandant (trop peu expérimenté) de Chaumareys et du futur gouverneur du Sénégal Schmaltz, un récit des premiers jours de navigation jusqu'aux causes de l'échouage sur le banc d'Arguin face à la Mauritanie. Puis l'évacuation des passagers,  certains (147) entassés sur un radeau de fortune, d'autres répartis dans les quelques canots et chaloupes (qui ne peuvent en accueillir que 250) des trois autres embarcations de l'escadre (l'Echo, l'Argus et La Loire).

L'abandon du radeau laisse à la dérive, pendant 13 jours, des hommes (et quelques femmes) qui vont s'entredéchirer... jusqu'à s'entre-dévorer. Il n'en restera vivants qu'une quinzaine. Quant à ceux qui ont pu regagner la côte et traverser le désert -on les oublie souvent- ils rencontrent également périls et  souffrances. L'auteur explique comment et pourquoi ce naufrage a généré un immense choc dans l'opinion et une crise politique majeure en France par les souvenirs publiés des rescapés et le procès retentissant du commandant.  Pour chacun des personnages de ce drame, il précise la naissance, la formation, la carrière civile ou militaire, le traumatisme, la fin de vie, bref, il déroule leur histoire avant l'embarquement et, pour les survivants, après le naufrage. Il compare les différents témoignages (qu'en historien, il prend avec précautions), en particulier pour les scènes d'anthropophagie (Savigny, Coudein, Corréard...) ce qui lui permet de proposer aussi une réflexion sur le cannibalisme, ce "tabou transgressé".  Les derniers chapitres sont consacrés à l'accueil du tableau de Géricault qui, bien que jugé dérangeant, va donner naissance à un mythe.

Points forts

Tout y est ! A toutes les questions que l'on peut se poser, humaines, politiques ou techniques, le livre apporte des réponses détaillées. Au fond, que s'est-il réellement passé sur la frégate, sur le radeau et dans le désert ? L'auteur analyse (et sa documentation dans les archives est impressionnante) les très nombreux interrogatoires des acteurs rescapés de ce drame au point qu'il peut quasiment le reconstituer heure par heure.

Bien qu'il existe d'autres publications relatives à ce naufrage, la bibliographie en témoigne, je pense qu'on ne saurait trouver meilleure étude historique que celle-ci.

Excellent rappel des oeuvres qui se sont emparé du mythe du naufrage, tant en  littérature (Eugène Sue, Jules Verne...), qu'au théâtre, au cinéma et en  musique (Jacques-Olivier Boudon raconte qu'en écoutant, tout jeune, la chanson de Brassens, les Copains d'abord, il a eu envie d'aller au Louvre pour découvrir Géricault).

Points faibles

La couverture du livre offre seulement une partie du tableau de Géricault (peint en 1819) alors que l'auteur, après en avoir raconté la genèse, prend soin de l'examiner de si près qu'il en reconnaît les personnages... mais pas nous, puisqu'on nous prive de l'ensemble de l'oeuvre !

Quant à la carte, elle est mal lisible et insuffisante.

En deux mots ...

Bonne idée de republier, dans une version "Texto", cet ouvrage, initialement sorti en 2016 au moment du  200ème anniversaire du naufrage. Peut-être parce qu'il est lié, indirectement à l'histoire de Napoléon (dont on commémore le 200e anniversaire de la mort en ce mois de mai 2021).  En effet, La Méduse a quitté l'Île d'Aix, le 17 juin 1816, un an presque jour pour jour après que Napoléon ait quitté la France pour Sainte-Hélène, le 18 juin 1815, lui aussi à partir de l'Ile d'Aix. 

Un extrait

“La dérive du radeau a focalisé l'attention sur les 147 naufragés qui y avaient pris place, mais le sort des 250 autres passagers de la frégate fut également contrasté selon qu'ils soient montés à bord des canots des officiers supérieurs, ou aient dû débarquer sur la côte saharienne avant de regagner le Sénégal. (p. 115) ...Pour près de 170 passagers de La Méduse, la route du Sénégal passe par le Sahara.  (p 123)

(sur le radeau) d'emblée une hiérarchie sociale s'instaure. Les naufragés se divisent presque naturellement en deux groupes. Au centre, le "groupe des officiers" qui comprend notamment les officiers d'infanterie, quelques cadres de l'équipage de la frégate et une poignée de passagers... Se répartissent aux marges l'essentiel des soldats du bataillon du Sénégal et des matelots. Les provisions sont rares... L'entassement est extrême...  Le bilan de la deuxième nuit d'errance est lourd. A la suite des combats, 65 soldats et matelots ont disparu mais pas un seul officier. Il ne reste alors qu'une soixantaine d'hommes sur le radeau... C'est au matin de la troisième journée que les survivants commencent à manger de la chair humaine…”  (p94-95)

L'auteur

Jacques-Olivier Boudon, professeur à l'Université Paris IV Sorbonne, président de l'Institut Napoléon, est un historien spécialiste de l'Empire, période à laquelle il a consacré l'essentiel de son oeuvre (plus de 25 titres). On lui doit, entre autres,  un ouvrage (avec Antoine Champeaux) sur Les troupes de la marine et les colonies sous le Premier Empire (Panazol, Lavauzelle, 2005). Il est également l'auteur de présentation des catalogues d'expositions sur la légende napoléonienne qui ont fait date : celle de La Roche-sur-Yon en 2008-2009 et celle de la Bibliothèque Marmottan à Boulogne-Billancourt en 2009.

Et aussi

D'autres chroniques sur Culture-Tops vous sont proposées sur des ouvrages de Jacques-Olivier Boudon :

-Celle d'Hélène Renard sur Le Sexe sous l'Empire (La Librairie Vuibert éditeur)

- Celle de Paul Beuzebosc sur La Campagne d'Egypte (éditions Belin)

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