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"L’Autre qu’on adorait" de Catherine Cusset : superbe graine de Prix
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"L’Autre qu’on adorait" de Catherine Cusset : superbe graine de Prix

Catherine Cusset a publié "L'Autre qu'on adorait" aux éditions Gallimard. Pour fêter ses 7 ans, Culture-Tops lance "7 ANS DE COUPS DE CŒUR" : une sélection des meilleurs livres publiés depuis 2013. Bonne (re)lecture !

Marie De Benoist pour Culture Tops

Marie De Benoist est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

 

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"L’Autre qu’on adorait" de Catherine Cusset

Editions Gallimard - 291 pages

 

RECOMMANDATION

En priorité


THEME
Superbe graine de Prix.

Thomas Bulot, qui aimait tant la vie, choisit pourtant de la quitter à 39 ans, en 2008. Catherine, la narratrice, nous livre le portrait de son meilleur ami, dont elle raconte l’existence romanesque et tragique. Un premier échec inexplicable à l’Ecole normale supérieure, alors qu’il était l’étudiant le plus brillant de sa khâgne, ainsi que deux tentatives amoureuses sans lendemain, vont sans doute déterminer son destin. Admis à l’université prestigieuse de Columbia dans cette Amérique, pleine de promesses, qui l’éblouit, il va très vite gâcher ses talents. Esprit trop libre, il se disperse, se lance dans des projets sans les mener à leur terme, multiplie les candidatures qui n’aboutissent pas, et collectionne les conquêtes féminines ; il connaît  des hauts et des bas inquiétants. Les postes universitaires et les femmes lui échappent de manière répétitive. L’argent manque … Il plonge dans l’alcool et la drogue. Sa dépression, diagnostiquée trop tard, explique peut-être tous ces excès : la descente aux enfers semble inévitable.

 

POINTS FORTS
• Catherine Cusset redonne vie avec lucidité et passion à cet être exceptionnel, qui était illuminé par son rire ; le tutoiement, qu’elle a choisi, souligne l’amitié intense, complice et sincère, qui les a unis, après une brève liaison. Chacun écoutait les conseils et les reproches de l’autre. Elle a même renoncé, grâce à lui, à sa façon cruelle de juger les autres dans ses livres.
• La tendresse qu’elle éprouve pour lui ne l’aveugle pas ; fascinée par son pouvoir de rendre les autres plus vivants, elle ne cache pas ses défauts : son instabilité, son caractère velléitaire, ses imprudences, son inconséquence. Elle fouille avec sensibilité la psychologie de Thomas, elle dévoile son intériorité au lecteur, qui partage ses emballements comme ses déceptions.
• Elle révèle l’étendue de sa culture à travers ses trois passions : la littérature d’abord, il a rédigé sa thèse sur Proust, avec lequel elle lui trouve plus que des affinités; puis le cinéma, il devait écrire un livre sur un réalisateur méconnu; et enfin la musique, le jazz surtoutle titre est d’ailleurs emprunté à une chanson de Léo Ferré.
• Elle insiste sur sa personnalité hors normes : excessif en tout, il ne parvient pas à construire sa vie, alors que personne ne résiste à son charme et à son humour. Amoureux véhément et pressant, il lasse les femmes qu’il séduit ; d’une intelligence aiguë, il fascine ses étudiants et ses amis, mais il les épuise aussi par son enthousiasme encombrant.
• Elle montre de manière bouleversante comment il a laissé tous ses proches démunis, voire coupables, quand il a décidé de disparaître : auraient-ils pu le sauver si sa dépression avait été identifiée plus tôt ?
• Les lieux  décrits de manière très visuelle contribuent à la vitalité de ce « roman vrai » ; l’auteur nous entraîne à New-York, à Montmartre ou à Salt-Lake-City avec la même aisance …

 

POINTS FAIBLES
Je n’en vois pas …

 

EN DEUX MOTS
Catherine Cusset nous propose un livre superbe, écrit d’une plume alerte et efficace ! Elle parvient à captiver le lecteur grâce à ce personnage si romanesque, en dessinant un portrait intimiste et saisissant de vérité.  Elle réussit à imaginer avec le plus de vraisemblance possible les contradictions de cette « ombre où nous ne pouvons jamais pénétrer » (Proust, en épigraphe). Elle s’intéresse à ce qu’on montre et à ce qu’on cache. Elle nous fait réfléchir aux critères qui déterminent les succès et les échecs d’une vie. Celle de son ami Thomas ressemble à une fuite en avant, qui se heurte violemment à son issue inéluctable.

 

UNE PHRASE
« Qu’est-ce qu’un portrait ? Les ignorances comblées par la fiction fausseront-elles celui-ci ? Entendra-t-on ton rire ? Verra-t-on comme je la vois la courbe de ta vie, cette ligne qui prend un grand tournant quand tu pars à vingt-trois ans aux Etats-Unis et qui, telle une voiture de sport, fonce vers un mur contre lequel elle va se fracasser ? » p.290

 

L'AUTEUR
Catherine Cusset, née en 1963, est normalienne et agrégée de lettres classiques. Elle a fait une thèse sur le marquis de Sade et a enseigné la littérature française à Yale, de 1991 à 2002. Mariée avec un américain, elle vit à Manhattan.

Elle est l’auteur d’une dizaine de romans, dont En toute innocence (1995), Le Problème de Jane,grand prix des lectrices de Elle 2000, La Haine de la famille (2001), Confessions d’une radine (2003),Un brillant avenir, prix Goncourt des Lycéens 2008 et Une éducation catholique (2014).

Chronique publiée le 6 octobre 2016

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