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Le vrai bilan économique d'Obama

A la veille de l'élection présidentielle américaine, zoom sur le bilan économique de Barack Obama. Un bilan en demi-teinte que le président sortant juge lui-même "insuffisant". En 4 ans, les Etats-Unis ont connu une forte hausse du chômage et une explosion de leur dette.

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Le vrai bilan économique d'Obama

Obama a vite été rattrapé par une crise économique sans précédent depuis les années 30 Crédit Reuters

Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, les élections présidentielles ne manquent jamais d'apparaître - et d'être interprétées - comme un référendum sur le bilan du sortant. Dans une large mesure, l'élection américaine qui va se jouer le 6 novembre n'échappe pas à la règle. Confrontée depuis le début du mandat de Barack Obama au manque de vigueur de la reprise économique, à la persistance d'un chômage historiquement élevé, à la baisse de ses revenus, à la poursuite du marasme immobilier et à une réforme controversée du système de santé, une majorité d'Américains juge le bilan présidentiel plutôt négativement.

Pour Mitt Romney, le candidat républicain, ces échecs sont à mettre sur le compte de l'incompétence et du parti pris idéologique en faveur du "Big Government" dont aurait fait preuve Barack Obama.

Pour esquiver ces attaques, Obama a déplacé le débat sur le terrain des différences philosophiques qui l'opposent à Romney et aux Républicains et sur le danger que la victoire de ceux-ci ferait peser sur les classes moyennes. La campagne est apparue d'autant plus rétrospective que les candidats sont restés discrets sur les politiques qu'ils comptent mettre en œuvre en cas de victoire.

En réalité, le bilan du premier - et peut-être du seul - mandat d'Obama est mitigé. Candidat réformateur, Obama a vite été rattrapé par une crise économique sans précédent depuis les années 30, par une opposition républicaine intransigeante et radicalisée, et par ses propres erreurs en tant que leader politique.

Obama a le mieux réussi là où on l'attendait le moins, à savoir la politique étrangère et la sécurité nationale, terrains de prédilection habituels des Républicains. Il a tenu sa promesse électorale de désengagement militaire d'Irak, puis a amorcé le retrait d'Afghanistan, sans nuire à la réputation de l'armée américaine. Le même diagnostic d'un pays lassé par onze ans de guerre l'a conduit, entre autres raisons, à la prudence dans l'engagement des Etats-Unis en Libye et en Syrie. Dans le même temps, Obama a durci les relations avec la Chine et la Russie et accéléré le redéploiement diplomatique et militaire américain de l'Europe vers le Pacifique. En revanche, il n'a pas trouvé de parade face aux ambitions nucléaires de l'Iran.

Le Président a su éviter de nouveaux attentats terroristes contre les Etats-Unis. Surtout, c'est sous son autorité que les troupes d'élite ont réussi à tuer Oussama Ben Laden. En rompant avec la politique de George W. Bush, Obama a même rehaussé l'image des Etats-Unis dans le monde. Pour la première fois depuis Kennedy, un président démocrate est parvenu à neutraliser l'avantage dont jouissent les Républicains en matière de sécurité nationale.

La réforme du système de santé est une autre promesse tenue de l'ex-candidat Obama, qui revêt une importance historique puisque tous les présidents démocrates depuis Harry Truman avaient échoué dans leurs tentatives. Mais Obama a sous-estimé le prix politique qu'il allait devoir payer ! En dépit des concessions accordées sur le contenu de la réforme, l'opposition conservatrice s'est radicalisée sous les traits du "Tea Party" et a infligé aux Démocrates une de leurs plus sévères défaites aux élections à la Chambre des Représentants, en 2010. Obama s'est même aliéné la gauche du Parti démocrate, qui lui reproche d'avoir consenti précocement à l'abandon d'un système de santé public à l'européenne. Enfin, pour une majorité d'Américains, la focalisation d'Obama sur cette réforme au pire moment de la récession l'a détourné des priorités. Toujours impopulaire, la réforme représente un boulet électoral pour Obama. Romney a promis de la faire abolir ; seule donc la réélection d'Obama peut la rendre pérenne.

En raison de la forte opposition du Congrès et de l'opinion publique, deux promesses-clé de campagne d'Obama n'ont pu aboutir : l'institution d'un marché des droits à polluer pour lutter contre le réchauffement climatique, et la réforme du droit de l'immigration. Se sachant perdant, Obama n'a pas même livré bataille.

 
Commentaires

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  • Par Redmonde - 05/11/2012 - 10:51 - Signaler un abus BIEN INFORME

    Très bon article, bien informé, équilibré, mesuré, sur le bilan du premier mandat Obama. Ce que les Français ne comprennent pas--et que cet article a parfaitement intégré--c'est que les Démocrates ne sont pas l'équivalent américain du PS, que les EU ne sont pas une social-démocratie, et que sur beaucoup de points, et ne serait ce que pour des raisons systémiques, les Démocrates sont à droite de l'UMP. Ce sont d'ailleurs eux, sous la présidence Clinton, qui ont effectué des coupes sombres dans le welfare (protection sociale), en fait qui ont transformé le welfare en "workfare", système qui conditionne l'attribution de toute aide financière à un travail ou à une formation, et qui pose que toute aide ne peut être que temporaire (sauf invalidité). Cette réforme a économisé des milliards de $ à l'Etat et a réduit considérablement le nombre des assistés. Wauquiez essaie de pousser à une telle réforme en France, sans succès jusqu'ici, et ses propositions de conditionner l'aide financière à des heures de travail d'utilité publique ont même suscité l'indignation de certains à l'UMP. Pour ce qui est d'être vraiment de droite, l'UMPS pourrait prendre des leçons chez les Démocrates.

  • Par Babeux - 05/11/2012 - 11:20 - Signaler un abus C'est amusant !!!

    Oui c'est amusant quand je vois nos économistes gloser sur le bilan economique du président Us, et qu' à aucun moment ici en France, ces mêmes economistes, et leurs colègues n'ont tenter de faire le même genre de bilan pour la mandature Sarkozy. Pire encore ces mêmes "economistes ont laissé aux partisans de SArkozy faire l'analyse de ce bilan (On imagine vite leur impartialité...)

  • Par Ravidelacreche - 05/11/2012 - 11:31 - Signaler un abus C'est pour ça...

    Que le peuple le plus intelligent de la terre voterait pour lui a 90% :o)) "En 4 ans, les Etats-Unis ont connu une forte hausse du chômage et une explosion de leur dette."

  • Par carioca - 05/11/2012 - 15:26 - Signaler un abus amusant aussi

    de voir Clinton donner des leçons d'économies à Mitt Romney quand on sait que c'est lui qui a mis tout en place pour que la crise de 2008 arrive: les sub-prime... la dérégulation des banques avec entre autres l'autorisation de banques à la fois de dépôts et d’investissements... etc...

  • Par anticip - 05/11/2012 - 16:27 - Signaler un abus il m'est indiffèrent que l'un ou l'autre gagne

    cette élection ,je ne suis pas américain ,mais ce que je ne comprend pas porquoi , ce parti pris des médias en France pour un seul candidat alors que leur rôle est d'informer ,on a vraiment l'impression que qu'il prennent leur désir pour des réalités,Obama n' est pas socialiste désolé pour la presse partisane

  • Par MARVILLE - 05/11/2012 - 17:00 - Signaler un abus FRANCO AMERICAIN

    L'Américain votera Romney mais le Français souhaite Obama, non pour les blablas habituels sur le racisme et les conneries à la mode, mais pour des raisons économiques. C'est entendu, Obama est une buse qui s'écoute parler, mais Romney veut virer Hélicopter Ben, et là, Français nous allons dérouiller...Adieu la monétisation américaine de la dette, adieu les taux d'intérêts proches de 0, adieu l'attaque du franc suisse à la hausse, adieu les OAT bon marchés....Messieurs les Américains pensez aux Français qui sont dirigés par les blaireaux actuels, par pitié une minute supplémentaire, Messieurs les Bourreaux!!!!

  • Par Titan75 - 06/11/2012 - 18:48 - Signaler un abus Article intéressant, clair et équilibré

    Même si l'on devine pour qui penche l'auteur.

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Patrick Chamorel

Patrick Chamorel est professeur à l'université de Stanford.

Il y enseigne les sciences politiques, à l'aulne des relations transatlantiques et des différences de systèmes politiques européens et français. Il collabore réguliérement au Wall Street Journal, Die Welt et CNN. Dans les années 90, il était conseiller politique dans plusieurs cabinets ministériels, à l'Industrie et auprès du Premier ministre.

 

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