Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 21 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Virage social-libéral de François Hollande ? Encore faudrait-il que le libéralisme ait déjà réussi à exister en France

Pas une journée ne se passe sans qu'un politicien ou un article de presse ne constate, en termes souvent dénonciateurs, une évolution "libérale" de la société, souvent qualifiée de "dérive". Et si la vraie évolution était celle du social-mercantilisme ?

Wanted

Publié le
Virage social-libéral de François Hollande ? Encore faudrait-il que le libéralisme ait déjà réussi à exister en France

Et si la vraie évolution était celle du social-mercantilisme ? Crédit Reuters

L’ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski, exilé en Grande Bretagne à partir de 1976, s’est rapidement étonné des décalages existant entre le capitalisme tel qu’il lui était dépeint par la propagande du régime communiste, et ce qu’il observait dans l’Angleterre pré-Thatchérienne, économiquement en déroute, corsetée de réglementations en tout genre, verrouillée par un syndicalisme omniprésent, et où la taxation marginale de la réussite atteignait des sommets. Dans son ouvrage de 1981, “Cette lancinante douleur de la liberté”, il avait résumé la situation dans cette formule restée célèbre, “Le capitalisme n’existe pas, je ne l’ai pas rencontré”.

Ils voient des libéraux partout ! 

Faisons le parallèle avec la France d’aujourd’hui, en remplaçant le mot “capitalisme” par “libéralisme”. Aujourd’hui, pas une journée sans qu’un politicien où un article de presse ne constate, en termes souvent dénonciateurs, une évolution “libérale” de la société, souvent qualifiée de “dérive”. Au point que la presse, et pas uniquement de gauche, s’épanche aujourd’hui sur un prétendu virage “social-libéral” de François Hollande, au motif que celui ci tente de distribuer quelques chocolats aux chefs d’entreprise, après les avoir matraqués de taxes nouvelles. 

Il est, selon l’humeur du jour, soit comique, soit navrant de constater que tous les maux de l’économie planétaire sont mis sur le dos bien large d’un libéralisme fantasmé qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne le connaissent pas. Dans le monde bipolaire de ces personnes n’existent que deux organisations de l’économie, la “socialiste”, ou plus exactement “sociale-démocrate”,  et la “libérale”. Le monde d’aujourd’hui a oublié le nom de la troisième doctrine qui pourtant à largement structuré le tissu socio-économique de bien des pays, à savoir le mercantilisme.

Ne pas confondre libéralisme et mercantilisme

Dans la vision libérale, l’Etat est considéré comme un garant des droits fondamentaux de la personne, à savoir la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression, et de l’égalité de chacun au regard de ces droits, notamment devant les tribunaux. Le libéral sait que chez tout entrepreneur peut naître la tentation de rechercher des rentes de situation ou des faveurs financières de l’état, et considère le résultat global de ces faveurs comme économiquement nocives. Aussi prône-t-il la non intervention de l’état dans le fonctionnement de l’économie, et la primauté de l’initiative et de la responsabilité privées, pour produire non seulement les biens et services dont nous avons besoin, mais aussi, à travers le secteur non lucratif ou des assurances, pour prodiguer aux plus démunis ou aux personnes en situation temporaire difficile l’assistance dont ils peuvent avoir besoin.  

Par opposition, le mercantilisme postule que le résultat économique et social sera meilleur si l’état et les entreprises collaborent pour “optimiser” leur action, que si l’état observe une stricte neutralité libérale. Le mercantilisme historique connut son essor par la création des grandes manufactures d’état et d’empires coloniaux gérés comme des marchés réservés à la puissance dominante. Aujourd’hui, il se traduit par des législations censées permettre le développement de certains secteurs, comme “l’économie verte”, par des secteurs entiers maintenus sous perfusion publique, comme l’éducation, le logement, l’agriculture ou la santé, par l’explosion des “partenariats public privés”, qui ne sont souvent que des subventions cachées à de grands groupes, ou encore par une imbrication croissante de l’état et du secteur financier, le premier attendant du second qu’il favorise ses objectifs économiques et lui prête toujours plus d’argent, le second obtenant en contrepartie des conditions d’exercice extrêmement favorables à son activité. Naturellement, toutes ces politiques se traduisent par une fiscalité élevée, agrémentée de nombreuses échappatoires et autres niches fiscales.

Le triomphe amer du social-mercantilisme

Quoi de moins libéral que ce méli-mélo public privé ? Le libéral n’a de cesse que de dénoncer ces mélanges de genres entre Etat et entreprises, qui ne tiennent pas leurs promesses économiques et favorisent passes-droits et corruption. La crise des subprimes, celle de la dette souveraine, les continuels déficits des assurances sociales ou le chômage de masse sont le produit pour le moins peu appétissant de cette co-gestion de l’économie entre élites corporatistes et Etat. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Gengis - 26/01/2013 - 10:41 - Signaler un abus Anticiper

    Je suis convaincu que l'avenir de la France est à celui qui parviendra à une sociale-démocratie le premier, appelez-la libérale si le coeur ou le portefeuille vous en dit. Entre un PS et une UMP tiraillés vers leurs extrêmes respectifs, aussi ceux, plus clairvoyants qui ont compris que le peuple, essentiellement sa "majorité silencieuse" est de cette culture de droite apolitique qui veut concilier les joies du libéralisme et la générosité de la justice sociale. C'est pourquoi, ici à Droite, Fillon doit absolument l'emporter, c'est notre seule chance face à un PS qui à ce stade voit plus loin que nous.

  • Par vangog - 26/01/2013 - 11:35 - Signaler un abus Triomphe ou mort de la social-démagogie?

    La France depuis les années 30 et l'Europe depuis la triplette Mitterrand-Delors-Lamy subissent cette social-démagogie délétère imposée par l'influence Marxiste dans tous les domaines de la sphère publique qui ne fait qu'enfler depuis ces dates prallelement à son inefficacité. La sphère privée a résisté tant bien que mal en finançant cet ogre publique corrompu et clientéliste, mais le privé est à bout de souffle. Les industries vont délocaliser toute cette procha

  • Par ZOEDUBATO - 26/01/2013 - 11:38 - Signaler un abus Tout est dit dans le titre

    Au lieu de taxer les travailleurs et les entrepreneurs qui réussissent pour enrichir les nantis à privilèges (niches sociales, fiscales sociales, salariales) qui vivent des impôts (élus, fonctionnaires, services Public, Syndicats, ouvriers du livre, dockers , Président d'associations, etc..) Aidons les entreprises manufacturières, les artisans, les entrepreneurs, les créateurs d'entreprise, les salariés, les travailleurs, les investisseurs, etc. qui prennent des risques, diminuons le coût du travail. La vie et le progrès social c'est s'adapter aux besoins des consommateurs et créer des richesses économiquement rentables Autrement dit arrêtons de taxer les pauvres pour enrichir les nantis à statuts de la Gauche (la taux de pauvres en France est en pleine expansion alors que le pouvoir d'achat du Public continue à grimper) La vraie priorité ce sont les économies structurelles sur ceux qui vivent des impôts des autres et un plan de relance de nos industries privées comme le Président SARKOZY l'avait institué (ce qui avait diminué le taux de pauvreté) Il faut revenir à la justice sociale écrasée depuis mai 2012

  • Par Satan - 26/01/2013 - 17:25 - Signaler un abus Le libéralisme c'est l'avenir...

    Il suffit de regarder La Chine pour s'en convaincre! Et ça fait envie!

  • Par eheime - 26/01/2013 - 17:51 - Signaler un abus Satan

    prenez le temps de la reflexion , deux minutes. Vous avez surement un minimum de culture, et savez à quoi correspond la couleur du drapeau chinois et comment est nommé son dirigeant. Maintenant écrivez-nous que vous trouvez que la Chine est un régime libéral.

  • Par Superchon - 26/01/2013 - 18:28 - Signaler un abus oui le libéralisme n'existe pas en France !

    Merci monsieur Bénard de replacer les choses dans leurs contextes. Même la droite est socialiste et mercantiliste.

  • Par Equilibre - 26/01/2013 - 19:20 - Signaler un abus Intérieur et extérieur

    A l"intérieur règne un socialisme ou mercantilisme si vous voulez. A l'extérieur, un libéralisme, ou présenté en tant que tel, laissant homme marchandise et argent circulez librement. On inverse?

  • Par vangog - 26/01/2013 - 20:15 - Signaler un abus Mais alors, mais alors...Si tout a échoué...

    Du Communisme au Socialisme, en passant par le national-socialisme, la social-démagogie et le mercantilisme social, alors, alors, pourquoi ne pas essayer ce qui n'a jamais été tenté?: Le Libéralisme!... Le Libéralisme assumé, enfin! menant à une social-démocratie intelligente, débarrassée des monstruosités communistes, débarrassée des mafias syndicales et du système marxiste de cooptation de la fonction publique, débarrassée de la propagande d'état socialiste... Ah, faisons un rêve! et puis dormons, car, demain, il faudra casser cette gangue avant de reconstruire...

  • Par prochain - 26/01/2013 - 22:57 - Signaler un abus Pour savoir quel système est le meilleur

    Il suffit de compter les parasites qui peuvent vivre au crochet des autres. Les empêcheurs de tourner en rond, les chômeurs déguisés en heureux propriétaires de postes à vie en béton, 35 heures en un mois & Co. Le déclin c'est l'incapacité et le refus de s'adapter.

  • Par ender - 27/01/2013 - 00:37 - Signaler un abus Le liberalisme existe au USA

    Le liberalisme existe au USA résultats un état sur-endettais avec plus de 20 % de personne vivant avec moins de 1 dollar par jour en angleterre le libéralisme de Tatcher a ruiner le pays et sa population qui na plus accès au soin ou a l'education. en France le libéralisme a existé jusqu'en 1936.En Chine le liberalisme est devenue la nouvelle doctrine . Et comme disait Coluche le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme le communisme c'est l'inverse.

  • Par vangog - 27/01/2013 - 01:25 - Signaler un abus @ender l'amalgame et la caricature ne grandissent pas ceux qui

    utilisent ces vieilles méthodes Trotskistes qui séduisaient autrefois les naïfs et les crédules, mais ne font plus rire personne ( excepté, peut-être Melenchon!)...

  • Par Heizen - 27/01/2013 - 06:39 - Signaler un abus Bravo

    je ne changerai pas un mot à cet article. Et je souligne le fait que nous n'avons pas une droite libérale en France, elle est presque aussi étatiste que la gauche. La France ne meurt pas du libéralisme, au contraire, elle meurt de ne pas être bcp + libérale. il est temps de redonner aux français leur argent, aujourd'hui un français lambda est taxé 70% (oui 70%...comptez tous les prévélements obligatoires + taxes vous verrez ce qui reste rééllement au salarié sur son salaire du mois en vrai pouvoir d'achat), il est temps de redonner aux entreprises leur argent en cessant de les taxer, il est temps de diminuer le poids de l'Etat et donc sa dette, la France ne réussira dans le XXIème siècle que si elle est bcp + libérale, pas moins !

  • Par The_Wizard - 27/01/2013 - 11:46 - Signaler un abus très bien, en complétant:

    La France a basculé dans un régime de "mercantiliste étatique" au XVIIe siècle depuis Richelieu et Colbert et leurs rois orgueilleux et fainéants qui inspirent les politiques d'aujourd'hui; à l'époque début de l'expansion coloniale et de l'esclavagisme qui ont perduré jusqu'au XIXe, et après, pour servir une élite politico-économique cupide et corrompue; le peuple français en a toujours été l'esclave (au passage, il n'a pas a se repentir de quoique ce soit aujourd'hui; honte à l'oligarchie de l'histoire française et à celle d'aujourd'hui); la révolution bourgeoise de 1789 n'y a rien changé, pas plus que celle des bolchéviques et de leur rejeton franchouillard du Front populaire de gauche qui a conduit la France à la défaite en juin 1940. On ne pense à personne; pour autant, ceux qui voient du social-libéralisme dans cette farce de démocratie populaire sont d'ignares culs bénis inféodés à des souverains sociaux-communistes qui font la politique française, à droite comme à gauche; les français qui connaissent leur histoire n'ont aucune leçon à recevoir de cette ploutocratie.

  • Par Chupula - 27/01/2013 - 16:32 - Signaler un abus Virage social-libéral

    S'il fallait donner un nom à chaque virage pris par François Hollande, Le dictionnaire Français n'y suffirait pas.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Vincent Bénard

Ingénieur et économiste, conseiller national du Parti Libéral Démocrate, Vincent Bénard a analysé en profondeur les effets pervers de l’imbrication public-privée dans les domaines du logement et de la finance.

Il est l'auteur de deux ouvrages “Logement, Crise Publique” (2007) et “Foreclosure Gate, les gangs de Wall Street” (2011).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€