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Victoire de Shinzo Abe : comment le Japon veut revenir mieux "armé" sur la scène diplomatique asiatique

Shinzo Abe et sa coalition devrait être en mesure de contrôler les deux tiers de la chambre basse, ce qui devrait lui permettre d'avoir les coudées franches pour la suite de son mandat.

Soleil Levant

Publié le
Victoire de Shinzo Abe : comment le Japon veut revenir mieux "armé" sur la scène diplomatique asiatique

Atlantico : 5 ans après son élection de 2012, Shinzo Abe a décidé de dissoudre la chambre basse du Parlement en septembre dernier. Les élections se sont déroulées ce dimanche 22 octobre. Comment juger cette décision et interpréter les résultats de ce scrutin ? 

Céline Pajon : Cette dissolution, que l’on peut qualifier de « dissolution de confort » a déjà un précédent, en 2014. Shinzo Abe avait alors convoqué des élections anticipées alors que son parti, le Parti Libéral Démocrate (PLD), détenait déjà la majorité des sièges. Il était sorti renforcé de ce scrutin, avec l’obtention d’une majorité des deux tiers à la chambre basse de la Diète, avec son partenaire de coalition le Komeito. Ce scénario vient de se répéter. Toutefois, la victoire d’Abe n’est pas éclatante : les Japonais ont fait là un choix par défaut.

En effet, l’opposition politique menée par le Parti Démocrate Japonais (PDJ) est très affaiblie et divisée depuis 2012, après un passage de trois années au pouvoir plutôt calamiteux. Cette fois pourtant, on a assisté à une réorganisation de l’opposition suite à l’annonce surprise de la Gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, de créer son parti et de mettre au défi le PLD. Dans son sillage, elle a provoqué l’implosion du PDJ, dont les membres les plus conservateurs se sont ralliés à son Parti de l’Espoir, alors que les membres les plus marqués à gauche ont créé leurs propre parti : le Parti Démocrate Constitutionnel. Malgré cette réorganisation qui a le mérite de mieux définir les lignes idéologiques, l’opposition est restée divisée et a offert un boulevard à Shinzo Abe. Celui-ci peut se targuer d’avoir un nouveau mandat populaire pour rester au pouvoir jusqu’en 2021 et pour conduire les réformes qui lui tiennent à cœur.

Barthélémy Courmont : C’est une victoire importante pour Abe, puisque le PLD récolterait les deux tiers des sièges de la Chambre basse. Mais ce n’est cependant pas une grande surprise, compte-tenu de la difficulté de l’opposition politique, décimée depuis la déroute du parti démocrate en 2012, et d’un contexte sécuritaire difficile qui place le premier ministre en position de force, face aux incertitudes d’une alternance. Le choix de cette élection anticipée était donc judicieux.

Alors que le Japon était réputé pour une instabilité politique très marquée au cours de ces dernières décennies, Shinzo Abe est parvenu à restaurer une continuité dans le pays. Entre les Abenomics et un certain nationalisme, quelles ont été les recettes de cette "réussite" du premier ministre ?

Céline Pajon : Shinzo Abe a tiré les leçons de son premier mandat, en 2007 : il n’était resté que quelques mois au pouvoir, sa forte impopularité le poussant rapidement à la démission. Cette fois, il a su s’entourer d’habiles conseillers, il a soigné sa communication et il s’est toujours efforcé d’apparaitre comme une personnalité forte, avec des idées claires et précises pour faire avancer le pays, et le défendre – en particulier dans le contexte de tensions avec la Corée du Nord. Il a pris soin de mettre en avant sa politique économique, sous le slogan de « Abenomics », ce qui a redonné confiance aux entreprises, alors que les réformes structurelles qu’il a promises se font pourtant toujours attendre. Enfin, sur le plan diplomatique, il s’est affirmé et a beaucoup voyagé, permettant de redonner au Japon une place bien visible au sein de la communauté internationale. Toutefois, Abe est aussi une personnalité décriée : ses convictions nationalistes et révisionnistes sont critiquées, son projet de normaliser militairement le Japon en réinterprétant, et à terme, en révisant la Constitution pacifiste fait également controverse. Enfin, sa méthode, qui tend à cultiver l’opacité sur les dossiers qui lui tiennent à cœur, à faire passer en force des lois peu populaires comme la loi sur les secrets d’Etat, est décriée jusque dans son propre parti. Shinzo Abe est cependant un tacticien assez habile pour avoir réussi à écarter ses opposants.

 
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Céline Pajon

Céline Pajon est chercheur spécialiste du Japon au Centre Asie de l'Ifri. Elle analyse les évolutions de la politique étrangère et de défense japonaise et suit les grands débats de la vie politique nippone. Ses recherches couvrent enfin les relations internationales et la géostratégie de la région indo-pacifique.

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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