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Victoire de Merkel (oui, sûrement) … Et après ? Quelle coalition ? Quelles conséquences pour l’Allemagne? Quel retentissement en Europe ?

Si notre modèle voit une victoire électorale de la sortante, il indique aussi que plusieurs scenarios de coalitions sont possibles. Le choix d’Angela Merkel risque d’être décisif, non seulement pour l’avenir de l’Allemagne mais aussi pour celui l’Europe.

Parlons d'avenir

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Victoire de Merkel (oui, sûrement) … Et après ? Quelle coalition ? Quelles conséquences pour l’Allemagne? Quel retentissement en Europe ?

La prévision « scientifique » des élections allemandes : un effort plutôt récent

Parmi les nombreuses méthodes de prévision électorale développées depuis au moins sept décennies[1], les modèles dits « scientifiques[2] » de prévision du vote, plus récents, couvrent désormais la plupart des grandes démocraties. Toutefois, si les cas américain, britannique et français arrivent en tête des études, le cas allemand n’a pas toujours retenu l’attention des prévisionnistes, qu’ils soient économistes ou politistes.

Il faut en effet attendre le modèle de Bruno Jérôme, Véronique Jérôme-Speziari et Michael Lewis-Beck[3] en 1998 pour bénéficier d’une méthode concurrente des sondages des instituts allemands (Allensbach, Emnid, Forsa, Dimap, etc.) Il s’agit d’un modèle simple où le vote pour la coalition du Chancelier sortant (depuis 1961) est prévu à l’aide principalement du taux de chômage et de la popularité du FDP longtemps en position de parti « charnière » de la vie politique allemande. Les votes prévus sont ensuite transformés en sièges estimés grâce à une fonction dite de « transfert » (swing ratio).

Ce premier modèle « politico-économique » des législatives allemandes prévoira avec succès toutes les élections au Bundestag jusqu’en 2009 exception faite de 2002 où il échouera faute de pouvoir anticiper l’écroulement du FDP et la poussée des verts qui permettront ainsi à Gerhardt Schroeder (SPD) de former la première coalition « rouge-verte ». Ce résultat nous a alerté sur la nécessité de bien intégrer dans notre modèle les changements structurels profonds, que ces changements concernent les institutions, le système des partis ou encore les règles électorales. Ce sera chose faite pour la prévision des élections de 2013.

En 2000, Helmut Norpoth[4] and Thomas Gschwend[5] élaborent le “modèle du Chancelier[6]” dans lequel le vote est prévu par la préférence affichée pour le prochain Chancelier, les préférences partisanes des électeurs et un indicateur d’usure du pouvoir. Récemment, en 2017, l’effort porté sur les élections allemandes s’est intensifié avec Mark Kayser[7] et Arndt Leininger[8] qui proposent un modèle de prévision reposant sur des données économiques et politiques par Länder[9]. Enfin, Andreas Graefe[10] et Pollyvote élaborent une prévision en compilant plusieurs techniques de prévision dont les modèles économétriques présentés précédemment, les sondages, les panels d’experts et autres modèles dits « d’indice ». Un comparatif de ces prévisions a été présenté dans la revue PS (Polical Science and Politics) de l’American Political Association en juillet 2017.

La prise en compte d’un système politique en mutation pour un nouveau modèle de prévision

Avant la chute du mur de Berlin, le jeu politique était relativement simple puisqu’il se jouait à trois partis. Il suffisait en somme d’attendre les résultats de la représentation proportionnelle entre la CDU-CSU (Conservateurs et Chrétiens démocrates), le SPD (Parti Social Démocrate) et le FDP (libéraux démocrates) pour savoir si ce dernier allait pencher à gauche ou à droite pour former une coalition majoritaire. Depuis les élections de 1990 et la réunification le jeu est plus complexe avec l’arrivée de nouveaux partis dont l’ex-PDS, émanation du parti communiste est-allemand, aujourd’hui refondu dans Die Linke (la Gauche). On doit aussi observer la trajectoire des verts allemands (Die Grünen) dont la percée remonte à 1987 ou encore celle plus récente de l’AFD (Alternative Für Deutschland). La montée conjuguée des verts et de Die Linke a progressivement entamé le capital électoral du SPD. A l’identique, la création de l’AFD en 2013, parti eurosceptique et conservateur, est venue rogner l’hégémonie de la CDU-CSU à droite tout en remettant en cause le rôle de parti charnière du FDP. Enfin, ce jeu politique devenu plus complexe doit être envisagé à l’aune du système politique allemand. En effet, l’Allemagne fait partie de ces pays attachés à la culture du consensus et de la diversité politiques et ayant délibérément opté pour un système mixte à finalité proportionnelle afin de minimiser les risques de majorité hégémonique de la part d’un seul parti. Il est ainsi quasiment impossible pour un parti d’obtenir la majorité à lui seul. Il doit donc s’allier avec les partis idéologiquement proches ou à défaut avec l’opposition, ce qui peut entrainer une Grande coalition[11]. Par ailleurs, on a fixé à 5% des suffrages exprimés le seuil pour prétendre obtenir une représentation parlementaire.

 
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Bruno Jérôme

Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.

Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en janvier 2017 chez Economica. 

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Véronique Jérôme

Véronique Jérôme est maître de conférences en sciences de gestion à l'Université de Paris-Sud Saclay, Docteur HDR en sciences économiques de l'Université Paris-I, lauréate de la Bourse Louis Forest de la chancellerie des Universités de Paris et chercheuse associée au Largepa de Paris II. 

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