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Vers une suppression des notes à l'école : 10 ans après l’avoir fait, les Suisses, eux, le regrettent

Le Conseil supérieur des programmes a récemment préconisé la suppression des notes et des moyennes, qui selon lui s'apparentent à des calculs artificiels. Dans les années 2000 pourtant, la Suisse, après une dizaine d'années de suppression des notes à l'école, avait rétro-pédalé sur la question en les rétablissant.

Contre-exemple

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Vers une suppression des notes à l'école : 10 ans après l’avoir fait, les Suisses, eux, le regrettent

Le Conseil supérieur des programmes a récemment préconisé la suppression des notes et des moyennes. Crédit Reuters

Atlantico : Que peut nous enseigner cette expérience suisse sur les limites d'un enseignement sans l'évaluation des enfants par les notes ?

Pierre Duriot : Il faut, pour répondre à la question des notes, se pencher sur les dispositions affectives de nos jeunes élèves modernes, ceux-là même qui peinent à quitter leurs téléphones portables, qui échangent du matin au soir des dizaines de textos, ou bavardent de manière labile, qui peinent en fait à se passer du lien et de la relation, à exister seul et en autonomie.

Or l'apprentissage nécessite un fonctionnement sur l'intellect, une capacité à l'autonomie, à se passer du lien affectif. Mais il n'est pas effectif chez tous les élèves, même pas forcément chez la majorité. Le fonctionnement affectif prime, la question de l'amour et du lien est omniprésente et la relation se résume souvent à un j'aime/j'aime pas purement pulsionnel. La relation au travail, aux profs peut parfois tourner au lien, quand l'élève tente de casser la distance d'avec son enseignant, en étant "ami Facebook". Quand le prof tutoie, pour les plus grands élèves, ne maintient pas cette barrière asymétrique et générationnelle que nécessite la transmission des savoirs.

Cet ensemble de dispositions aboutit au fait que ce qui devrait être la simple évaluation d'un travail à un instant T sur une copie, est ressenti comme une atteinte à la personne, un déclassement, un désamour, quand la note ne flatte pas l'ego. Et l'élève est effectivement dans l'angoisse de l'évaluation : l'incapacité à l'autonomie est bien sûr une fragilité. Quand le jeune est dans cette disposition devenue fréquente, aucune note, aucune forme d'évaluation n'est vraiment possible. Il faut bien dire qu'une dictée est bourrée de fautes quand elle est bourrée de fautes, même si cela ne fait pas plaisir. La recherche d'un autre système de notation s'apparente plus souvent à une tentative d'évitement du déplaisir qu'à l'évaluation sereine d'un travail.

Nous avons des cas très concrets dans l'histoire récente, qui corroborent la description faite des dispositions des candidats, les mêmes que les lycéens. Ce papier rose du permis de conduire, jadis délivré par l'inspecteur dès la fin du parcours est depuis quelques années envoyé par courrier. Les manifestations de déplaisir en cas d'échec se traduisaient de plus en plus fréquemment par des agressions des inspecteurs du permis. On a alors différé la manifestation du déplaisir pour la reporter non plus sur le fonctionnaire, mais sur l'entourage du recalé à la réception de la mauvaise nouvelle.

L'école ne peut procéder de la même manière avec ses notes et un système de notation, quel qu'il soit, sera mal perçu tant que l'échec au devoir sera vécu comme un échec intime de la personne. La solution facile consiste à créer une forme d'illusion en surnotant ou en ne notant pas, ce qui se pratique d'ailleurs régulièrement de manière totalement démagogique.

 
Commentaires

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  • Par MC - 11/12/2014 - 13:07 - Signaler un abus Notation (avant 68)...

    - Faute d' accord : 4 points - Faute d' orthographe d' usage : 2 points (1/2 faute) - Accent (sauf sur le à et le où) : 1 point (1/4 de faute) Et c' était déjà difficile d' obtenir la moyenne, mais on y arrivait. Aujourd' hui, pour arriver à zéro, il faudrait être aussi bon qu'il y a 50 ans. Mais il ne s' agit pas d' incriminer les "djeuns", ils ne sont pas responsables de leur illettrisme. Ils ne sont pas plus cons que nous ne l' étions. C' est le système pourri de l' EN et de ses programmes qui sont responsables de cette gabegie. Ayant obtenu mon C.E.P. en 1967, j' estime avoir le droit de critiquer.

  • Par MC - 11/12/2014 - 13:10 - Signaler un abus Ah ! J' oubliais...

    Je fais partie des vieux cons. Mais que voulez-vous, on ne peut rien contre l' expérience...

  • Par Benvoyons - 11/12/2014 - 18:06 - Signaler un abus L'énarque qui a pondu la nouvelle grille de couleur a expliqué

    que le problème n'était pas la note mais la non explication. Que la note n'a pas de contenue avec lequel l'élève peut se raccrocher. Donc bilan la couleur comme notation, elle permettra à l’élève de pouvoir se rendre à l'évidence de son intelligence . C'est de l'enculage de mouches en plein vol dans une salle de cours de l'ENA.

  • Par MC - 11/12/2014 - 20:41 - Signaler un abus Vous êtes sérieux, là ?

    @ Ben voyons. Mais c' est une énormité !!!! "que le problème n'était pas la note mais la non explication. Que la note n'a pas de contenue avec lequel l'élève peut se raccrocher." Devons-nous comprendre que l' élève n' est pas capable, sur une échelle de 0 à 20, de se situer ? Quid des coefficients ? (En introduisant des coefficients, bonjour la palette des couleurs !) Cet énarque (avec un petit e) a-t-il pris en compte le daltonisme ? Tout ceci va à l' encontre du bon sens. En attendant, ce sont nos gosses (ou nos petits-enfants) qui vont en pâtir. De mémoire, le calcul d' une moyenne était au programme de CM1 ou CM2. Il est vrai que l' on peut nuancer plus facilement les couleurs que les chiffres...

  • Par Opoldsud64 - 11/12/2014 - 23:52 - Signaler un abus Tragique et comique et en couleur...

    C'est l'histoire d'un énarque qui ne savait pas reconnaitre une mule en chaleur, eh oui il etaint plus con qu'un âne. Sortez nous tous ces pieds nikeles,Ils vont devenir la honte du pays des lumières..

  • Par vangog - 12/12/2014 - 00:08 - Signaler un abus Rose: bien... rouge: très bien...vert: très très bien...

    bleu: mauvais...bleu marine: très mauvais...bleu-blanc-rouge: viré! J'ai trouvé quel était la justification des nouvelles couleurs de la reéducation Nationale (sic) à la mode socialo...de quoi nous faire perdre quatre ou cinq places au prochain classement PISA, mais le plus important est de créer de bons petits socialistes...comme en 36!

  • Par bjorn borg - 12/12/2014 - 04:08 - Signaler un abus Education

    Le but des socialos est de faire le nivellement par le bas. Tout le monde serra à égalité, tous des ignorants. Voilà le but dont est chargé la toute nouvelle sinistre de l'éducation nationale. Les socialistes veulent toujours plus de pauvres, trop cons pour se rebiffer contre leur pouvoir. Tous des zombies.

  • Par Anouman - 26/12/2014 - 19:37 - Signaler un abus Notes

    S'il y a un domaine où on peut supprimer la note c'est bien pour une dictée. Zéro faute, tout le monde comprend que c'est bien, 25 fautes...il y a une sacrée marge de progression. Pareil en mathématique. Enfin avec les couleurs ce sera comme en voiture: vert ça passe , orange c'est limite, rouge arrêt absolu...

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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