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Union des droites : les militants et les électeurs la souhaitent-ils autant que le suggère la petite musique qui monte ?

La question de l'union des droites, entre notamment Les Républicains et le Rassemblement national, apparaît une nouvelle fois dans le débat politique français.

Pas si simple

Publié le - Mis à jour le 17 Septembre 2018
Union des droites : les militants et les électeurs la souhaitent-ils autant que le suggère la petite musique qui monte ?

Sébastien Chenu (RN) et Erik Tegnér, début septembre à Paris.  Crédit PHILIPPE LOPEZ / AFP

Atlantico : Que cela soit Robert Ménard, cité par Le Monde ("C'est un mensonge éhonté de dire qu'il y a un mur entre Laurent Wauquiez et Marine Le Pen. Mais ce n'est pas demain la veille qu'ils se retrouveront autour de la table. Alors on leur met une baïonnette dans les reins et on passe par la base") ou Erik Tegnér, candidat à la présidence des jeunes LR, qui souhaite une alliance entre LR et Marine Le Pen, la question de l'union des droites apparaît une nouvelle fois dans le débat politique français.

Comment évaluer la probabilité de la réalisation d'une telle "union des droites" du point de vue des cadres du parti ? Peut-on constater une divergence entre la jeune garde des partis et les cadres plus "anciens" sur cette question ? 

Bruno Cautrès : Lorsqu’une formation politique, ses cadres, ses militants, s’interrogent sur les questions d’alliances politiques avec d’autres formations, c’est toujours que cette formation traverse des difficultés. La question des alliances politiques est une question que l’on se pose lorsque l’on a le sentiment que l’on ne parviendra pas (ou plus) à remporter les élections par soi-même et que l’on constate une disparité parmi les électeurs potentiels. La droite française est clairement dans une telle période de doutes et d’interrogations. Mais il y a deux facettes dans toute interrogation concernant les alliances politiques : s’agit-il d’une tactique ou s’agit-il d’une stratégie ? En d’autres termes, est-ce une considération sur le court terme ou sur le long terme ? Lorsque les gauches se sont engagées dans la perspective de l’union de la gauche, principalement la question de l’alliance entre socialistes et communistes, c’était un choix stratégique fondé sur une plateforme puis un « programme commun ». Les deux principaux acteurs de cette stratégie avaient bien entendu des considérations tactiques et des arrière-pensées sur le fait de dominer l’autre au sein de leur union ; mais ils avaient fait le constat de l’impossibilité de gagner pour l’un ou l’autre tout seul l’élection présidentielle. Ce fut un lent processus mais au fond ne fallut que de la fin des années 60 à 1981 pour réaliser cette combinaison gagnante.

Tout repose donc sur les questions stratégiques et la capacité des acteurs à élaborer des perspectives programmatiques susceptibles de donner du sens à une union qui sinon n’apparait vite que comme une tactique fragile. Je pense que les questions sont davantage de ce côté que du côté de différences entre une « jeune génération LR » et une « vieille garde » attachée à l’idée d’une étanchéité entre LR et RN. Sans doute qu’une partie des jeunes générations LR se demandent si la conséquence de l’élection d’Emmanuel Macron n’est pas de devoir pousser la « disruption » jusqu’au bout, tirant les conséquences de l’attraction macroniste qui pèse autour d’une partie du centre-droit. Quitte à avoir perdu « l’élection imperdable » de 2017, se disent-ils peut-être, autant tout casser et faire tomber les murs entre LR et RN, doit penser une partie d’entre eux. Mais la probabilité de voir cette « disruption » arriver est pour le moment faible : LR et RN sont en situation de compétition avant tout. LR est plutôt dans la perspective de voir les électeurs de centre-droit être déçus par Emmanuel Macron et revenir vers LR.

 

Sans doute que ces questions continueront de se poser dans les mois et années à venir car aucun système de partis ne se maintient parfaitement à l’identique sur de longues périodes. Par ailleurs, il y a la question du leadership : un retour de Marion Maréchal dans le jeu politique pourrait modifier la donne, mais les questions de fond et de stratégie continueraient de se poser quand même. Si une partie des « jeunes LR » souhaite l’alliance avec le RN, elle doit expliciter les politiques publiques et les grands domaines de l’action publique sur lesquels ils fonderaient cette alliance. Et c’est là que les difficultés s’annoncent…Pour que cela marche, il faudrait que le RN ait alors une stratégie de sortir de la formule du « welfarechavin » qui était incarnée par Florian Philippot et qui est toujours porté par Marine Le Pen et soit capable de séduire des électeurs de droite attachés au libéralisme économique mais aussi plus culturellement tolérants que les électeurs du FN. Le RN ferait alors le constat qu’ayant fait le plein des voix dans les catégories populaires, il ne pourrait se développer qu’en allant vers d’autres catégories sociales, par exemple des classes moyennes déclassées. De son côté LR devrait alors rétrécir son positionnement globalement pro-européen. Une équation vraiment pas simple…

Erwan Lestrohan : Cette question récurrente d’une « union des droites » a repris de l’intérêt ces derniers temps dans le contexte de recomposition de l’espace politique. Ne serait-ce qu’au cours des dernières séquences électorales, la progression de l’ex-Front national à un niveau inédit jusqu’en 2017 tout comme l’émergence de La République en Marche ont considérablement réduit l’espace politique de la droite « traditionnelle ». Sur un plan ne serait-ce que comptable, la dénutrition de la base des soutiens des Républicains, érodée sur sa droite par le RN et sur sa gauche par LaREM, a réduit le poids de ce parti dans l’espace électoral. Dans le même temps, le Rassemblement national et La République en Marche ! semblent à même de disposer d’un soutien électoral proche de celui des Républicains quand des forces politiques comme Debout la France et l’UDI disposent aussi de l’intérêt non-négligeable des sympathisants de la droite.

 
37% des Français se positionnent politiuqement à droite mais leurs préférences partisanes sont donc aujourd’hui très morcelées et ce morcellement est à l’origine du questionnement autour d’une union des droites. Aucune des différentes formations recueillant l’intérêt des sympathisants de la droite ne semble aujourd’hui en mesure de disposer d’un poids électoral suffisant pour dominer significativement les séquences électorales à venir. La mise en place de listes d’union permettrait de contourner le morcellement politique actuel de la droite mais il se heurte à deux obstacles : la nécessité d’identifier une base idéologique commune, minimale et rassembleuse, ainsi que l’absence de personnalité recueillant de façon majoritaire l’intérêt des Français se positionnant « très à droite » (9% des Français), de ceux « à droite » (14% des Français)  et des « plutôt à droite » (14% des Français). Sans compter un point majeur qui est l’acceptabilité d’une telle union, aussi bien pour les dirigeants des mouvements concernés que pour leurs sympathisants.
 
 
Commentaires

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  • Par Nicolas V - 16/09/2018 - 11:57 - Signaler un abus Tactique ? Ou union programmatique ?

    LR est fait de bric et de broc. Gauche societale, immigration, UE ... S’il ne s’agit que de tactique pr se faire élire et on voit le désastre, mais pourquoi pas ? Les places sont bonnes Ms l’union programmatique est déjà impossible chez LR. Quoi de commun entre Wauquiez vs/Juppé , Raff, Pecresse , solere, .., ? Barnier tête de liste , c le choix clair, européiste , immigrationniste , gauche societale Aucun programme commun possible avec RN ou DLF Les partis ont vécu La droite, la gauche aussi

  • Par Paul Emiste - 16/09/2018 - 12:11 - Signaler un abus Autriche.

    Ici en Autriche les partis s´affrontent mais on n´a pas le sectarisme que l´on trouve en France, sauf peut être les "écolos", mais ces ayatollahs gauchistes sont tous les mêmes. Ici nous avons accords électoraux droite traditionnelle et nationale, mais dans certaines régions il y a même des accords droite nationale et socialistes. Il faut dire qu´ici nous avons des sociaux démocrates et non des socialos cryptocommunistes comme en France. La France pourrait prendre des leçons de démocratie!

  • Par Nicolas V - 16/09/2018 - 12:58 - Signaler un abus Oublions un peu l’Autriche

    Qui a voté contre Orban Et sur des fakes et volonté affichée de s’asseoir sur le vote du peuple et de sa souveraineté Oublions le PPE, grande honte ! L’UE a fait 1 vote pro-Soros Consultez la liste des 226 subventionnés par lui Regardez les votes de chacun Oui ou Abstention Comment appelle t’on un politique qui est au service d’interets etrangers contre son pays ?

  • Par GP13 - 16/09/2018 - 15:16 - Signaler un abus Le centre n'est pas la droite

    Et, d'ailleurs, comme son nom l'indique. Les centristes sont gauche compatibles, si le président est de gauche, et aussi droite compatibles si le président n'est pas de gauche, et, justement quand la droite n'est pas la droite. Les français commencent à voir clair sur cet enfumage qui n'a que trop duré.

  • Par vangog - 16/09/2018 - 18:00 - Signaler un abus Bon anniversaire, Erik Tegnér (25 ans)!

    Puissiez-vous virer les centristes collabos du LR, et influencer une stratégie d’alliance avec les patriotes RN pour la prochaine présidentielle français! D’ici-là, rendez-vous sur les barricades de la liberté...

  • Par duriot - 16/09/2018 - 21:10 - Signaler un abus Drôle d'article

    Le centre n'est pas la droite, le RN non plus. L'ex-Front national, composé de beaucoup d'anciens voire de très anciens communistes, campagnards qui trouvent le monde politique trop parisien, déçus d'un peu tout et excédés par la délinquance galopante d'origine immigrée est patchwork qui ne se retrouvera pas dans le tandem très macro-compatible (finalement) Bertrand-Pécresse-Juppé. Du RN à NDA et quelques Wauquiez à la rigueur mais pas plus.

  • Par Nicolas V - 17/09/2018 - 12:56 - Signaler un abus Là où NDA a raison

    On ne fait pas « d’union » sans un consensus programmatique. Ms de sa part (Young leader ) c purement tactique. Le piège : sa seule candidature l’evacue de facto du parlement dit français Union des droites ? Droite/ gauche est un leurre Les votants LR aux régionales et municipales l’ont vécu amèrement Donc on a fin des partis Fin du clivage artificiel qui était le dernier recours de la Banque aux abois Reste patriotes , communauté culturelle vs globalistes (destruction des valeurs humaines). Donc pas étonnant qu’on trouve de la gauche chez FN-RN. Meluche, FM 33eme degré, ne peut plus se cacher derrière son doigt Cf sa « rencontre » av Macron Idiot pr 1 type si intelligent Il a démontré d’où il parle.

  • Par gilbert perrin - 17/09/2018 - 14:19 - Signaler un abus il faut allier les idées et c'est tout... alors le problème ?

    Il faut comprendre que l'alliance des droites ne serait que l'alliance des EGO dirigeants de parti mai ? cela ne peut pas marcher car, quel EGO aura le leader ship ??? quant au TRIO arriviste qu'attend t'il une entrée dans le pouvoir, pou quoi faire ? ils n'en savent rien ?????

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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Erwan Lestrohan

Erwan Lestrohan est directeur d'études à l'Institut BVA.

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