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Tous aux abris face à la crise qui vient ? Pourquoi le "plus jamais ça" de l'après-désastre financier de 2008 s'est transformé en mini-réformes préventives

Si les discours qui ont suivi la crise financière mondiale de 2007-2008 étaient remplis d'alarmisme et de volonté de réformer de fond en comble le système bancaire, la réalité politique et économique a grandement édulcoré tout embryon de révolution de ce point de vue-là. A tel point qu'une nouvelle crise de grande ampleur pourrait bien voir le jour prochainement.

Krach

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Tous aux abris face à la crise qui vient ? Pourquoi le "plus jamais ça" de l'après-désastre financier de 2008 s'est transformé en mini-réformes préventives

Atlantico: Huit ans après l'éclatement de la crise financière, et quatre ans après la phrase de François Hollande, "mon ennemi c'est la finance", quel bilan peut être fait, en France et en Europe, de l'état de la régulation financière ? La tendance est-elle au moins satisfaisante ?

Gaël Giraud : Malheureusement, force est de constater que trop peu a été fait pour remettre la sphère financière au service de l'économie réelle et de la société. Du côté de la régulation bancaire, certes, quelques efforts ont été exigés des banques en matière de fonds propres, par exemple, mais ces efforts sont insuffisants. Le mode de calcul des ratios inclut des pondérations des risques auxquels les banques sont exposées qui n'ont guère de sens. Un exemple : le risque associé aux dettes souveraines est considéré comme nul.

Sachant qu'un pays comme la Grèce, par exemple, ne pourra jamais rembourser sa dette publique, une telle convention est absurde et induit, parmi d'autres, des distorsions majeures dans l'appréciation des risques bancaires. Globalement, les banques françaises sont encore extrêmement fragiles, quand bien même elles prétendent le contraire. Elles ont conservé dans leurs bilans beaucoup d'actifs sans valeur et, si le crédit bancaire en Europe de l'Ouest, s'est effondré, ce n'est pas seulement parce que l'Europe sombre dans l'aphasie déflationniste, c'est aussi parce que les banques sont trop vulnérables pour assumer les risques normaux de l'économie réelle.  (Lire aussi : Crise financière : trading à haute fréquence, produits dérivés & cie, comment les banques ont perfectionné les techniques qui accroissent le danger).

Du côté des paradis fiscaux, à peu près rien n'a été fait. Certes, la question des prix de transfert a enfin émergé dans le débat international, en partie grâce aux efforts de l'OCDE. Mais les mesures qui ont été adoptées à Lima l'automne dernier restent très en-deçà de ce qui est nécessaire pour mettre fin aux pratiques d'optimisation fiscale qui lèsent les pays du Nord comme du Sud. 

Enfin, du côté de la réglementation des marchés financiers eux-mêmes, une trop timide taxe sur les transactions financières a vu le jour en zone euro après des années d'effort. Mais les chambres de compensation (clearing houses, Euroclear, Cleastream, etc.), par exemple, sont toujours exposées au risque considérable de tomber elles-mêmes en faillite si l'une de leurs contreparties venait à défaillir, ce qui pourrait entrainer une désintégration assez rapide de l'immense bulle financière qui sévit actuellement sur les marchés et des faillites en cascade. Le trading à haute fréquence n'est toujours pas sérieusement réglementé. (Je pense, pour ma part, qu'il faudrait l'interdire purement et simplement.) 

 

Les soubresauts des marchés de Shanghaï et de Shenzen montrent à intervalles réguliers que la planète financière n'est nullement à l'abri d'un nouveau krach. Celui-ci peut venir, entre autres, des grandes banques chinoises qui, à bien des égards, ont répété les errements des grandes banques nord-américaines ayant mené au krach des subprimes: des opérations à fort effet de levier sans contenu en termes de création de valeur, une parfaite opacité de gestion. Fort heureusement, les autorités pékinoises réagissent beaucoup plus fermement aux effondrements répétés des bourses chinoises que ne l'ont fait les autorités occidentales en 2007-2009. Mais jusques à quand parviendront-elles à endiguer la panique ? Je crois que nul n'en sait rien. En tout cas, tous les éléments d'un nouveau maelstrom financier sont réunis : des acteurs privés (aux Etats-Unis, en Europe, au Japon, en Chine) surendettés, des cours financiers complètement découplés de l'économie réelle et qui, tôt ou tard, subiront une correction. Si cette dernière est brutale, les Etats occidentaux auront beaucoup moins de marges de manoeuvre budgétaires pour sauver le secteur bancaire qu'en 2008. Et les deux grands émergents que sont la Chine et le Brésil, qui sont déjà dans une situation délicate, seront vraisemblablement emportés dans la tourmente. De sorte que l'on peut se demander d'où viendra le moteur productif susceptible d'enrayer la chute de l'économie mondiale tout entière dans la récession. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 22/01/2016 - 08:29 - Signaler un abus Revenir à la Réalité !

    Article plein de bon sens. Pour les paresseux ou les pressés, une citation (page3 ) : ''La France est d'ailleurs seule au monde sur ce chapitre : à part nous, aucun pays ne possède quatre banques mixtes à risque systémique''. Et encore plus inquiétant, (page 2) : ''Le bilan de BNP-Paribas avoisine le PIB de la France... Et c'est sans compter les positions hors-bilan de cette même banque sur les marchés d'actifs dérivés, qui représentent environ vingt fois le PIB français''. Seule solution réaliste : faire comme la Russie en 1917, fermer définitivement la Bourse. Les principaux états de la planète prennent le contrôle de leurs banques, et, d'un commun accord, effacent tout simplement des ordinateurs ces centaines de milliers de milliards, qui sont purement spéculatifs, qui ne reposent sur rien de réel !

  • Par cloette - 22/01/2016 - 08:56 - Signaler un abus déséquilibre

    62 personnes dans le monde possèdent autant que 3,5 milliards de pauvres à elles seules . Cela aussi c'est un déséquilibre .

  • Par Lafayette 68 - 22/01/2016 - 09:22 - Signaler un abus Vocabulaire météo

    Dans un cyclone tropical (seul le monde intertropical et certaines façades littorales en connait les méfaits car il y a des conditions très spécifiques à leur formation ),"l'oeil " est une zone de grand calme...avant la tempête .

  • Par Texas - 22/01/2016 - 10:18 - Signaler un abus Charmant !!

    " Le contribuable européen sera nécessairement

  • Par Texas - 22/01/2016 - 10:18 - Signaler un abus Charmant !!

    " Le contribuable européen sera nécessairement

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    " Le contribuable européen sera nécessairement

  • Par Texas - 22/01/2016 - 10:22 - Signaler un abus Big Bug

    pour une erreur de touche ( entrée ) .

  • Par Texas - 22/01/2016 - 10:30 - Signaler un abus Je disais donc : Charmant !

    " Le contribuable européen sera nécessairement mis à contribution pour sauver les banques ...Le contribuable européen est une bon garçon ( et une bonne fille ) qui devra absorber quelques millions d' illégaux , la vraisemblable intégration de l' Ukraine avec un sourire consentant . Ce n' est pas le scénario qui me vient spontanément à l' esprit . P.S : Ganesha , ne nous accusez plus de faire de constantes références à l' Union Soviétique . Je sens chez vous un peu de nostalgie .

  • Par Gordion - 22/01/2016 - 14:26 - Signaler un abus @Ganesha

    ...croyez-vous réellement à ce que vous écrivez au point 2? J'ose croire que votre esprit provocateur vous le dicte. Rassurez-nous.

  • Par Anguerrand - 22/01/2016 - 17:36 - Signaler un abus A Ganesha

    Cessez là fumette, ou alors dites nous quelle école d'économie avez vous fait ? Vous avez oublié les consequences. Ne confondez vous pas chiffre d'affaire et bilan, bilan apres ou avant impôt ? Décidément l'économie n'est pas votre fort. Idem pour 1907 sur les suites des consequences de la fermeture des bourses , demandez aux russes ce qu'il s'est passé ensuite, ce n'est pas la peine de raconter n'importe quoi. Ça ne m'étonne pas que vous vous dérobiez sur la politique économique du FN et que vous ne nous fassiez pas une démonstration éclatante du programme Phillippot en particulier sur la retraite à 60 ans et le retour au franc.....Affirmer c'est bien prouver c'est mieux.

  • Par Ganesha - 22/01/2016 - 18:01 - Signaler un abus Pour les ''durs de la comprenette''

    Pour les ''durs de la comprenette'', je vous copie une deuxième fois la portion principale de la citation : ''Et c'est sans compter les positions hors-bilan de cette même banque sur les marchés d'actifs dérivés, qui représentent environ vingt fois le PIB français''. Question : A votre avis, en cas de faillite de la BNP, il faudrait combien de siècles d’impôts pour que les contribuables français remboursent des pertes correspondant à VINGT fois le Produit Intérieur Brut de leur pays ? Si par hasard, j'en doute, il y a vraiment des ''petits porteurs'', il faudra les indemniser dans une certaine limite. Mais les milliardaires de l'oligarchie mondialisée devront supporter la honte, le désespoir et l'humiliation de constater qu'il y aura désormais quelques zéros en moins sur le chiffre de leur solde dans leurs relevés de compte bancaire !

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Gaël Giraud

Economiste en chef de l'Agence Française de Développement, directeur de recherche au CNRS et directeur de la Chaire Energie et Prospérité (Ecole Normale Supérieure, Ecole Polytechnique et ENSAE). Après deux années passées au Tchad, où il fonde un centre d'accueil pour les enfants de la rue de Sarh, Gaël Giraud a travaillé  quinze ans comme chercheur en économie théorique, au cours desquels il a aussi exercé l'activité de consultant scientifique auprès de banques d'investissement. Il a publié 4 livres, dont le dernier s'intitule Illusion financière, Ed. de l'Atelier, 2013. Il publiera prochainement un nouvel ouvrage, intitulé Sortir de l'impasse --- l'emploi, l'énergie et la monnaie au XXIème siècle, aux Ed. de l'Atelier. Enfin, Gaël Giraud est religieux jésuite. 

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