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Syrie : pourquoi la situation est très comparable à celle de l’Europe juste avant la Première Guerre mondiale

L'économiste américain Tyler Cowen se réfère à l'histoire et à la théorie des jeux pour décrire le cas syrien. Selon lui, la multiplicité des acteurs sur le terrain, de l'Iran à la Russie, en passant par la Turquie et les interventions israéliennes et occidentales, soutenues par l'Arabie saoudite, font entrer le terrain syrien dans un niveau de complexité tendant à le rendre aussi imprévisible que dangereux.

L'Histoire se répète

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Syrie : pourquoi la situation est très comparable à celle de l’Europe juste avant la Première Guerre mondiale

Atlantico : Dans une tribune publiée sur le site Bloomberg, l'économiste américain Tyler Cowen se réfère à l'histoire et à la théorie des jeux pour décrire le cas syrien. Selon lui, la multiplicité des acteurs sur le terrain, de l'Iran à la Russie, en passant par la Turquie et les interventions israéliennes et occidentales, soutenues par l'Arabie saoudite, font entrer le terrain syrien dans un niveau de complexité tendant à le rendre aussi imprévisible que dangereux. Une situation qui pourrait ainsi se différencier d'autres crises internationales majeures, plus simples dans leur lecture, mais qui pourrait s'apparenter aux événements de 1914.

Cette comparaison est-elle pertinente ? ​

Philippe Fabry : La multiplicité des acteurs est indéniablement un obstacle à la résolution des différents par des négociations et la recherche de compromis : il est évident que l’on trouve plus rapidement un terrain d’entente à deux qu’à trois, quatre ou dix. Chaque intervenant ou groupe d’intervenants ayant son intérêt, la paix pure et simple est très difficile à faire, et d’autant plus qu’à l’intérieur d’un même camp, les intérêts ne sont pas les mêmes. Prenez la Russie et l’Iran : ils sont alliés en Syrie au côté de Bachar, mais si l’Iran souhaite faire de la Syrie dirigée par les Alaouites un Etat satellite et un accès à la Méditerranée, la Russie ne tient pas à dépendre trop de l’Iran pour la sécurité de ses bases de Tartous et Hmeimim. C’est pourquoi Poutine laisse Erdogan enfoncer un coin dans le nord du pays, afin de pouvoir se poser en arbitre entre ces deux puissances régionales, cependant qu’Assad, lui, préfèrerait retrouver son autonomie de jadis en même temps que son contrôle sur l’ensemble du territoire.

De ce point de vue la comparaison est pertinente, mais historiquement il me semble que le parallèle avec la guerre civile espagnole de 1936-1939 est beaucoup plus juste, parce que, contrairement à la guerre de 1914, elle est toujours demeurée une guerre par procuration, tout en étant effectivement un conflit précurseur, mais non causal, d’une guerre mondiale.

La disposition des forces et la nature des intervenants est très similaire à l’Espagne des années 1930 : d’un côté, le camp de l’ordre traditionnel, autoritaire, jadis incarné par Franco, aujourd’hui par Assad, et allié au nationalisme revanchard d’Hitler (et de Mussolini) qui cherchait à retrouver pour l’Allemagne un grand rôle international, et à tester son nouveau matériel, l’un et l’autre objectifs étant servis par l’envoi de la Légion Condor. Aujourd’hui, ce nationalisme revanchard est celui de Vladimir Poutine, et de l’Iran.

En face, on trouvait durant la guerre d’Espagne l’ennemi juré du fascisme, le communisme, doublement incarné par les Brigades internationales, des volontaires venus de partout pour épauler les Républicains espagnols, et par les Soviétiques, dans une moindre mesure - on notera d’ailleurs que les Soviétiques sur place étaient surtout là pour promouvoir le stalinisme au sein du camp républicain, et y éliminer les autres factions. Aujourd’hui, le camp des opposants syriens regroupe diverses factions, pour une grande partie des islamistes, l’islamisme étant la nouvelle idéologie terroriste internationale, comme l’était au début du XXe siècle l’anarcho-communisme. L’Etat Islamique a été composé de gens venus de tout le monde musulman - y compris de chez nous - et constitue véritablement l’équivalent des Brigades internationales. Les nouveaux soviétiques, ce sont les Turcs, qui ont joué un jeu trouble avec Daech durant des années et, aujourd’hui, conduisent leur opération en terre kurde avec l’aide de factions islamistes dont certains sont sans doute des transfuges de l’Etat Islamique.

 
Commentaires

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  • Par cagnotte - 17/04/2018 - 10:11 - Signaler un abus Personne ne parle des résultats réels de l'opération!

    Pourtant: L'OSDH confirme ce que disent les russes: plus de 65 missiles ont été abattus! Ce qui met fin à la politique de la canonnière ,d'autant que la Syrie ne possède que des armes anti aériennes démodées! mais avec les renseignements des radars russes. tres forte déception au Pentagone The Syrian Observatory for Human Rights managed to monitored interception by the regime forces to tens of missiles which targeted their positions and military bases in the Syrian territory, where several intersected sources confirmed to the Syrian Observatory, that the number missiles that were downed, exceeded 65 missiles, of the total number of missiles fired by the Trio Coalition, while the air and rocket strikes, caused great material damage, while no information about casualties was reported yet.

  • Par Ganesha - 17/04/2018 - 12:05 - Signaler un abus Article débile !

    Ce monsieur n'est probablement pas un ignorant qui ignore la différence entre les chiites et les sunnites ! C'est donc un affabulateur, qui essaie de nous mener en bateau ! Ce qui se passe, c'est exactement le contraire des deux guerres mondiales, où les nations européennes ont dû convaincre les États-Unis de s'impliquer dans des conflits qui ne les concernaient pas directement ! Nous avons aujourd'hui, heureusement, Trump qui semble disposer de plus de bon sens que cette misérable andouille de Macron !

  • Par A M A - 17/04/2018 - 17:15 - Signaler un abus Ce qui rapproche la situation

    Ce qui rapproche la situation d'aujourd'hui à celle qui a précédé la Première Guerre Mondiale est cette vieille et fameuse question d'Orient entre l'Angleterre et la Russie tournant autour des Balkans et des Dardanelles, amplifiée par la collusion turco-allemande. Aujourd'hui la présence des Etats-Unis et des hydrocarbures sont les éléments nouveaux. Mais le détonateur est bien là...

  • Par A M A - 17/04/2018 - 17:27 - Signaler un abus Eléments nouveaux

    Eléments nouveaux,Hydrocarbures, Etats-Unis et Israël. Des facteurs de paix.

  • Par moneo - 17/04/2018 - 18:14 - Signaler un abus hum

    juste une PETITE différence avec 1914 ou 39..la bombe atomique.....

  • Par VV1792 - 17/04/2018 - 19:37 - Signaler un abus L article demarre mal,

    L article demarre mal, confondre differents et differends ne motive pas a continuer.. surtout quand il est question de traiter de conflit

  • Par vangog - 17/04/2018 - 23:44 - Signaler un abus Assez bon article...

    quoique je ne comprends pas cette manie des analystes a vouloir toujours trouver des parallèles historiques afin de tenter d’explorer le futur. L'intervenant a bien disséqué les forces en présence, mais cette guerre est en voie de résolution par Assad et par les Russes...fin du problème islamiste en Syrie, et retour vers les promoteurs de l’islamisme, Arabie saoudite, Turquie, pays gauchistes-immigrationnistes comme la France...

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Philippe Fabry

Philippe Fabry est historien et tient le blog Historionomie, principalement dédié à l'étude des schémas historiques et leur emploi à des fins d'analyse géopolitique et de prospective. Il a publié Rome du libéralisme au socialisme, Leçon antique pour notre temps (2014), Histoire du Siècle à Venir (2015), Atlas des guerres à venir (2017). Son nouveau livre, La Structure de l'Histoirevient de paraître.

 

 

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