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Suspension de l’autonomie de la Catalogne : Madrid est-elle train de jeter de l’huile sur le feu ?

L'activation de l'article 155 de la Constitution par Mariano Rajoy était une manœuvre obligatoire mais périlleuse. Dans l'affrontement qui l'oppose aux indépendantistes catalans, nul ne souhaite être celui qui mettra le feu aux poudres.

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Suspension de l’autonomie de la Catalogne : Madrid est-elle train de jeter de l’huile sur le feu ?

Atlantico : Madrid a décidé d'activer l'article 155 pour mettre sous tutelle la Catalogne sans pour autant suspendre le parlement ou le gouvernement catalan. Qu'est-ce qu'implique cette décision du gouvernement de Mariano Rajoy pour la société espagnole et la Catalogne ?

Alexandre Del Valle : Pour la société espagnole, il s'agit de ne pas donner l'impression de céder. Le risque aujourd'hui est que dans d'autres régions, les séparatistes aient des idées. Il s'agit donc de montrer un exemple, et c'est pour cela que la gauche, le PSOE, Parti Socialiste Ouvrier Espagnol soutient le gouvernement de droite.

Pour les Catalans, cela ne va pas changer ce qu'on pensait, parce que l'article 155 est assez flou et laisse des possibilités d'interprétation ce qui est pas mal car cela permet de moduler entre souplesse et dureté. Enlever totalement l'autonomie ou emprisonner le président aurait été dangereux et aurait vraiment créer la révolution. Ce qu'a proposé Rajoy, avec le soutien des autres partis c'est de laisser M. Puigdemont à son poste, de ne pas le mettre en prison et de laisser la Catalogne avec son statut d'autonomie. Mais ils en ont profité pour réduire un certain nombre de mesures prises par la Generalitas, le Parlement de Catalogne, jugées illégales par l'autorité madrilène. Ce n'est pas une suppression de la région mais une simple prise de pouvoir, le but étant de tenter de calmer les choses en montrant une fermeté mais n'allant pas trop loin non plus. Est-ce que cela va marcher ? Seul l'avenir le dira.

Quel est le risque de chaos dans cette opposition tendue entre les deux camps ?

Le risque aujourd'hui est de continuer ce qui a déjà été poursuivi. Il faut savoir qu'il y a 10 ans il n'y avait que 20% de Catalans favorables à l'indépendance. C'était quelque chose de proprement inacceptable. Ensuite, comme la gauche a ruiné le terrain -Zapatero avait donné des compétences supplémentaires et Rajoy est revenu un peu dessus. C'est pour cela que cela a commencé à empirer. Lorsque le premier vote a été interdit, les Catalans se sont sentis offensés, insultés. Ensuite est venu le référendum du premier octobre avec des répressions autour des bureaux de vote illégaux. Madrid est tombée dans le piège. En réprimant, même si c'était conforme à la loi, ils ont pu se poser en victimes des fascistes de Madrid. Le risque serait que si les choses s'enveniment encore. Il faut savoir que M. Puigdemont a à sa gauche des mouvements plus radicaux que lui qui ne veulent ni négocier ni transiger et qui veulent aller plus loin vers le séparatisme. Si des phénomènes de refus d'obtempérer, de désobéissance volontaire, de manifestations illégales ou autres provocations ont lieu et que Madrid tombe dans le piège de la violence ou des arrestations excessives, ce que cherchent les séparatistes sera atteint. Là cela pourrait dégénérer, de manière violente. Les Catalans attendent que Madrid frappe. Le piège est là et nul ne sait si Madrid tombera dedans.

 
Commentaires

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  • Par moneo - 22/10/2017 - 11:00 - Signaler un abus Désolé l'Espagne légale ne peut céder

    D'ailleurs hier soir on a assisté au premier recul des indépendantistes. mais si d'ici quelques temps , la proposition de nouvelles élections de Madrid est refusée ou si après ces élections les indépendantistes sont vainqueurs et continuent de réclamer la sécession ,l'Espagne et l'UE seront face à la résurrection d'une nouvelle guerre civile ..Traiter Madrid de fasciste est conforme au vocabulaire communiste , mais il y a une constitution espagnole en aucun cas la respecter est de nature fasciste.la catalogne fait partie de l'Espagne depuis le 13eme siècle me semble t il.... l'UE et La France,'Italie ,La Belgique entre autres ne peuvent pas soutenir les catalans sauf à mettre point final à lUE.... Maintenant les vieux démons anarchistes Catalan sont toujours présents dans certaines têtes et si la raison menait le monde ça se saurait....

  • Par Orchidee31 - 22/10/2017 - 11:18 - Signaler un abus Vous inversez les rôles

    C'est Puigdemont qui met de l'huile sur le feu - c'est un illuminé pour ne pas dire malade qui mène la Catalogne dans le mur - il est dans la plus stricte illégalité et Rajoy a raison de prendre les décisions qui s'imposent La Catalogne fait partie de l'Espagne et seule elle n'est rien - par ailleurs l'Espagne qui était entrain de se relever commence déjà à être pénalisée dans ses résultats à cause de ce cinglé - c'est lamentable - il faut absolument le mettre hors d'état de nuire -

  • Par vangog - 22/10/2017 - 11:39 - Signaler un abus Logique de destruction de l'état...l'extrême-gauche?

    Ah ben alors! Si on m'avait dit ça!....mais alors, mais alors...ce sont eux les fascistes qui cherchent à prendre le pouvoir par la force et le chantage syndical. Mariano Rajoy aurait dû interdire les groupuscules fascistes rouges, depuis longtemps...

  • Par ajm - 22/10/2017 - 15:07 - Signaler un abus Prémices de guerre civile.

    Il ne faut pas oublier que c'est l'extrême gauche anarchiste Catalane qui en 1936 a contribué très fortement à la creation d' un climat de violence et de séparatisme qui explique le soulèvement des nationalistes sous le commandement de Franco, dans la foulée d'elections nationales dont on a d'ailleurs jamais connu le vrai resultat.

  • Par Akilès - 22/10/2017 - 15:22 - Signaler un abus Rajoy est un tout-mou …

    Et on n'y peut pas grand chose. On comprend toutefois qu'il ne veut pas tomber dans le piège de la répression, même légale et surtout logique, et justifiée. C'est ne rien faire qui serait hallucinant. Ces chérubins de la liberté (la leur, pas celle des autres) se comportent comme des chiens avec ceux qui ne sont pas d'accord. Il existe là-bas des "escraches" où des énergumènes vous attendent en bas de chez vous et vous agressent en hurlant, avec des pancartes, et le tout dans un laissé faire absolument incroyable. Le tout vaguement consenti par un juge de service, ce qui est fou. L' Espagne est le pays le plus décentralisé d' Europe (plus que l' Allemagne), et l' article 155 a été prévu par tous les partis politiques dans le cas extrême où rien-ne-va plus. On y est, donc on y va.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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