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Sommet de la terre "Rio+20" :
un échec quasi programmé

20 ans après le 3ème Sommet de la Terre, les Nations-Unies se réunissent à nouveau à Rio pour organiser l’action internationale en faveur du développement durable. A l’heure où les négociations s’enlisent et où le débat se reformule autour de la question des « objectifs du développement durable », est-il encore possible d'éviter une simple proclamation de vœux pieux ?

Si tu vas à Rio...

Publié le 19 juin 2012
 

Dans tous les cas, Rio+20 ne sera qu’un début » rappelle Jean-Pierre Thébault, Ambassadeur français chargé de l’Environnement. Pour le diplomate, la complexité du chantier du Sommet de la Terre nécessite de relativiser à l’avance tout ce qui pourrait être qualifié trop vite d’échec. Une précaution importante. Benoit Martimor Asso et Michel Colombier, respectivement directeur du développement et directeur scientifique de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI), font un constat simple à quelques jours du Sommet de la Terre : malgré les 3 réunions préparatoires organisées par le secrétariat de la conférence, seuls 20% des paragraphes contenus dans le draft d’accord pour Rio+20 font aujourd’hui l’objet d’un consensus.

Empêtrée dans ses dissensions internes, l'Europe incapable de définir une stratégie cohérente d'action 

Toutes les clauses relatives à l’économie verte opposent radicalement l’Union européenne qui en a fait son cheval de bataille et le G77 (groupe des pays émergents et en développement) qui y voient un cheval de Troie pour une nouvelle forme de protectionnisme. Alors que la définition même de l’économie verte n’est pas clarifiée, seule la Chine a fait preuve de clarté : hors de question d’intégrer les règles environnementales avec les règles commerciales. Une position qui résonne d’autant plus fort que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) brille par son absence dans les débats. Son directeur général, Pascal Lamy, d’habitude si prolixe, n’a pas avancé de propositions pour intégrer le concept d’économie verte aux règles de l’OMC. Le concept, qui a fortement mobilisé la diplomatie allemande, avait également le soutien des diplomates mexicains et coréens. Malgré son succès diplomatique lors de la conférence de Cancun sur le Climat (COP16) et bien qu’il ait annoncé vouloir traiter de croissance verte en tant que président du G20, le Mexique n’a pourtant pas utilisé sa position d’émergent pour réconcilier le Nord et le Sud.

Pour l’équipe de l’IDDRI, c’est un problème classique de gouvernance européenne : la DG Environnement de la Commission a passé trop de temps à raffiner ses propositions avec le Conseil de l’UE... et pas assez pour convaincre à l’étranger que l’économie verte n’est pas une nouvelle forme de protectionnisme. Comment l’Europe peut-elle espérer atteindre ses objectifs si elle doit davantage se consacrer à se convaincre elle-même qu’à convaincre les autres du bien-fondé de ses propositions ?

Sans compter que les Etats membres peuvent décrédibiliser les efforts communautaires de rassurer les émergents. A cet égard, le discours de M. Hollande lors du lancement international de Rio+20 à la Cité de la Science le vendredi 8 juin est frappant. En insistant sur le fait que l’économie verte contribue à créer des emplois non délocalisables et à rassembler les conditions d’une meilleure compétitivité, le Président de la République ne peut qu’alimenter les craintes des pays émergents.

Le développement durable ne sera pas gérable sans que l'on accepte plus d'intégration dans le système des Nations-Unies

En ce qui concerne la réforme de la gouvernance mondiale de l’environnement, seulement un tiers des paragraphes de l’accord de Rio+20 ont été validés.

 


Commentaires

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  • Par Decrauze - 20/06/2012 - 14:30 - Signaler un abus L'Atterrant Sommet sans avenir

    De pire en pire ces réunions internationales sur l’environnement. Voilà maintenant que l’infinitésimal sujet de consensus est signé d’avance pour laisser les chefs d’État exécuter leur parade d’autosatisfaction sans l’ombre d’un stress ni le début d’un enjeu. Quel est l’intérêt, à part d’entretenir une honteuse hypocrisie généralisée ? Le paradoxe : chacun s’accroche à ce qu’il considère ses intérêts premiers alors que cette question rend les parties du monde interdépendantes. Depuis mon texte de 2009 sur le sommet de Copenhague, aucune évolution. Fiasco en double couche. (Cf. http://pamphletaire.blogspot.fr/2009/12/latterrant-sommet.html)

  • Par léonard simon - 19/06/2012 - 15:02 - Signaler un abus Je trouve désolant que les

    Je trouve désolant que les spécialistes de la technocratie verte n'aient pas exclu de leur propos le terme de développement durable, cet oxymore détestable par son apparence rassurante qui associe développement(donc croissance et consommation) avec une pérnnité rêvé et illusoire si l'on est un tant soi peu observateur et conscient de la gravité de la situation planétaire que ce soit sur le plan démographique(croissance), le désir de consommer( croissance despays émergeants et bien entendu l'Occident qui se lamente qu'elle soit réduite), la pollution et le changement climatique( croissants avec leur cohorte de phénomènes dramatiques) et l'épuisement des ressouces. Le drame est que l'intelligence humaine occulte volontairement ces trois contraintes insurmontables si nous ne pouvons les réduire vite et n'envisage qu'une illusion: le développement durable. A l'échelle cosmique rien n'est durable, tout est transformable. A l'échelle du temps humain tout est détruisable, et c'est ce que nous avons entrepris..

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Fondée il y a à peine un an, l'association a organisé le G8 & G20 Youth Summits, événement officiel de la Présidence du G20-G8 pour la jeunesse.

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