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Science sans confiance n’est que ruine de l’expertise

Alors que deux organismes sanitaires français ont réfuté la semaine dernière les conclusions des travaux du professeur Séralini sur la toxicité d'un maïs OGM de Monsanto, trois anciennes ministres de l'Ecologie ont demandé une "remise à plat des systèmes d'évaluation des OGM et des pesticides".

OGM

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Science sans confiance n’est que ruine de l’expertise

Trois anciennes ministres de l'Ecologie ont demandé une "remise à plat des systèmes d'évaluation des OGM et des pesticides". Crédit Muffet

En 1987 la National Academy of Science des Etats-Unis considérait que les organismes modifiés par "ingénierie de l’ADN" ne présentent pas de danger spécifique et que les risques sont de même nature que ceux associés à d’autres techniques génétiques. Aujourd’hui, après 16 ans de commercialisation de plantes "génétiquement modifiées", aucune donnée validée de terrain ne permet d’affirmer que la consommation d’OGM a des effets délétères sur la santé. Entre ces deux dates, des législations imposant une autorisation de mise sur le marché, conditionnée entre autres par une évaluation des risques ont été implémentées. La plus grande confusion régnant sur cette question, il est nécessaire de préciser certaines notions.

Analyse des risques : chacun son métier

L’analyse des risques comporte différentes étapes. La première étape est l’évaluation scientifique des risques, dans laquelle les décideurs politiques n’ont pas vocation à s’ingérer. L’étape suivante est la gestion des risques une fois ceux-ci identifiés, qui est, elle, de la responsabilité des pouvoirs publics. Autre composante, la communication sur les risques est définie comme une communication sur l’existence, la gravité et l’acceptabilité des risques entre les différentes parties prenantes. Une telle démarche, où les rôles sont clairement définis, est la meilleure non seulement pour répondre aux exigences sociétales de la maîtrise des risques, mais aussi pour être comprise par le plus grand nombre de nos concitoyens. Malheureusement, et c’est source de confusions, la démarche peut s’inverser parce que les décideurs politiques vont donner la priorité à la communication, en choisissant une gestion des risques en fonction de cette communication, en interférant quelques fois avec l’évaluation des risques pour qu’elle apparaisse justifier leur gestion.

L’évaluation des risques : une démarche scientifique normalisée

L’évaluation des risques liés aux OGM se déroule cas par cas (en distinguant les lignées de plantes) et de manière comparative : les propriétés d’une lignée transgénique sont comparées à une lignée de référence considérée comme sûre. Cette dernière est la lignée "conventionnelle" la plus proche génétiquement et qui a été cultivée dans les mêmes conditions. Une autre démarche comparative est utilisée, en amont de l’évaluation des risques, pour sélectionner cette lignée transgénique du laboratoire jusqu’au champ : pour un caractère transféré (transgène) donné, des dizaines de lignées sont générées et seule celle qui est - en tout point observable - similaire à une lignée de référence ira éventuellement au stade pré-commercial. Ces aspects de la biologie des plantes sont souvent oubliés dans le débat sur les OGM, alors qu’une plante “normale ” (dont tous les mécanismes intimes apparaissent intacts) a fort peu de chance d’être “anormale” du point de vue de sa sécurité sanitaire (de produire une nouvelle substance toxique). Les Etats-Unis s’en tiennent d’ailleurs à ce stade de l’évaluation des risques.

Il faut préciser ici une autre notion : l’évaluation des risques est normalisée et se déroule étape après étape. Ainsi, l’agence européenne EFSA explique qu’il est nécessaire de franchir un pas suivant, c’est-à-dire des tests toxicologiques sur animaux, uniquement s’il existe de vrais indices de suspicion après les étapes antérieures de caractérisation de la plante. Cependant, "précautionnisme" oblige, l’EFSA demande systématiquement des études de nourrissages d’animaux. De manière similaire, des études à plus long terme, ou sur la reproduction, ne sont justifiées que si une suspicion subsiste après l’étape précédente.

Créer la confiance ou entretenir les doutes ?

Le manque de confiance des citoyens et la capacité de propagation des doutes dans la société par certains médias et d’autres acteurs vont entraîner l’évaluation des risques dans une escalade sans fin dans le but de "lever des doutes"; doutes précisément entretenus par le fait d’avoir "structuré" la perception d’un risque par une action publique qui donne l’impression de reculer sous la pression des événements médiatisés.

Une autre source de doutes est l’implication des industriels dans la production des données de l’évaluation des risques. Avec des collègues, nous avons ainsi choisi de mettre en lumière, par des articles de synthèse bibliographique, les contributions de la recherche publique de différents pays. Aucune des 44 publications décrivant des comparaisons de "profilage à grande échelle"  d’OGM avec des lignées de référence, ni aucune des 12 études de nourrissage à long terme d’animaux, ni aucune des 12 études sur plusieurs générations d’animaux, ne conclut à un risque sanitaire.

En conclusion, des protocoles, fruits d’une réflexion internationale approfondie, permettent de définir raisonnablement la sécurité sanitaire des OGM, même s’il n’est jamais possible de prouver un risque zéro. La vraie question, sociétale, reste celle de la confiance ; question qui dépasse le cas des OGM.

 
Commentaires

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  • Par ajfc - 30/10/2012 - 10:10 - Signaler un abus Doutes, évaluation, OGM et médicaments

    J'ai posté un petit commentaire sur un autre site au sujet des doutes, des évaluations. Malheureusement il est trop long pour être inclus ici. Voici le lien pour y accéder, Il est en bas de page (12ème commentaire - même auteur) http://www.docteurjd.com/2012/10/22/mais-ogm-nk603-round-up-seralini-doit-revoir-sa-copie-disent-les-agences-sanitaires/

  • Par totor101 - 30/10/2012 - 10:40 - Signaler un abus question ?

    un scientifique qui fait une étude peut être démoli par ses pairs si les résultats ne correspondent pas aux désirs du "marché" un Cabrel qui déclare que le cannabis n'est pas plus dangereux que le ricard est applaudi par les bobos ! De qui se moque t'on ????

  • Par Lucide - 30/10/2012 - 11:14 - Signaler un abus Vous avez dit "scientifiques" ?

    Benveniste (mémoire de l'eau), JP Petit (physique des extra-terrestres), les Bogdanoff (Big-Bang), Vélot (pata-biologie), Séralini (statistiques génétiquement modifiées) ... La France a un incroyable talent.

  • Par walter99 - 30/10/2012 - 11:58 - Signaler un abus La culture hors sol est trop coûteuse

    Les ogm, en dehors d'une toxicité probable, sont un non sens biologique: ils orientent l'agriculture sur le chemin de la monoculture ,ou plutôt de l'hyper monoculture puisque la diversité des plantes cultivées y est réduite à presque rien. Or une nouvelle évaluation de l'agriculture et de ses qualités a fait mettre en avant le concept de biodiversité,et ce dans les années 80 ,ce qui est très récent ....La richesse d'un champ n'est plus évaluée seulement en quintaux récoltés mais aussi en terme d'adaptation des cultures dans le milieu considéré ,et en termes de biodiversité. Notre modèle agricole industriel depuis 50 ans est un modèle qui sépare les productions du sol ,des espèces locales, du climat etc. Ce modèle exige de plus en plus d'énergie de plus en plus d’intrants ,de pesticides etc Or la biologie se rappelle toujours à nous, les sols se stérilisent (8% des terres en France) la consommation des intrants et pesticides explosent, parce que la biologie est toujours là ,et les ravageurs s'adaptent très vite sur une hyper monoculture,le répit est très court ,10 ans 20 ans maximum .Lla découverte de l'importance de la biodiversité oriente l'agriculture de demain vers le biologique

  • Par jerem - 30/10/2012 - 13:30 - Signaler un abus et inversement ... c'est tout le probleme

    " aucune donnée validée de terrain ne permet d’affirmer que la consommation d’OGM a des effets délétères sur la santé" et l'inverse non plus . si les americains avait un marquage des produits avec et sans ogm , au moins une etude a grande echelle sur des populations humaines aurait eté conduite ... MAIS IL ETAIT URGENT DE NE SURTOUT PAS LE FAIRE , ainsi on ne pouvait rien démontrer et rien prouver ..... TELLEMENT FACILE LA MANOEUVRE comme ces champs qui devaient etre repertoriés dans un fichier comme ces champs qui ne polluent pas ceux de leurs voisins comme ces semences pour lesquelles il faut payerdes royalties meme en cas de contamination par le voisin .... ETC ETC .... et il faudrait encore avoir le reflexe du benefice du doute .....

  • Par jerem - 30/10/2012 - 13:33 - Signaler un abus et surtout pas de categorisation de la modification génétique !

    OGM ci OGM ca et si l'un modifiait génétiquement dans telle optique et l'autre dans une autre tout autant contraire, il n'y aurait donc jamais d'interrogation a poser .... tellement facile cette appellation OGM , surtout quand on nous sort de derriere la porte , les maladies orphelines pour enfiler les royalties sur des grains de mais sans aucune therapie on la connait pas la ficelle .... si peu grosse et tellement pas treansparente en effet

  • Par jerem - 30/10/2012 - 13:36 - Signaler un abus curieux on attend toujorus l'interview choc

    on attend toujours l'interviex choc sur les ogm therapeutiques dont les etudes doivent se faire a ciel ouvert. C'est marrant on a toujours pas l'interview chox pour nous expliqué pourquoi le confinement n'est pas suffisant au non de la protection du voisinage pour les vaccins c'est aussi a ciel ouvert pour les essais nucleaires c'est en coeur de ville ? on reparle des dossiers aux antilles et en oceanie pour ces cancers en surnombre au nom du "c'est sanitairement non prouvé que c'est nuisible " ????

  • Par jerem - 30/10/2012 - 13:43 - Signaler un abus A quand Davan pour la diminution des spermatozoides

    pourtant pas farouche la dame qui nous les gonfle avec son mois du sein pour le cancer .... que ne fait elle une campagne publique sur la reduciton du nombre spermatozioides dans l'ejaculat . avec Lemergye et Nagui en démonstrateur animateurs comme le doigt pour le collorectal du comique simies plus rapide a venir taper sur debre et Even qu'a faire le point sur la contre performance des examens systematiques des testicules .... (polemique qui apparement entraine le non renouvellement du clip du doigt) c'est curieux non !! Comment ce fait il que la brave Bachelot ne nous fait pas une enquete d'animatirce choc sur le sujet ... Elle qui passe la tete sous l'eau de Kirviel sans trop se rappeler sap erformance sur les vaccin h1n1... (pas de procédure en remboursement , pourtant la aussi pas d'enrichissement personnel) il n'y a que Pfizer pour faire de la pub tele sur le sperme? Pas de question sanitaire publique ?. L'etat n'a pas le souci des generations du futur .... Rien ? seulement l'inquietude pour la dette .....? C'est curieux cela !!! non ? qu'on est con il y a les cellules souches . bientot l'enfant pour tous !!!

  • Par Pierre75 - 30/10/2012 - 14:40 - Signaler un abus ogm dangereux ?

    La moitié des scientifiques disent oui, l'autre moitié disent non, ceci grace à de nombreuses études contradictoires.. Les écologistes comme les verts sont contre, les lobbystes des producteurs sont pour à 100% (normal :) ) à préciser que les études scientifiques sur le sujet font plus de 10 pages chacunes, contrairement aux communiqués des verts qui font plutot 10 lignes, idem pour ceux des lobbyistes. Science contre simplisme. Qui croire ?

  • Par gluck - 30/10/2012 - 15:05 - Signaler un abus bravo

    bravo M.Kuntz pour vos explications. Toutefois, en lisant les commentaires, je ne peux qu'être inquiet. En effet, c'est le triomphe de l'obscurantisme, de la régression: ainsi, walter89 dit "OGM, en dehors d'une toxicité probable" mais comment peut il affirmer ça? Je rappellerai simplement que la technique OGM n'est qu'un outil de sélection. On ne peut pas parler des OGM en général car il y en a des multitudes. Aujourd'hui, une grande partie des médicaments (et l'insuline entre autres) utilisés proviennent de la technique OGM . Comment se fait il que personne ne s'en offusque? Refuser la technique OGM, c'est comme refuser l'électricité au début du XX siècle (il y en avait des farouchement contre). Après, on feindra de s'étonner du déclin de l'Europe et de la France en particulier. Cherchez l'erreur.

  • Par Ganesha - 31/10/2012 - 08:01 - Signaler un abus Je rappellerai simplement que la technique OGM n'est qu'un outil

    Lu dans un commentaire : "Je rappellerai simplement que la technique OGM n'est qu'un outil de sélection." Il n'est pas possible de consacrer les forums internet à expliquer à tous les habitants de cette planète qui sont "manifestement totalement à côté de la plaque", qu'ils devraient se renseigner : essayer Wikipédia... Ce qui pourra peut-être sauver notre planète, c'est l'océan qui sépare l'Europe des USA : il y a clairement des différences dans les taux d'obésité, de cancers etc... et donc des chances raisonnables pour des épidémiologistes honnêtes d'en tirer des conclusions...

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Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale.

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

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