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Restructuration de la dette grecque en vue : mais au fait, qui sont ceux à qui Athènes doit aujourd'hui de l'argent ?

Alexis Tsipras appelle une nouvelle fois à un réaménagement de la dette en Grèce. Une question d'actualité puisqu'elle devrait être abordée aujourd'hui entre les ministres des finances de la zone euro. Pour autant, avant d'en arriver à ce résultat la route est encore longue car trouver une réponse politiquement acceptable et économiquement viable

Dette

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Restructuration de la dette grecque en vue : mais au fait, qui sont ceux à qui Athènes doit aujourd'hui de l'argent ?

Atlantico : Dans une Tribune publiée par le Monde, Alexis Tsipras, premier ministre grec appelle une nouvelle fois à un réaménagement de la dette de son pays, une question qui devrait être soulevée lors d’une rencontre prévue ce 15 juin des ministres des finances de la zone euro. Alors que la crise perdure depuis l’année 2010, comment comprendre la problématique de la dette grecque au travers du prisme des débiteurs créditeurs ? Qui sont ceux qui ont contracté la dette à l’origine et quels sont ceux qui sont aujourd’hui « à risque » pour la question du réaménagement ?

Comment ce transfert s’est-il opéré, et à quelles conditions ?

Sébastien Villemot : La crise grecque a débuté fin 2009, lorsque le gouvernement a reconnu que les statistiques des finances publiques étaient manipulées depuis plusieurs années. La dette publique s’élevait alors à 300 milliards d’euros, soit 126 % du PIB, ce qui représentait un niveau certes élevé, mais a priori pas catastrophique, et qui était la conséquence d’une mauvaise gestion des deniers publics, de divers cadeaux fiscaux, mais également de la crise financière mondiale.

Les créanciers de la Grèce étaient alors à 95 % des agents privés : majoritairement des banques, mais également des fonds d’investissement, des fonds de pension ou des assureurs. Et, conséquence de la libéralisation des marchés et de l’intégration européenne, la majorité de ces créanciers ne résidait pas en Grèce, mais au Royaume-Uni, en France ou en Allemagne.

En quelques années, la situation s’est totalement inversée : la dette grecque est aujourd’hui détenue à 75 % par les autres États de la zone euro, soit directement, soit indirectement par le biais d’institutions (le Fonds européen de stabilité financière, le Mécanisme européen de stabilité et la Banque centrale européenne).

Comment ce transfert de propriété s’est-il opéré ? C’est la conséquence des décisions prises par les dirigeants de la zone euro en 2010, Sarkozy et Merkel en tête, qui voulaient éviter à tout prix que les banques françaises et allemandes encaissent des pertes. Plutôt que d’organiser à ce moment-là une restructuration de la dette grecque, ils ont préféré gagner du temps pour permettre aux banques de désengager : le premier plan d’assistance financière de 2010 a ainsi permis que soient remboursés les créanciers privés dont les prêts arrivaient bientôt à échéance. Puis, en 2012, une restructuration a finalement dû être actée au vu de la gravité de la situation, mais celle-ci a été organisée de façon à permettre aux banques qui ne l’avaient pas déjà fait de se désengager avec des pertes limitées.

Le discours général évoque régulièrement le fait que les Européens ont « payé » pour la Grèce ? Qu’en est il dans la réalité ? Qui ont été les véritables débiteurs de l’économie grecque depuis la survenance de la crise ?

Il faut insister sur le fait que les contribuables européens n’ont à l’heure actuelle rien donné à la Grèce, ni encaissé aucune perte. L’aide financière fournie n’a consisté qu’en des prêts, et ceux qui sont déjà arrivés à échéance ont été remboursés (certes grâce à de nouveaux prêts). Et même en ce qui concerne les taux d’intérêts demandés à la Grèce, ceux-ci sont légèrement au-dessus des coûts de financement des États européens, ce qui signifie que ces derniers ne font aucune perte dans l’opération, mais enregistrent même de légers gains.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/06/2017 - 09:57 - Signaler un abus Ben si! Les européens ont payé...

    Car ces 300 milliards des con-tribuables européens donnés aux banques par Merkel-l'immigrationniste et Sarko-le-rricheur auraient pu servir à des investissements d'avenir, comme construire une silicon-valley europeennne, à cheval sur France, Belgique et Allemagne, par exemple! Et si la Grèce était sortie de l'Euro, comme elle aurait dû le faire depuis longtemps, elle aurait aujourd'hui une drachme dévaluée qui lui permettrait d'être dans le peloton de tête du tourisme européen. Sans accès aux marchés, elle aurait été obligée de faire payer ses pipes, ses fonctionnaires et ses armateurs: tout bénéfice pour la Grèce! Avec un défaut bancaire, les banques françaises et allemandes n'auraient perdu que 300 milliards, soit une bouchée de pain pour elles...la politique de Merkel et Sarko, puis Hollande a été catastrophique pour tous, repoussant toujours plus tard un désastre inéluctable...

  • Par Ganesha - 15/06/2017 - 11:21 - Signaler un abus Rigolo

    Voilà, au moins un article honnête et clair. Un défaut : il se limite à la Grèce, sans envisager les menaces qui pèsent sur l'Italie, la Deusche Bank et quelques autres. Jusqu'où ira l'Assouplissement Quantitatif avant d'exploser ? Ce qui est rigolo, c'est qu'il y a quelques jours, il y avait encore un ''papy crétin'' qui écrivait sur Atlantico : ''Sarko a merveilleusement géré la crise bancaire de 2008 !''

  • Par Borgowrio - 15/06/2017 - 13:19 - Signaler un abus On ne change pas une politique qui perd

    " Politiques d'austérité absurdes " . Donc il fallait continuer de vivre a crédit , comme avant ? Problème plus personne ne voulait "prêter" à ce pays en sachant qu'ils ne rembourserait jamais . L'Europe devenant la garantie , à nouveau les investisseurs ont profité de l'aubaine . Si on y regarde de plus prêt , les fonctionnaires seuls responsables de la dette n'ont pas trop souffert et pourtant ce sont eux qui ont le plus manifesté . Comme toujours les travailleurs du privé ont du se serrer la ceinture et cumuler plusieurs petits emplois pour survivre .

  • Par Michèle Plahiers - 15/06/2017 - 13:30 - Signaler un abus Mémoire courte.

    Les Rothschild oublient un peu vite que les grecs furent les meilleurs opposants au nazisme.

  • Par Michèle Plahiers - 15/06/2017 - 13:42 - Signaler un abus Miracle allemand.

    http://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/Apres-guerre-l-Allemagne-n-a-pas-rembourse-toutes-ses-dettes-_EP_-2012-02-01-764599. N'oublions pas que l'Allemagne d'avant guerre n'était pas en si bonne situation économique que cela. L'image de l'Allemand doué pour le commerce et les finances comme l'étaient les juifs (bien obligés vu leur mise à l'écart,..) est fausse. Rappelons-nous la grande misère dans laquelle vivait Hitler et sur quoi elle a débouché,...

  • Par Michèle Plahiers - 15/06/2017 - 13:57 - Signaler un abus Pour s'enrichir, il faut être riche.

    Celui qui a une voiture pourra toujours faire des kilomètres pour trouver un objet dis fois moins cher, Voilà pourquoi le pauvre restera dans la pauvreté. Le riche a toujours peur de perdre, Voilà pourquoi il ne peut que s'enrichir alors que le pauvre n'a rien à perdre et partage plus aisément. Comment rétablir un certain équilibre entre avaricieux malheureux et dépensiers peut-être pas si malheureux. that's the question?

  • Par ajm - 15/06/2017 - 15:08 - Signaler un abus Rien n'est acquis.

    Michèle Plahiers: Je connais plein de familles qui étaient riches et qui ne le sont plus et inversement. Les Suisses étaient au 19 siècle encore un peuple de montagnards plutôt besogneux et modestes: ils sont le peuple le plus riche d'Europe per capita maintenant. La raison: ils n'ont pas fait les mêmes bêtises que les autres et ont gardé les vertus de liberté et de responsabilité qui étaient le lot de tous auparavant. Mélange de libéralisme et de conservatisme, respect du local et pragmatisme, méfiance vis à vis des idéologues, ouverture sur l'international et pratique de plusieurs langues, sens du compromis.

  • Par hermet - 15/06/2017 - 18:55 - Signaler un abus Reset

    Il faut faire défaut sur une partie des dettes, pas seulement les grecs tous les européens, c'est la seule solution pour sortir de la crise et faire une grande puissance européenne, et c'est les vieux qui vont en payer le prix fort ce qui est normal puisque c'est eux qui ont voulu l'Europe et détruit les états nation européens.

  • Par Anouman - 15/06/2017 - 21:16 - Signaler un abus Dette

    "En réalité, les seuls à avoir aujourd’hui « payé » pour la crise grecque sont les Grecs eux-mêmes". Soit c'est de la mauvaise foi soit c'est de l'ignorance. Dans les deux cas c'est pitoyable. L'Europe a obligé les créanciers privés à abandonner la moitié de leurs créances. Et forcément il y a quelqu'un qui l'a payé mais pas les Grecs.

  • Par Deneziere - 15/06/2017 - 23:59 - Signaler un abus @Anouman

    Exactement. Et de plus, les grecs ne sont pas non plus irresponsables de ce qu'il leur arrive.

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Sébastien Villemot

Sébastien Villemot est économiste au département analyse et prévision de l'OFCE, ses recherches portent sur la dette publique et les politiques macroéconomiques en zone euro. Il est l'auteur du blog :http://sebastien.villemot.name/

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