Pour savoir comment les réserves pétrolières du Venezuela ont pu dépasser en quelques années celles de l'Arabie saoudite, il convient de revenir sur l'intégration partielle des ressources en huile extra-lourde, situées pour l'essentiel le long du fleuve Orénoque, dans les statistiques des réserves pétrolières prouvées du Venezuela. Mais pour bien comprendre comment un tel "miracle" a pu se produire, il faut d'abord s'arrêter sur deux distinctions préalables utiles : celle entre pétroles conventionnel et non conventionnel ; et celle entre ressources et réserves. Il faut aussi intégrer quelques données chiffrées importantes.
On entend par pétrole non-conventionnel tout pétrole qui ne peut être exploité de façon classique et notamment parce que sa texture est trop visqueuse ou trop dense. L'essentiel des réserves pétrolières du Venezuela se compose de pétrole non-conventionnel (huile extra-lourde) et même ses réserves conventionnelles se compose essentiellement de pétrole lourd.
Les réserves prouvées se composent par définition de l’ensemble du pétrole que l’on considère pouvoir extraire raisonnablement à l’avenir à partir des réservoirs connus, compte tenu des conditions techniques et économiques du moment. Les ressources en place représentent un chiffre bien supérieur à celui des réserves mais n'intègrent ni la notion de volumes techniquement récupérables (les taux de récupération), ni celle de la rentabilité liée aux conditions économiques (l'évolution tendancielle des cours mondiaux du brut). D'où l'intérêt de parler de préférence de réserves prouvées, terme plus précis, même si ce concept est lui-même parfois d'une fiabilité aléatoire selon les sources statistiques de référence.
Pour le Venezuela, les spécialistes du United States Geological Survey (USGS) évaluait en 2009 à 1.300 milliards de barils (1.300 Gb) les ressources d'huile extra-lourde en place, dont 395 Gb minimum seraient récupérables, voire 652 Gb au maximum, en fonction de l'évolution des taux de récupération espérés à terme (30% à 50%). Petróleos de Venezuela SA (PDVSA), la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, peut donc légitimement estimer très officiellement que les réserves prouvées du pays s'élèvent à 297 Gb (60 Gb de pétrole lourd conventionnel + 237 Gb d'huile extra-lourde, pétrole non conventionnel) d'autant plus que d'autres organismes vont jusqu'à évaluer le niveau des ressources en place d'huile extra-lourde à 2.250 Gb.
Pour la BP Statistical Review of World Energy 2012, parue mi-juin, le Venezuela disposait déjà en 1991, de 62 Gb de réserves prouvées, en l'espèce du pétrole lourd conventionnel, auxquels ont été ajoutés ces dernières années différents volumes de réserves prouvées additionnelles d'huile extra-lourde (pétrole non-conventionnel) pour atteindre d'abord un total de réserves prouvées de 211 Gb fin 2010, puis 296 Gb fin 2011. Les réserves prouvées de pétrole du Venezuela représentent donc désormais 17,9% des 1.652 Gb constituant l'ensemble des réserves prouvées mondiales selon cette source.