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À quoi ressemblerait donc un monde avec un Président Trump (puisque ses chances de l'emporter grandissent dans les sondages) ?

Donald Trump est crédité de près de 40% de chances de remporter la victoire face à Hillary Clinton, selon le site d'information américain 538. Mais au fait, à quoi pourrait bien ressembler un monde où Donald Trump serait assis dans le bureau ovale ?

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À quoi ressemblerait donc un monde avec un Président Trump (puisque ses chances de l'emporter grandissent dans les sondages) ?

Atlantico : Selon le site d'information américain 538, Donald Trump aurait 39,9% de chances de remporter les élections présidentielles américaines (voir ici). Une probabilité suffisante pour envisager réellement une situation où Donald Trump serait président des Etats-Unis. Quelles en seraient les conséquences globales d'un point de vue géopolitique ? Que pourrait être la nouvelle doctrine américaine ?

Alexandre del Valle : Commençons d'abord sur la dimension géopolitique. À en croire ce que dit Donald Trump, et s'il accomplissait les promesses qu’il annonce, l'Amérique se focaliserait beaucoup plus sur l'Asie, au détriment du Moyen-Orient voire de l'Europe. Si je doute que cela soit à prendre à la lettre, il est indéniable que Donald Trump envisage de se concentrer principalement sur l'Asie : il a fait de la Chine à la fois l'ennemi et le rival majeur, privilégié, des États-Unis. Selon lui, ni la Russie de Vladimir Poutine ni la Syrie de Bachar el-Assad ne sont les ennemis principaux de Washington, quand bien même le second lui apparaît comme un "tyran".

Quant au premier, il se félicite qu’il ait fait son éloge et n’hésite pas à appeler de ses voeux une coopération russo-américaine fondée sur les intérêts communs et la complicité.

Ce faisant, le candidat républicain fait partie des rares personnalités occidentales qui désigne l’ennemi principal (le terrorisme islamiste et la Chine) sans moralisme et avec pragmatisme, puis propose de réorienter les Etats-Unis vers une géopolitique souverainiste et fondée sur la seule realpolitik. Il précise également, au sujet de l'Otan, qu'il n'a pas encore vu le moindre "retour sur investissement" de la part de certains pays d’Europe de l’Est et qu’il entend mettre les Européens dans leur ensemble en face de leurs responsabilités en matière de défense, de sécurité et de moyens militaires. C'est un propos qu'il tient dans tous ses discours, dans toutes ses interviews – y compris les plus fouillées et les moins démagogues. Dans une récente interview au New York Times, il a même déclaré que l'automaticité de la défense, par Washington, des pays de l'Otan qui seraient attaqués par la Russie, par exemple, serait remise en question. Il estime en effet que cela soulève une question essentielle : est-ce que ces pays ont rempli les conditions nécessaires et méritent, par conséquent, d'être défendus ? C'est un discours très neuf qui, cela va de soi, a beaucoup choqué l'ensemble de l'establishment atlantiste et les pays les plus anti-russes de l’Europe de l’Est qui font tout pour entraîner l’Otan dans une confrontation avec Moscou depuis des années (Pologne, pays baltes, etc). Fondamentalement, il dit que l'Otan devrait se désengager – au moins en partie – de l'Europe et que l'Amérique n'a pas nécessairement à être solidaire d'un pays de l'Otan qui serait agressé. C'est très neuf et révolutionnaire dans la pensée stratégique américaine depuis la Guerre froide.

Il dit également qu'il faut, pour les États-Unis, se désengager du Moyen-Orient, ne plus y mener la moindre intervention de type guerre préventive ou "humanitaire". Ce sont des mesures nécessaires à ses yeux, afin de pouvoir se concentrer sur l'Asie et la Chine et afin d’alléger les dépenses américaines consacrées à l’extérieur, sachant que pour lui ces dépenses liées à l’interventionnisme contribuent à aggraver la dette américaine qui s’élève à 20 000 milliards de dollars. Bref, il affirme que la société américaine ne peut plus se permettre le luxe de dépenses universelles qui contribuent à l’appauvrir et à lui faire perdre les sens des priorités : la défense des Etats-Unis dans leur pré carré et sur leur territoire ou en Asie. Par ailleurs, ces mesures permettraient potentiellement un rapprochement avec Vladimir Poutine, que Trump estime lui-même intéressant, voir souhaitable et utile pour la stabilité mondiale. Il pense en effet que le fait d’avoir désigné la Russie post-communiste de Poutine comme l’ennemi constitue une erreur stratégique et empêche de se consacrer au véritable ennemi, l’islamisme radical puis, au plan étatique, la Chine. Enfin, sur le théâtre syrien, il juge – contrairement à d'autres acteurs – que l'ennemi principal n'est pas Bachar el-Assad mais l'État Islamique. Il dénonce aussi violemment la naïveté de Barack Obama concernant l’accord avec l’Iran sur le nucléaire. Tout ceci constitue d'importants changements vis-à-vis des politiques menées dernièrement, notamment par l'administration Obama.

Le slogan que Donald Trump s'est choisi, "America first" illustre assez bien cette thématique. Il s'agit d'un slogan assez ancien aux États-Unis, qui remonte à la plus vieille tendance isolationniste du pays. À ce titre, Donald Trump cherche véritablement à mener et opérer une révolution néo-isolationniste face aux establishments tant démocrates que républicains qui s'ancrent dans l'interventionnisme depuis des années et ont endommagé et les finances de la nation américaine et sa réputation et son leadership mondial de plus en plus contesté et détesté. Il prône le protectionnisme économique, l’Etat stratège qui reprend en main les questions économiques, il appelle à un retour à l’isolationnisme et dénonce tous les traités internationaux de libre-échange (ALENA, TTIP, partenariat  transatlantique, TTP Transpacifique, etc.) qui seraient responsables selon lui de la désindustrialisation des Etats-Unis, des délocalisations de masse et du chômage… Il a récemment dénoncé le NAFTA (ALENA, traité nord-américain de Libre échange avec le Canada et le Mexique) et les accords de libre-échange équivalents avec la Chine qu'il trouve profondément biaisés en faveur de la Chine qui serait déloyale et appauvrirait les Etats-Unis et le monde par une sous-évaluation de sa monnaie. Selon lui, tout cela détruirait des emplois sur le sol américain et appauvrirait les citoyens américains. Par conséquent, il souhaite soit renégocier drastiquement le NAFTA, le TTP, etc, soit les annuler carrément si les négociations n'évoluent pas dans le sens qu'il souhaite, c’est-à-dire en faveur des intérêts et d’un protectionnisme américain, d’où son annonce de frapper tous les produits chinois de 40% de droits de douane. Il dénonce en bloc toute la doctrine libre-échangiste qui régnait aux États-Unis depuis pourtant trente ans et qui était devenue un dogme intouchable au sein des élites mondialisées.

 
Commentaires

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  • Par Innocent - 19/09/2016 - 09:07 - Signaler un abus Ryad n'est pas inquiet

    Hillary a prévu de leur rabattre leur caquet avec quelques missiles atomiques bien placés (tirés des installations toutes fraîches créées en Roumanie contre l'avis de la population - béni soit l'OTAN qui nous enterrera).

  • Par pitron67 - 19/09/2016 - 10:30 - Signaler un abus peur

    pourquoi avoir peur de trump on a eu les bush père et fils qui ont mis la planète a feu et à sang .Obama prix nobel de la paix ,allez raconter ça aux 60 soldats syriens qui viennent de se faire massacrer et dont personne ne parle .Que peut-il sortir de bien de ce pays .En tout cas je n'en attend rien de bien que ce soit trump ou clinton

  • Par vangog - 19/09/2016 - 11:10 - Signaler un abus Clinton est une droidelhommiste perturbée...

    Et comme 60 à 70% du monde bafoue les droits de l'homme, cette bécasse lancera les croisades droidelhommistes contre les "méchants" et mettra le monde à feu et à sang, comme Attila...Trump est pragmatique et accepte que tous les pays ne soient pas comme les USA...beaucoup moins dangereux pour la paix du monde!

  • Par A M A - 19/09/2016 - 16:50 - Signaler un abus En se basant sur les faits

    En se basant sur les faits historiques, au cours du XX° siècle la plupart des guerres ont été déclenchées sous la Présidence de Démocrates: Wilson (14-18), Roosevelt (39-45), Kennedy (1961Cuba), Jonhnson (1965 Viêt-Nam), Clinton (1994 Bosnie), Clinton (1998 Kosovo), Obama (2011 Lybie). Quant aux républicains les guerres d'Afghanistan (2001) et d'Irak (2003) peuvent leur être imputées sous la présidence Bush. Le bellicisme semble résider plus chez les Démocrates type Clinton que chez les Républicains type Qu'en conclure pour notre petite tranquillité européenne?

  • Par assougoudrel - 19/09/2016 - 19:43 - Signaler un abus Moi, je trouve qu'il n'est pas

    dénué de bon sens, Donald. Nous (l'UE), on s'est trompé d'ennemi. De plus, il serait temps que les européens se prennent en charge. On a vu la guerre dans les Balkans. Quelques milices qui foutaient la merde et il fallait que se soit les américains qui viennent mettre de l'ordre. L'Europe ressemble à la Gaule et les USA Rome, sauf que Jules gagnait ses guerres. C'est le foutoir. Certainement que l'UE se décidera à avoir une défense commune et sera obligée de s'occuper de son (ses) territoires. Qui voudra faire le "justicier masqué" de par le monde, comme notre "chef de guerre"? Trump a averti les entreprises US: si une entreprise délocalise, quand ses produits reviendront sur le territoire US, elle se verra infliger une telle taxe, que les autres qui auraient cette idée, y réfléchiront à deux fois. Il faut arrêter qu'on nous donne la becquée, mais il faudra virer les "couilles de loup" qui sont la haut et y placer des "couillus", car, pour le moment, nous avons affaire à des "chouchounus". Moi, je suis pour Donald qui est loin d'être un "nanard". Pour le moment, c'est le cas de nos dirigeants.

  • Par Deudeuche - 19/09/2016 - 19:52 - Signaler un abus L'Europe va devoir se remilitariser

    Un retour au monde d'avant 1914?

  • Par cloette - 19/09/2016 - 20:35 - Signaler un abus Deudeuche

    une armée commune, avec des monnaies adaptées à chaque pays , ( euro franc eurolire etc ) , des frontières seulement par les non européens, etc , pourquoi pas ? et surtout un Bruxelles allégé de ses fonctionnaires volumineux !

  • Par Jean-Benoist - 20/09/2016 - 11:21 - Signaler un abus N'en déplaise aux

    Bobos, gauchos, énarques, ce serait une sacrée nouvelle et peut etre une chance pour les américains. . Ras le bol de choisir le pere puis le fils qui declenche une guerre horrible en Irak, puis ce serait la femme après le mari qui serait presidente? A croire que dans ce grand pays, il ny aurait pas de candidars de qualité. .

  • Par pitron67 - 20/09/2016 - 11:31 - Signaler un abus dynastie

    comment appelle-t-on en afrique un régime ou un fils succède au père puis quand la femme succède au mari ? apparemment ce qui n'est pas bon pour l'afrique est excellent pour les US

  • Par Anguerrand - 20/09/2016 - 16:15 - Signaler un abus Kanner ministre PS des sports annonçait chez Bourdin

    Que la France avait 13 millions de musulmans, ce devait être une gaffe de l'annoncer mais il est bien placé pour le dire. Par contre depuis 15 ans on nous parle de 5%, les statistiques ethniques sont interdites on comprend mieux pourquoi. Si l'on croit leur 5% ça ferait à peine 4 millions, qui peut croire ces chiffres ? Ils nous mentent effrontément, et ce ne sera pas sans conséquence dans l'avenir.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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