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Ce que la fin programmée de la voiture individuelle nous révèle sur notre futur économique

La voiture individuelle, longtemps icône des sociétés de consommation, est en perte de vitesse aux États-Unis comme en Europe. Une tendance qui sonne comme la fin du "Véhicule pour Tous" et qui semble annoncer une lente évolution vers un modèle plus collectif.

Adopte un... véhicule ?

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Ce que la fin programmée de la voiture individuelle nous révèle sur notre futur économique

Les consommateurs des pays développés, en France comme aux Etats-Unis, semblent de moins en moins portés vers la conduite.  Crédit Reuters

Atlantico : Les consommateurs des pays développés, en France comme aux Etats-Unis, semblent de moins en moins portés vers la conduite. Peut-on dire que cette inflexion soit due à la crise économique, ou les tendances à l’œuvre sont-elles finalement plus profondes ?

Bernard Jullien : On peut commencer par dissocier deux tendances qui sont particulièrement vraies en France mais que l'on retrouve dans la plupart des pays développés : tout d'abord le nombre de kilomètres parcourus par habitants, qui continue de progresser malgré une croissance moindre, et le nombre de km parcourus par voiture qui est effectivement en baisse. On ne peut donc pas dire, comme certains l'affirment, que l'automobile occupe une place de plus en plus décroissante dans le besoin de mobilité.

S'il est vrai que les ventes et les immatriculations baissent dans les vieilles économies, il s'agit avant tout d'un problème de renouvellement du parc. A une échelle plus globale, on constate dans de nombreux pays que le parc automobile continue de s'accroître en même temps que le nombre de kilomètres parcourus par les conducteurs.

Une fois que cela a été rappelé, on peut effectivement affirmer qu'il existe une vraie problématique pour les professionnels et les constructeurs à s'adapter aux nouvelles donnes d'un marché automobile dont la croissance n'est plus aussi importante que par le passé en Europe comme aux Etats-Unis. La part toujours plus importante des véhicules d'occasions sur les véhicules neufs était jusqu'ici la problématique traditionnelle du secteur, mais elle prend aujourd'hui une dimension toute particulière avec le vieillissement des parcs et la baisse du pouvoir d'achat des ménages, que ce soit en France, en Allemagne ou en Italie, mais aussi ailleurs. L'âge moyen d'un acheteur de véhicule neuf est aujourd'hui de 53 ans, un fait qui démontre bien le déphasage progressif entre l'offre et une demande de plus en plus spécifique. La France connaîtra entre 1 et 1.2 millions d'achats de voitures neuves par les ménages en 2014, contre près de 5 millions de modèles d'occasions, ce qui laisse entendre que le "ratio" serait ici d'un pour quatre et non pas d'un pour deux comme l'évoquent habituellement les professionnels.

Christophe Benavent : Effectivement de tels signes se multiplient. On peut écarter partiellement la crise économique, du-moins en France, dans la mesure où le nombre d'immatriculation est stagnant depuis 10 ans. Remarquons de suite que la motivation de la conduite pour le plaisir n'est certainement pas la première : on conduit d'abord pour se transporter qu'il s'agisse du travail, des courses ou de quelques autres contraintes ( et l'on peut avoir plaisir à conduire à ces moments!). Et pour ces raisons, des alternatives se dessinent : le co-voiturage et les transports en commun. D'autant plus que les bouchons, la chèreté du stationnement, pour ne prendre que deux facteurs évidents, font de l'option automobile une option moins intéressante. Quant aux grands parcours, ceux des vacances, alors que leurs durées se réduisent, on comprend que d'autres options sont préférables. Naturellement il faudrait étudier les choses de manière plus fine, le phénomène n'est pas le même dans les zones rurales, péri urbaine et dans les grands centres urbains. Mais il y a suffisamment de raisons de long terme qui justifient économiquement une certaine désaffection. Au-delà de cette rationalité économique, il y a aussi une "irrationalité" sociologique qui disparait. La voiture est de moins en moins investie affectivement et symboliquement. On peut parler de désenchantement. Il suffit de se promener dans les zones pavillonnaire le samedi pour se rendre compte que l'on ne passe plus ses samedis à entretenir son véhicule. Mais ce n'est pas forcement un mouvement général : le caractère statutaire demeure dans certains segments de marché. Les SUV et autres marques de luxe tirent leur épingle du jeu.

Le vieillissement des populations, avec la sortie progressive des "baby boomers" du marché du travail, peut-il expliquer cette tendance ? Est-on face à une modification finalement irréversible ?

Bernard Jullien : S'il est vrai que l'on a généralement tendance à moins conduire lorsque l'on cesse son activité professionnelle, cette époque est aussi celle d'une plus forte propension à la consommation : le prêt immobilier est généralement remboursé, le patrimoine s'accumule et l'on est toujours actif. On dit souvent que les monospaces sont destinés aux "pères de familles" alors qu'en vérité les principaux acheteurs sont généralement les grand-parents. Les retraités sont donc plutôt un facteur qui stimule les statistiques au lieu de les infléchir.

Christophe Benavent : Cette explication démographique n'est pas vraiment pertinente. Mais si on raisonne en culture de génération, effectivement, on peut considérer que l'hypothèse de la génération d'après guerre pour qui l'automobile est associée pleinement à la culture de consommation des trente glorieuse, à mesure qu'elle disparait, laisse place à des générations qui investissent moins affectivement dans ce produit.  L’irréversible est de ce point de vue, le fait que le rapport au bien comme extension de soi, ne se construise plus avec l'automobile telle qu'on la conçoit aujourd'hui. Dans un certain futur il n'est pas interdit que les choses se renversent. Pensons à l'exemple des montres au cours des 40 dernières années.  Le cas de Tesla au US doit faire réfléchir.

Quels autres éléments peuvent expliquer cette tendance ?

Bernard Jullien : Tout d'abord la multiplication de modes de transports plus efficaces pour les longs-trajets : un Parisien qui se rend à Marseille a aujourd'hui très peu de chances d'emprunter sa voiture, l'option idéale étant le train ou l'avion. L'industrie automobile a aussi modifié son cahier des charges sur de nombreux modèles, la grosse berline n'ayant plus le même pouvoir d'attraction qu'autrefois sur le consommateur. Le voyage court représente de plus en plus la norme, et le marché s'adapte en conséquence. Le dernier salon de Genève a ainsi bien démontré la volonté de se focaliser sur la petite voiture bien équipée (segment A) qui correspond à de courts trajets urbains plus qu'à de grands voyages.

Christophe Benavent :Les deux grands facteurs que nous évoquons sont suffisant, même si de manière concrètent ils se réalisent de milles manières. Le diable est dans les détails. Sur le facteurs économique, par exemple, le coût des infractions pèse certainement. Quant au facteur sociologique, on peut ainsi s'interroger sur la "non-appropriabilité" des véhicules : comment faire soi un véhicule qu'on ne peut plus réparer soi-même? Il reste la question des alternatives que les consommateurs prennent de plus en plus au sérieux.

 
Commentaires

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  • Par marignan - 13/03/2014 - 07:32 - Signaler un abus N'importe quoi cet article

    Pas une fois n'est citée la hausse du prix du carburant comme raison, alors que c'est certainement la cause principale de la baisse du km moyen !

  • Par biturige - 13/03/2014 - 10:38 - Signaler un abus en carriole à cheval

    bonjour ,fort bien pour les habitants des agglomérations urbaines . Pour ceux de la campagne ;et qui ont du terrain * ,ça pourra aller .Ceux des zones pavillonnaires resteront chez eux ne pouvant loger et entretenir un cheval . Un cheval = 1 hectare de pré ,1 box ,réserve de fourrage ,eau propre ,frais d'entretien ,véto ...+ carriole etc.....

  • Par fentreti - 13/03/2014 - 14:03 - Signaler un abus Jamais rien n'a été fait , ou quelques miettes

    pour développer les pistes cyclables . S'il y avait eu un grand projet de vraies pistes cyclables de GRANDE qualité pour les vélos ainsi que pour les deux roues à moteurs , nous en tirerions aujourd'hui tous les avantages ! Mais une fois de plus nos incapables et nullissimes dirigeants ont préféré s'endormir sur le morceau .

  • Par beaumarchais - 13/03/2014 - 14:54 - Signaler un abus Paradoxes !

    - On développe le véhicule urbain , alors que c'est dans les grandes villes que l'on peut bénéficier de transports en commun . et on oublie trop souvent les personnes qui ne peuvent en profiter - On allonge les milieux de gamme alors qu'on manque de place de parking .....voir clio et golf - On propose la voiture électrique et en même temps on nous veut limiter la production et la consommation .. - Les pouvoirs publics dégoûtent les automobilistes devenus vaches à lait mais veulent qu'on renouvelle souvent son vehicule Et tout à l'avenant .........

  • Par el zorro - 13/03/2014 - 15:08 - Signaler un abus evidence

    A force d'accabler les gens de taxes et impôts et de leur enlever le plaisir de conduire en multipliant les interdits les gouvernement sont en train de tuer leur poule aux oeufs d'or. Bien fait pour eux

  • Par el zorro - 13/03/2014 - 15:13 - Signaler un abus autres raisons

    J 'ai assez fait de vélo en ville et sur route pour savoir qu'a partir d'un certain âge dans une ville au relief accidenté cela devient difficile et de la façon dont se comportent certains conducteurs il faut avoir la vocation de kamikazé pour faire du vélo . Alors laissez le vélo aux calmes hollandais avec leurs villes plates

  • Par louis victor - 13/03/2014 - 16:27 - Signaler un abus transports commun

    ste a une experience l annee derniere ou la greve de la sncf s est conjuguee a celle des contrôleurs du ciel ,le prix d un retour d Irlande qui etait de 150 euros pour 2 est passe a 600 euros ,combinaison de 2 trains avec sejour a paris ,retour abezier le lendemain pour chercher la voiture a l aeroport etc ....etc.....donc je dois aller 2 fois en Italie ce sera la voiture,et je ne suis pas prêt de reprendre les transports en commun!Qu on ne nous emmerde plus avec ça!et vivement la faillite de la sncf!

  • Par troiscentsalheure - 13/03/2014 - 17:12 - Signaler un abus Autolib, Vélib et transports en commun

    gratuits à Paris ce week-end. Avec l'UMPS, tout est gratuit !

  • Par BonSensPaysan - 13/03/2014 - 17:56 - Signaler un abus Sauvons la bagnole

    Luttons contre ces bobos à Vélib qui suppriment les places de parking et transforment les voix de circulation en Paris-plage. Luttons contre les ayatollah - écolos qui mettent des radars partout et réduisent tellement la vitesse qu'on va bientôt se faire dépasser par des charettes à foin. Luttons contre les écervelés du marketing qui ne savent que proposer des voitures suréquipées, équipements dont personne ne se sert. Donnons du rêve et de l'espérance de conduire un jour une Ferrari, une Porsche ou une Tesla, plutôt que vanter les mérites du covoiturage en Logan. Faisons renaitre la fierté de la bagnole à la française : vive la DS !

  • Par zelectron - 13/03/2014 - 18:45 - Signaler un abus contaminations de masse en vue

    JE N'AI PAS ENVIE DE PARTAGER MES MICROBES AVEC N'IMPORTE QUI ...

  • Par icare73 - 13/03/2014 - 19:53 - Signaler un abus Proprio d'une bagnole

    C'est être pris en otage par l'état communiste et le garagiste. Taxe,cartes grises,malus. Carburant hors de prix. Entretien ruinant et escroqueries toujours de mise. Radars, assurances.pv en tout genres. Sodomie à la revente et pire à la reprise. Bref 2014 c'est plus de clopes et plus de bagnoles. C'est la vapoteuse et MIA électrique.

  • Par Jean-Pierre - 13/03/2014 - 20:44 - Signaler un abus Ma voiture................ ?

    . C'est comme ma femme, je ne la partagerai jamais ! . La femme et la voiture de mon voisin, à la rigueur... .

  • Par Satan - 13/03/2014 - 22:13 - Signaler un abus la voiture c'est pour les bofs...

    La moto c'est la classe!

  • Par lucuis - 14/03/2014 - 06:22 - Signaler un abus cet article raconte n'importe quoi

    L'analyse faite par ces deux bobos parisiens qui se basent sur la tendance écologique qui touche toutes les grandes villes est fausse. La principale raison qui diminue l'utilisation de la voiture et fait baisser le nombre de kilomètres parcouru est uniquement la crise....La voiture individuelle connaitra un nouveau boom a la fin de crise...mais ce n'est pas pour toute suite. Ni les transports en commun, ni les vélos ne peuvent remplacer la voiture et la voiture collective est un nouveau délire issus des idées communistes qui finissent toujours par avoir tort. Le covoiturage concerne moins de 1% de la population, il l'héritage de la culture de "l'auto-stop" si prisé par des écolo-bobos nostalgiques de cette époque.

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Bernard Jullien et Christope Benavent

Bernard Jullien est économiste.

Il est directeur général du réseau international Gerpisa (Groupe d’étude et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’Automobile).

Christophe Benavent est professeur à Paris Ouest. Il enseigne la stratégie et le marketing et dirige le Master Marketing opérationnel international l. Il assure aussi la responsabilité de la rubrique "Digital" de la revue Décision Marketing.

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