Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 22 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Profits records : les multinationales n’ont jamais gagné autant d’argent et voilà pourquoi

Jamais les grandes compagnies internationales superstars n’ont autant gagné d’argent. Jamais elles n’en ont autant distribué dans les pays développés, surtout aux États-Unis. Pourquoi ? Et jusqu’à quand ?

Dividendes

Publié le
Profits records : les multinationales n’ont jamais gagné autant d’argent et voilà pourquoi

 Crédit DAMIEN MEYER / AFP

Le FMI n’en revient pas : dans une étude à paraître sur 74 pays, les grandes entreprises mondiales cotées, dans les pays développés, gagnent de plus en plus d’argent ! L’écart entre les prix de vente de leurs produits et ce que leur coûte une unité supplémentaire pour le faire (taux de mark up) ne cesse de se creuser, à la différence des pays moins développés. Depuis 1990 en effet, ce taux de marge a augmenté de 40% pour les pays « riches », contre 5% pour les grandes entreprises des pays émergents et en développement, autrement dit des « pays émergents et pauvres ».

35% d’écart en 25 ans !

Pourquoi cette montée, et pourquoi cet écart ? Deux raisons : d’abord la montée du taux de marge vient de la révolution technologique. Elle a permis à son début les prises de risques et les investissements, aux États-Unis surtout, avec des échecs certes, puis d’éclatantes réussites (les GAFA). Ensuite, elle a créé une véritable monopolisation du monde, en quelques années. Ces superstars attirent ainsi de plus en plus de ressources pour financer leurs logiciels, qui écrasent les autres, pour étendre leurs réseaux, qui asphyxient les autres, pour acheter des start-ups prometteuses, qui tuent dans l’œuf tout risque de concurrence. Tout va de plus en plus à quelques vainqueurs, peu ou pas aux autres, et la part des salaires dans la valeur ajoutée baisse.

Combien ? 1 358 milliards de dollars de dividendes ont été distribués en 2018 selon Janus Henderson (société spécialisée dans ce calcul) : le record ! Les dividendes mondiaux devraient même augmenter de 8,5% en 2018. La croissance mondiale joue dans cela un rôle majeur bien sûr, avec la révolution technologique en cours, plus les politiques monétaires qui font baisser les taux d’intérêt, plus les politiques fiscales qui font baisser les taux d’impôt, notamment américains. Mais 113 milliards de dollars de dividendes viennent des seuls États-Unis ce premier trimestre !

Et en France ? 93 milliards d’euros de bénéfices en 2017 pour le Cac 40, dont 51 en dividendes, c’est aussi le record, selon Oxfam. Mais cette ONG ne le salue pas ! Pour elle, les entreprises du Cac 40 « ont restauré leur niveau de rentabilité préalable à la crise financière avec des bénéfices qui ont augmenté de plus de 60% depuis 2009 ». Mais « ces gigantesques richesses créées ne sont pas équitablement partagées avec celles et ceux qui la créent : elles ont surtout bénéficié aux actionnaires et aux dirigeants de ces entreprises, plutôt qu’aux salariés ou aux contribuables ». Oxfam note que « de 2009 à 2016, sur 100 euros de bénéfices, les entreprises du CAC 40 ont en moyenne reversé 67,4 euros de dividendes aux actionnaires, ne laissant plus que 27,3 euros pour le réinvestissement et 5,3 euros de primes pour les salariés. »

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Benvoyons - 11/06/2018 - 15:34 - Signaler un abus Je suis toujours très étonné par une présentation minimaliste

    Une entreprise qui est au CAC40 n'est pas née d'aujourd'hui & elle a donc bénéficié des investissements des actionnaires pour grandir & parfois avec des années sans aucun dividende voir aussi une augmentation de capitale qui peut pour certains actionnaires réduire la valeur de leurs investissements & donc des dividendes futurs. Une société n'est pas comme un long fleuve tranquille. Les 93 Mds€ 2017 ne sont pas dus qu'au marché Français mais au marché mondiale & donc a des travailleurs étrangers filiales. Qu'avant ça il y a la distribution des salaires & charges + investissements en Études & recherches Des impôts à l’État environ 40Mds€ & la distribution aux salariés. Donc les 93Mds€ sont important mais très inférieur à la somme créée par l'entreprise avec ce qui est énumérée au dessus. Maintenant les Syndicats & Politiques Français sont contre un Fonds de pension France donc ils refusent de toucher les dividendes. Mais les Norvégiens moins débiles eux touchent les dividendes de nos Entreprises du CAC40.:)::) https://www.latribune.fr/economie/international/norvege-le-plus-gros-fonds-souverain-du-monde-a-double-de-taille-en-3-ans-460791.html

  • Par ajm - 11/06/2018 - 18:17 - Signaler un abus le CAC 40 ne reflète pas la réalité du terrain productif França

    La plupart des entreprises du CAC40 réalisent l'essentiel de leurs ventes, de leurs profits hors de France; leurs salariés sont majoritairement hors de France aussi et plus de la moitié de leurs actionnaires sont bon résidents Français. Leur rentabilité ne reflètent pas la rentabilité réelle du bassin de production Français. La marge opérationnelle dégagée en France par les entreprises est un peu supérieure à 30% du CA quand elle est proche ou atteint 40% chez nos voisins.

  • Par vangog - 11/06/2018 - 21:39 - Signaler un abus Plutôt qu’une comparaison avec des entreprises du tiers-monde...

    nous aurions préféré une comparaison avec les profits des PME et TPE, premiers clients des entreprises du CAC 40...mais peut-être cette comparaison est-elle encore pire que celle des entreprises du tiers-monde, notamment en France macronisée à sec...hein, Betbeze?...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€