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Présidence du groupe LREM : ces lignes de fractures souterraines sur lesquelles pourraient se jouer les séismes futurs de la majorité

Après l'élection de Richard Ferrand à la présidence de l'Assemblée nationale mercredi, La République en marche pourrait connaître une phase de restructuration importante avec l'élection de son nouveau président de groupe.

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Présidence du groupe LREM : ces lignes de fractures souterraines sur lesquelles pourraient se jouer les séismes futurs de la majorité

 Crédit ERIC FEFERBERG / AFP

Atlantico :  Une période de restructuration du parti LREM, largement majoritaire à l'Assemblée, va se faire avec l'élection de son président du groupe. Pour celle-ci comme pour celle désignant Richard Ferrand au "perchoir", le parti a pu laisser entrevoir des lignes de fractures en son sein, laissant entrevoir des familles pour l'instant, et potentiellement des antagonismes plus tard. Quelles sont les principales lignes de fractures qu'on peut déceler aujourd'hui ?

 
 
Jean Petaux : L’élection au « perchoir » de Richard Ferrand a montré que le groupe LREM fort de 312 parlementaires n’a absolument pas voté unanimement pour le député du Finistère puisque ce dernier n’ a recueilli que 254 voix soit 99 de moins que son collègue de Rugy, pour la même fonction, en juin 2017. Certes cette fois-ci le groupe MODEM (troisième en importance numérique à l’Assemblée avec 46 députés) a présenté un candidat (son président de groupe, Marc Fesneau) mais le score que ce dernier a obtenu (86 voix soit un « bonus » de 40 suffrages) montrent que les députés La République En Marche ont, assez gaillardement, renvoyé la discipline de vote au rayon des « abonnés absents ».
Plusieurs hypothèses peuvent venir expliquer cette situation. La première tient à la personnalité de Richard Ferrand : ancien député PS, rallié très tôt à Emmanuel Macron avec qui il a travaillé en tant que rapporteur général de « sa » loi en 2015, l’élu breton n’est pas particulièrement sympathique et ne jouit pas d’une image totalement positive dans ses propres rangs. La deuxième raison tient à l’existence d’une « épée de Damoclès » nommée « Mutuelles de Bretagne » suspendue au-dessus de sa tête avec une éventuelle mise en examen. Comme le principal intéressé a dit qu’il ne démissionnerait pas s’il était mis en examen dans cette affaire « dépaysée » à Lille, plusieurs réactions ont été immédiatement enregistrées, au sein-même de LREM, regrettant amèrement cette position de principe rappelant à certains les pratiques de « l’ancien monde ». La troisième raison, plus récente, plus conjoncturelle, tient à sa victoire, en interne, par 64% des voix contre Barbara Pompili qui a obtenu presque 30% des voix de ses collègues du groupe. Ferrand et ses amis peuvent dire que le candidat LREM au « perchoir » a été bien élu à l’issu d’un seul tour de scrutin. A l’inverse on peut estimer que cela révèle une forte minorité au sein du groupe majoritaire qui a choisi une bonne candidate.
 
On considère généralement que plus une majorité parlementaire est nombreuse et plus elle est chahuteuse, structurellement indisciplinée et potentiellement frondeuse. Ce n’était pas le cas jusqu’à maintenant du groupe LREM, cela ne veut pas dire que l’une de ces configurations est exclue dans les mois prochains. Dès le 18 septembre, à l’occasion du vote de désignation du nouveau président ou de la nouvelle  présidente du groupe majoritaire on va pouvoir mesurer le poids des différentes fractions constitutives de celui-ci. Comme dans toute « famille » politique il y a des sensibilités qui permettent de classer les parlementaires sur un axe « droite-gauche » en les regroupant par sous-groupes et en identifiant quelques chefs de file plus ou moins médiatisés. On a vu ainsi lors des débats sur la loi « Asile – Immigration » quelques noms émerger des longues séances parce qu’ils marquaient clairement leur opposition à certains aspects du texte défendu par le ministre de l’Intérieur. On a vu aussi une bande de jeunes députés (que l’on désigne parfois comme la « bande de Poitiers »), presque tous formés dans les rangs du Mouvement des Jeunes Socialistes, exister comme une petite équipe assez soudée revendiquant un certain activisme d’autant qu’un de leurs «  protecteurs », Stéphane Séjourné, est conseiller politique du président de la République.
 
J’aurais tendance à considérer que la principale ligne de partage au sein du groupe LREM n’est pas forcément idéologique. Elle séparerait deux groupes. D’un côté celles et ceux qui ont eu une « vie » politique, avant d’être élus (ou réélus) députés en juin 2017 : un mandat local (a fortiori national) voire simplement une pratique militante dans une organisation politique, une association, une ONG, etc. De l’autre côté : des novices absolus, vierges de tout engagement collectif, « recrutés » comme candidats aux législatives de juin 2017, sur leur seul CV, ignorant tout des codes et des « lois » en vigueur sur la scène politique. Paradoxalement ce sont plutôt ces élus-là, ces « bizuts » de la chose politique qui peuvent s’avérer les plus compliqués à gérer dans le cadre d’un groupe parlementaire. D’abord parce qu’ils n’ont pas de culture du combat collectif, ensuite parce qu’ils ont tendance à tout mélanger (morale et politique par exemple…) et enfin parce qu’ils raisonnent souvent avec leurs tripes au lieu de faire appel à leur raison… Autant dire qu’ils sont assez spontanément rebelles et surtout portés par un fort individualisme mettant davantage en avant leur relation personnelle avec leur électorat qu’une quelconque discipline et loyauté.
 
 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 14/09/2018 - 08:31 - Signaler un abus C’est ça la République exemplaire, la nouvelle politique ?

    On reprend les copains et les vilains qui ont de la bouteille et de plus entre les mains de la justice pour devenir le 4 ème personnage de l’etat? Bravo Macron, quelle différence avec Hollande ? Peut être des impôts encore en plus.

  • Par Septentrionale - 14/09/2018 - 12:37 - Signaler un abus Le Théâtreux ou la politiK des compagnons fripons

    Une série B fr. toxique, en éternelle rediffusion .

  • Par Yves3531 - 14/09/2018 - 17:34 - Signaler un abus Oui Anguerrand...

    depuis Agnès Saal il ne faut plus s'étonner de rien ...

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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