Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 26 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Prélèvement à la source : quand le gouvernement prend le risque de devoir renoncer en pleine mer

Edouard Philippe vient de confirmer, mardi soir sur TF1, que le prélèvement à la source serait bien appliqué dès le mois de janvier 2019. Le gouvernement s'engage sur une réforme qui pourrait s'avérer risquée.

Réforme périlleuse

Publié le
Prélèvement à la source : quand le gouvernement prend le risque de devoir renoncer en pleine mer

 Crédit BERTRAND GUAY / AFP

Atlantico : Comment évaluer la décision prise par le gouvernement concernant le prélèvement à la source ? Les arguments proposés sont-ils cohérents avec les informations connues ? 

 
Philippe Crevel : Beaucoup de bruit pour une décision attendue ! L’affaire de la remise en cause de la retenue à la source quatre mois avant son entrée en vigueur effective a pris la forme d’un psychodrame. Emmanuel Macron n’a-t-il pas voulu simplement placer l’administration, le Ministre des Comptes Publics voire Edouard Philippe devant leurs responsabilités. Face à la remontée des problèmes, il a placer Bercy et le Gouvernement sous pression. Sa menace d’abandon de la réforme sonne comme un ultimatum. En substance, il a signifié, « vous avez quatre mois pour régler tous les problèmes.
En cas d’erreurs, vous serez contraints de prendre vos responsabilités ». Il a également du ajouter que cette réforme qui n’est pas la sienne est demandée par l’administration fiscale depuis des décennies. Or, il découvre que malgré les affirmations du Ministre des Comptes Publics, tout n’était pas sous contrôle ; d’où un énervement feint.
 
Néanmoins, le Premier Ministre ne pouvait guère annoncer un nouveau report qui aurait pu être sine die. En effet, cet abandon aurait été perçu comme un renoncement, comme un affront pour Michel Sapin et François Hollande dont le courroux est déjà bien gênant. L’administration fiscale aurait vécu une telle annonce comme une démission de la part des politiques. Au niveau de l’opinion, il ne faut pas oublier que la moitié des contribuables n’est pas concernée. En outre, l’impôt sur le revenu est très concentré. Cette affaire préoccupe avant 10 % des contribuables qui acquittent 70 % de l’impôt sur le revenu. Cette réforme est d’autant plus populaire qu’elle ne concerne qu’un nombre réduit de Français.
 

Quels sont les risques pris par le gouvernement en prenant une telle décision ?

Ces dernières années, l’administration a été confrontée à quelques problèmes informatiques notamment avec son système de paiement des militaires ou au niveau de l’éducation nationale. Le premier risque est donc une série de blocages, d’erreurs à la fin du mois de janvier. Si l’administration peinait à trouver des solutions et que ces problèmes perdurent de mois en mois, le Gouvernement pourrait se trouver dans une situation inextricable. Il pourrait être contraint de renoncer en pleine mer. Le deuxième risque est économique au cas où ce changement modifiait les comportements de consommation des ménages. Cela est peu probable car plus de 60 % des contribuables payant l’impôt sur le revenu sont mensualisés. Le risque de mécontentement n’est pas à négliger. Aujourd’hui, la réforme est populaire mais demain les gagnants seront silencieux quand les perdants hurleront à la mort. Le prélèvement à la source aboutira pour les contribuables bénéficiant de réductions d’impôt à un alourdissement transitoire. Ils feront une avance de trésorerie à l’Etat. Ce sont plutôt les cadres supérieurs qui sont concernés.
 

Politiquement parlant, quelles pourraient être les conséquences de ce choix ?

Les tergiversations politiques de ces derniers jours ont écorné l’image d’infaillibilité du pouvoir. Certes, cette image était déjà un peu abimée par les affaires précédentes. Mais, les hésitations ont semblé prouver que le Gouvernement naviguait à vue pour éviter les récifs. Si début 2019, le prélèvement à la source s’applique sans trop de bavures, cette affaire sera vite oubliée. Dans le cas contraire, le pouvoir pourra se voir accusé d’avoir pris la mauvaise décision et d’avoir fait preuve d’excès de confiance ou de désinvolture. Les contribuables à l’impôt sur le revenu ont majoritairement des électeurs d’Emmanuel Macron. S’ils se détournaient du Président du fait d’une série d’erreurs fiscale et informatiques, ce dernier, après avoir perdu le soutien des retraités serait un peu nu pour affronter les prochaines échéances électorales.
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Fredja - 05/09/2018 - 10:57 - Signaler un abus Heuuuu... les cadres supérieurs seulement ?

    A ma connaissance, les gens qui paient une nounou, une femme de ménage, ou une entreprise pour l'entretien du jardin ne sont pas tous des "cadres supérieurs". Et pour eux, il faudra avancer le crédit d'impôt pendant 18 mois. Et il faut aussi rappeler que ce sont eux qui injectent le plus d'argent dans l'économie... Donc à mon avis, cela ne sera pas que "transitoire". Par contre, je vous rejoins sur le fait que Macron est complètement grillé, il a donc perdu les retraités, et il va perdre les 50% de Français qui paient l'impot sur le revenu. Comme les ouvriers ne votent pas pour lui, il ne va plus rester grand monde, à part les assistés habituels qui votent systématiquement à gauche.

  • Par J'accuse - 05/09/2018 - 11:27 - Signaler un abus Sables mouvants

    Macron espère se sortir d'affaires, mais ne fait que s'enfoncer: cette réforme ne fera aucun heureux et un grand nombre de mécontents, même si l'administration réussit à éviter les catastrophes. Personne ne paiera moins d'impôt, et tous verront que plus c'est simple, plus ça se complique. Les prélèvements fiscaux et sociaux continuent à augmenter, et les compensations (taxe habitation) ne compensent pas suffisamment. La seule chose qui sauve Macron est l'absence d'alternative politique crédible.

  • Par Alain Rousseau - 05/09/2018 - 13:38 - Signaler un abus Alain Rousseau

    Avec deux couacs récents pour homonymie je me prépare au pire alors que la mensualisation réglait le problème.

  • Par zen-gzr-28 - 05/09/2018 - 17:08 - Signaler un abus Une réforme qui

    Une réforme qui accroit les charges de fonctionnement et pécuniaires des entreprises, qui pénalisent les intéressés récupération des crédits d'impôts aux calendes grecques est intéressante pour QUI ???

  • Par Atlante13 - 05/09/2018 - 19:05 - Signaler un abus Cette fois c'est sûr,

    ça va faire mal, très mal. Vous ne saurez qu'a la fin de l'année ce que vous deviez payer et pour réclamer l'Administration s'octroie 3 mois de délais. Bonjour la casse si vous avez des placements, des SCPI, des Pinel, des employés de maison ou garde d'enfants, du travail à temps partiel, un divorce, un décès, une naissance, etc... bref surtout ne changez rien et mettez un gros casque si vous avez autre chose que le smic. Enfin, dernier conseil, demandez à votre patron de ne pas déposer le bilan sans avoir payé Bercy. Cette fois c'est sûr, j'attends les européennes pour le coup de pied de l'âne.

  • Par gerint - 05/09/2018 - 23:52 - Signaler un abus A gouvernement pourri

    Décisions pourries quelles qu’elles soient

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€