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Préférence française pour le chômage : comment transformer la solidarité intergénérationnelle stupide en échange intergénérationnel intelligent

Il est capital de comprendre que c'est en investissant dans la jeunesse qu'on se prépare une retraite à l'abri du besoin. Troisième épisode de notre série sur le marché du travail. (3/6)

Réflexion

Publié le 14 novembre 2012
 

Voir aussi les deux premiers volets de la série :

Préférence française pour le chômage : quand ouvrira-t-on les yeux sur la nécessité d'un vrai marché du travail ?- Préférence française pour le chômage : comment sortir l'assurance maladie des "droits à" ?

Nos retraites par répartition fonctionnent comme une pyramide de Ponzi : on promet monts et merveilles à ceux qui versent de l’argent au système, alors que cet argent, loin d’être investi, est intégralement dépensé au profit des retraités dans les jours qui suivent sa réception. En bonne justice, les responsables d’un tel système tiendraient compagnie en prison à Bernard Madoff. Cette formule absurde dans laquelle les cotisations vieillesse destinées à nos aînés sont censées nous ouvrir des droits sur nos cadets perdure (moyennant des banqueroutes partielles à répétition : en France les lois retraite de 1993, 2003 et 2010) grâce à la force de dictatures électives.

Des ultralibéraux concluent de cette analyse qu’il faut passer de la répartition à la capitalisation. Mais il s’agit là d’une position dogmatique sans rapport avec la réalité. De facto, la répartition est une forme de capitalisation qui s’ignore : chaque génération investit dans la suivante, lui permettant ainsi de se retrouver à la tête d’un important capital humain (deux à trois fois supérieur au capital physique et technologique) qui va rapporter des dividendes – les cotisations vieillesse, redevance versée par les actifs à ceux qui leur ont permis de devenir des producteurs efficients. Simplement, cette réalité économique est masquée par des constructions juridiques absurdes : pour renouer avec l’échange et la contributivité, il faut mettre le droit en accord avec les faits.

L’investissement dans la jeunesse a deux composantes : l’une est l’apport « en nature » de ceux qui mettent des enfants au monde, puis les entretiennent et essayent de les éduquer jusqu’à ce qu’ils soient capables de voler de leurs propres ailes ; l’autre est la contribution « en espèces » des cotisants et contribuables qui financent les prestations familiales, l’assurance maladie des enfants, l’aide à l’enfance, et la formation initiale. Pour passer d’un système bancal à une formule rationnelle, les droits à pension devraient être attribués au prorata de ces apports, et les cotisations vieillesse devraient devenir juridiquement ce qu’elles sont économiquement : des redevances versées par ceux qui sont porteur d’un capital humain qu’ils doivent pour une bonne part à leurs aînés.

Il serait rationnel et pratique de regrouper dans une unique contribution monétaire tout ce qui sert à l’investissement public dans la jeunesse : en France quelque 100 milliards pour la formation initiale, et 70 à 80 milliards pour les trois autres postes. La réflexion nationale sur une réforme systémique des retraites qui doit être menée en 2013, conformément à la loi retraites 2010, et les interrogations en cours concernant le financement de la protection sociale, forment un cadre intéressant pour affiner une telle proposition. Celle-ci diffère radicalement des jeux de chaises musicales entre prélèvements obligatoires imaginés par toutes sortes de sommités. Si elle aboutissait, chacun saurait que, juridiquement et individuellement aussi bien qu’économiquement et collectivement, c’est en investissant dans la jeunesse qu’il se prépare une retraite à l’abri du besoin. Au bout d’un demi-siècle, le message d’Alfred Sauvy (« nous préparons nos retraites, non par nos cotisations, mais par enfants »), porterait enfin ses fruits. Mais sachant combien il a fallu attendre pour que la rationalité héliocentrique l’emporte sur l’illusion géocentrique, la rapidité était improbable.

Le pays qui réalisera le premier sa révolution copernicienne des retraites par répartition bénéficiera d’un avantage comparatif appréciable. La protection sociale au sens large – y compris la formation initiale, qui pourrait enfin échapper à la pesante organisation étatique – entrera de plein pied dans le mode de l’échange. 170 milliards d’euros qui sont actuellement des prélèvements obligatoires sans contrepartie prendront la dimension d’une épargne à très long terme. La dimension économique de la parentalité sera enfin reconnue. Organisations professionnelles et politiciens cesseront de seriner la rengaine selon laquelle les prestations familiales sont des aides qui devraient être financées par l’impôt. La sphère de l’échange sera considérablement élargie, l’État providence reculant au profit d’un échange social en phase avec les réalités économiques. La France pourra redémarrer du bon pied, et devenir le poisson-pilote d’une révolution mondiale dans le domaine des échanges entre générations successives.

 


Commentaires

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  • Par cdg - 15/11/2012 - 14:59 - Signaler un abus sans espoir

    vu qu il y a
    - de plus en plus de vieux, qui Alzeimer oblige vont couter de plus en plus cher, d un cote
    - de moins en moins de jeune qui sont de plus en plus pauvre (il faut bien rembourser les dettes accumulees depuis 40 ans + la concurrence avec le tiers monde fait baisser les salaires)
    Le systeme ne peut que mal finir
    La ou ca devient tragique c est que les retraites actuels profitent de leur poids electoral pour enfoncer les jeunes generations encore plus au lieu de les aider

  • Par CFAN17 - 15/11/2012 - 09:33 - Signaler un abus Trois milliards d'euros de pouvoir d'achat tout de suite ????

    Trois milliards d'euros de pouvoir d'achat tout de suite ????
    pour acheter quoi ????
    pour donner des heures de travail à la France ??????????????????
    voiture tres peu
    electro ménager vient de l' étranger
    télé vidéo vient de l' étranger
    vêtements vient de l' étranger
    jouets vient de l' étranger
    Pannaux Photovoltaique vient de l' étranger
    medececins au rabais vient de l' étranger
    ouvriers du batiment et des travaux publics vient de l' étranger

  • Par HdT - 15/11/2012 - 03:44 - Signaler un abus @ laurentso (14/11/2012 11h20)

    "La "solidarité intergénérationnelle"
    elle passe aussi par davantage d'emplois pour les seniors. En France, passés 35 ans, il est inutile d'envoyer un cv à une entreprise, il est aussitôt mis à la poubelle. Ce n'est pas moi qui le dit, mais les agences spécialisées dans la recherche d'emplois..."
    ----------
    Pour une fois, je suis d'accord avec votre réaction parce que je peux en témoigner après avoir été dans les sphères de décision de deux importantes entreprises françaises. Ce phénomène s'est avéré vrai pour ce que j'ai pu en constater dès 1995.

  • Par HdT - 15/11/2012 - 03:41 - Signaler un abus On parle de quelle génération?

    Celle qui vit d'allocations? Celle appelée des voeux de tout un tas de branques pour générer une jeunesse de substitution à celle originelle?

  • Par jerem - 15/11/2012 - 02:13 - Signaler un abus on parle de la capitalisation chez ENRON ?

    on se trompe oul es heureux salariés d'enron qui fondaient leur retratie sur la capitalisation en sont encore a mettre des cierges pour remercier leurs sympathiques dirigeants ?

  • Par jerem - 15/11/2012 - 02:11 - Signaler un abus la force de dictatures électives.

    " la force de dictatures électives." ca commence bien le pipeau . laors refaites nvos comptent , il ya une population des jeunes tout aussi imoprtante que celle des retraites et personne n'interdit aux jeunes de se deplacer au bureau de vote, surtout quand les ligaments ne présentent aucune deformation et que les arthroses sont des notions tres vagues ......
    HALTE AU PIPEAU

  • Par LECANDIDE - 14/11/2012 - 17:38 - Signaler un abus @ ccompagnon

    Candide, oui...
    Je l'accepte volontiers. Pas au point tout de même de confondre quelqu'un qui promeut sournoisement les OCAM et la main-mise sur les cotisations sociales et retraites vers le privé et quelqu'un qui cherche l'intérêt général.
    Sur le système à la Ponzi, cette référence à la pyramide de Ponzi est mauvaise: Le système par répartition peut tenir éternellement à condition qu'on ne dépense pas plus que ce que l'on perçoit et qu'on n'accumule pas les dettes pour les générations futures. Je vous accorde que c'est ce que nous avons fait; cependant ce n'est pas le système qui est en cause, mais ceux qui pensent pouvoir éternellement dépenser plus que ce qu'ils gagnent.

  • Par totor101 - 14/11/2012 - 15:14 - Signaler un abus @ ZAZ

    Le poids des retraites !
    Et si on parlait du poids de la gestion des retraites ?
    on ne parle jamais, non plus, du poids de la gestion de la sécu....
    alors un exemple de la bureaucratie qui nous fait crever !
    en 1971 j'étais chef de fabrication (autodidacte) dans une usine de 250 personnes à la production.
    j'avais trois employées pour la mise en fabrication, le planning et les approvisionnements. cela fonctionnait plutôt bien mois de 5minutes pour trouver qui était à l'origine d'un défaut de fabrication ....
    Je suis repassé dans cette entreprise en 1994 ...
    50 personnes à la production ....2 ingénieurs et 10 personnes, une magnifique informatique pour réaliser ce que nous faisions à 4 !
    Traçabilité impossible .....

  • Par zaz - 14/11/2012 - 14:34 - Signaler un abus @totor

    "j'ai cotisé 42 ans et on me reproche (ainsi qu'a ma génération) dans des articles et dans des blogs d'exploiter la jeunesse !"
    Ce que l'on reproche à "votre génération", c'est d'avoir reçu un pays en bon état, reconstruit après la guerre, et de transmettre un monceau de dette. Contrairement a ce que vous pensez, vous n'avez jamais cotisé pour "votre retraite", vous avez simplement payé la retraite des plus vieux, et vous demandez aujourd'hui que l'on paye la votre - ce qui est juste. Reconnaissez simplement que collectivement, le poids de vos retraites est plus important que ne l'était celui que vous avez supporté a votre époque.

  • Par totor101 - 14/11/2012 - 13:44 - Signaler un abus et le monde du travail ?

    L'auteur a t'il mis les pieds dans une usine pour y bosser ?
    NON !
    nous avons affaire à des fonctionnaires théoriciens qui parlent , non du concret, mais d'idéologie !
    quand en 1962 j'ai commencé à cotiser pour ma (?) retraite, les sommes étaient perçues par des personnes qui au mieux avaient cotisé de 49 à 62 soit 13 ans....
    j'ai cotisé 42 ans et on me reproche (ainsi qu'a ma génération) dans des articles et dans des blogs d'exploiter la jeunesse !
    .
    le vrai problème : il était impossible de faire autre chose que de la répartition en 1949: pas de fonds !
    il aurait été possible et sage, vue la démographie de panacher "répartition-capitalisation" dans les années 80...
    mais dans capitalisation il y a capital !
    la gôche de l'époque honnissait ce mot !
    depuis les divers gouvernants ont eu peur de faire des vagues, de toute façon les retraités de l'ENA ne seront jamais dans le besoin !!!!

  • Par golvan - 14/11/2012 - 13:23 - Signaler un abus @laurentso

    Alors maintenant l'âge limite pour l'embauche c'est 35 ans ?
    Vous ne seriez pas un peu dans l'exagération monsieur l'enseignant ?
    Avec de pareils peurs fantasmées pas étonnant qu'on fiche la trouille aux élèves français et que leur rêve soit la fonction publique.
    Mais au fait jusqu'à quel âge peut on rejoindre la grande famille de la fonction publique française ?

  • Par laurentso - 14/11/2012 - 12:20 - Signaler un abus La "solidarité intergénérationnelle"

    elle passe aussi par davantage d'emplois pour les seniors. En France, passés 35 ans, il est inutile d'envoyer un cv à une entreprise, il est aussitôt mis à la poubelle. Ce n'est pas moi qui le dit, mais les agences spécialisées dans la recherche d'emplois...

  • Par ccompagnon - 14/11/2012 - 10:05 - Signaler un abus @LECANDIDE

    Tu portes bien ton pseudo, toi.
    Si tu ouvres un peu les yeux, tu verras qu'il s'agit effectivement d'un système à la Ponzi. De même que la gestion de la dette, qui a été transférée sur les banques, puis sur la banque centrale, de même que...
    il faut ajouter que le régime par répartition n'ouvre des droits qu'à taux plein. ce qui signifie que si tu t'installes à l'étranger et que tu arrêtes de cotiser pour le régime français, tu n'as plus le droit à la retraite en France. Pour en bénéficier, il faut continuer de payer jusqu'au bout...

  • Par LECANDIDE - 14/11/2012 - 09:42 - Signaler un abus Galimatias pompeux

    Entre la révolution copernicienne et ce si joli "sphère de l’échange considérablement élargie, l’État providence reculant au profit d’un échange social en phase avec les réalités économiques" sans oublier "le poisson pilote d’une révolution mondiale" (c'est-t-y pas beau de chercher à être le poisson-pilote d'une révolution mondiale, hein? Qui pourrait hésiter?) on croit retrouver Trissotin.
    Le tout pour promouvoir (sournoisement) la retraite par capitalisation...
    Soyons clair: comparer la retraite par répartition à une pyramide de Ponzi dont les responsables devraient être mis en prison comme Madoff, c'est tout simplement grotesque.

  • Par ccompagnon - 14/11/2012 - 08:58 - Signaler un abus Bah tiens !

    "Des ultralibéraux concluent de cette analyse qu’il faut passer de la répartition à la capitalisation. Mais il s’agit là d’une position dogmatique sans rapport avec la réalité. "
    Ouais, bah les ultralibéraux, ils t'emmerdent !

Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales, coécrit avec Arnaud Robinet (Les Belles-Lettres, 2013.)

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