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Pourquoi vos ancêtres d'il y a 15 générations ont encore un impact sur votre appartenance sociale d'aujourd'hui ?

L'étude des noms de familles rares montre la très faible mobilité sociale, peu importe le pays ou le siècle.

Ascenseur social en panne

Publié le - Mis à jour le 25 Février 2014
Pourquoi vos ancêtres d'il y a 15 générations ont encore un impact sur votre appartenance sociale d'aujourd'hui ?

L'étude des noms de familles rares montre la très faible mobilité sociale, peu importe le pays ou le siècle.

On dit souvent que l'ascenseur social est cassé en France depuis quelques années. Plusieurs études affirment que ce n'est pas seulement l'ascenseur social mais toute la mobilité sociale qui est figée, et que le phénomène serait très ancien. Pour le prouver, Gregory Clark a étudié… les noms de familles. Ce professeur à l'université de Californie a montré que votre succès dans la vie pourrait être, en quelque sorte, déterminé par vos ancêtres ayant vécu il y a plusieurs centaines d'années, comme le note NPR.

On ne serait finalement pas si loin des Rougon-Macquart de Zola ?

C'est grâce à l'étude des noms de familles des riches familles anglaises qu'il a réussi à trouver ces résultats (voir le résultat de sa recherche, en anglais) :

"Si vous partagez un nom de famille rare avec quelqu'un qui était riche en 1800, je peux prédire maintenant que vous avez neuf fois plus de chances d'aller à Oxford ou Cambridge. Vous allez vivre deux ans de plus qu'une personne normale en Angleterre. Vous serez plus riche, et vous avez plus de chance de devenir docteur ou avocat" explique-t-il.

Ainsi en 2011, les noms de famille aristocratiques apparaissent six fois plus souvent chez les avocats que les noms de familles de l'ensemble de la population anglaise. Pour Gregory Clark, même en Suède, connue pour sa mobilité sociale, de 70 à 80% des statuts sociaux familiaux sont transmis de génération à génération sur plusieurs siècles. D'autres économistes utilisant des techniques similaires ont révélé des immobilités comparables, que ce soit dans l'Espagne du 19e siècle ou en Chine. Comme le note The Economist, il faudrait entre 300 et 500 ans pour que des familles de classe sociale élevée et des familles de classe sociale basse aient des descendants ayant des chances égales d'avoir les mêmes revenus !

En plus d'étudier l'évolution des personnes aux noms de familles rares et membres de l'élite industrielle anglaise, Gregory Clark a étudié la chance que certains noms de familles soient surreprésentés dans des classes sociales élevées ou inférieures dans le passé. De la même façon, entre 70 et 80% des avantages économiques semblent se transmettre de génération en génération.

Pourquoi cette étude des noms de famille ? Parce que les données concernant les évolutions du salaire de générations en générations sont très rares. De plus, étudier les évolutions de carrière d'une génération à l'autre provoque du "bruit", des parasites qui faussent les résultats à grande échelle. Par exemple, il arrive que des enfants de parents riches n'atteignent pas le même niveau de vie que leurs parents, soit par manque de chance, soit par choix philosophique (s'occuper d'une œuvre de charité par exemple).  Étudier les noms de familles permet d'avoir des données sur plusieurs siècles (les noms de familles des personnes étant allées à Oxford sont connus jusqu'au 13e siècle). La mobilité sociale serait donc très rare et surtout, note Gregory Clark, constante peu importe le pays ou le siècle.

Atlantico : Cette récente étude britannique démontre que la probabilité d’évolution sociale d’un individu par rapport à ses ancêtres est quasiment nulle et cela sur plusieurs siècles. Quelle crédibilité accorder à un tel résultat ?

Xavier Molénat : Aussi triste que cela puisse paraître,  les résultats de cette étude ne me semblent absolument pas surprenants. Notre vision d’un Occident et d’une France offrant une grande mobilité sociale a été créée par un effet de loupe grossissante centré sur l’évolution sociale qui prend pied entre l’après-guerre et le début des années 1960. Cela n’a pourtant duré qu’une vingtaine d’années mais l'idée s’est répandue dans l’esprit de tous les Français comme un petit fantasme auquel se raccrocher. Dans les faits, de nombreux chercheurs ont montré que dès 1965, un important phénomène de déclassement social a commencé à se mettre en place. Cependant, la société a bien évidemment préféré croire aux théories de chercheurs comme Henri Mandras qui soutenait la moyennisation de la société et le rapprochement progressif des conditions de vie entre les Français. L’état actuel de notre société prouve qu’il avait tort.

 
Commentaires

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  • Par Thierry - 13/02/2013 - 07:18 - Signaler un abus Evident

    Bien sûr que sur les bords, il y a des progressions sociales, sans parler des conditions de vie générales qui se sont quand même largement améliorées mais ce que m'a appris la démographie historique que j'ai activement étudiée voilà trente ans, c'est qu'il n'y a pas plus rigide que les classes sociales en France. Riche au XVIII°, riche au XIX°, riche au XX° siècle. Règle absolue qui souffre de peu d'exceptions.

  • Par Laulau - 13/02/2013 - 07:51 - Signaler un abus Cahuzac

    A part ça, il parait que les classes sociales sont un mythe! La lutte des classes n'existe pas plus que mon compte en Suisse a dit notre ministre du budget.

  • Par Glop Glop - 13/02/2013 - 08:08 - Signaler un abus Il suffit pour s'en convaincre...

    ... de prendre un nom de politicien au hasard dans ceux qui sont autorisés à progresser et à tenir des fonctions ministérielles voire moindre. Exemple: NKM (sans hésiter à cliquer sur plein d'autres noms)

  • Par Mani - 13/02/2013 - 09:06 - Signaler un abus "Etude" complètement biaisée !

    Forcément, quand on étudie de riches familles de noblesse anglaise, c'est le résultat auquel on peut s'attendre... et c'est sans doute une des rares populations au monde pour lesquelles c'est le cas ! . Et d'autre part, ce n'est pas en étudiant des familles nobles et riches qu'on peut tirer une quelconque conclusion quant à la mobilité sociale vers le haut... . Soit le principe de ce truc est parfaitement stupide, soit le journaliste n'a rien compris.

  • Par campaillou - 13/02/2013 - 09:06 - Signaler un abus voilà qui mets les points sur les i.

    Réussir suppose une ténacité qui vous conduit a sacrifier tout sur l'autel de la réussite,peu de gens parviennent à s'imposer ce genre de chose. sans compter les risques que cela fait prendre. rien de plus confortable qu'un classement stable sur lequel on est bien arrimer. seuls les gros gros perdants a la loterie d'il y a 500 ans on intérêt a faire cela. merci a l'auteur pour ce sujet fondamental qu'il faut expliquer aux enfants , tôt, afin de sublimer leur parcours si possible. La resilience aide quand même ...

  • Par mich2pains - 13/02/2013 - 09:16 - Signaler un abus Accouplement et reproduction

    N'en déplaise aux doux rêveurs , réformateurs du Dictionnaire français , la notion de RACE n'est pas prête de s'éteindre : De même que que les races animales ne s'accouplent qu'entre elles ( LION avec lionne , balaines , esturgeons , puces , etc...) il est facile de pointer les mêmes propensions chez les Humains ( Enseignants entre-eux , Cheminots entre-eux , Enarques entre-eux , Pipauls entre-eux , etc....) . A quand une réelle ouverture d'esprits qui ne serait plus un voeux pieu mais une grande première : A quand un mariage entre une ENARQUE et un ouvrier de PSA , fraîchement licencié ?

  • Par Balyre - 13/02/2013 - 09:18 - Signaler un abus Non, l'Etat providence n'est pas un remède

    L'Etat providence n'accentue pas la mobilité sociale, il l'entrave. Ainsi en France 65 % des milliardaires sont des héritiers contre 35% des self made-men. En Angleterre 20% sont des héritiers et 80% des self-made men. Voilà de la mobilité sociale.

  • Par pemmore - 13/02/2013 - 11:36 - Signaler un abus Ils en ont bien de la chance ces Anglais,

    en faisant ma généalogie sur justement plus de 15 générations on est passés de gens très riches de la noblesse d'épée, famille parallèle au ducs d'Anjou à de plus en plus pauvres pour finir comme mon grand-père charpentier sans aucun bien sauf un diamant de grande valeur dépensé on ne sait comment pendant la guerre de 14. Mais c'est vrai qu'on ne devient pas riche si on ne cherche pas à le devenir. Par contre dans une branche cadette à 4 générations une entreprise qui est la fierté de la France et de supposés milliardaires restés à quelques km de l'origine familliale. Mobilité vs pauvreté ils n'ont pas tord ces Anglais.

  • Par la licorne - 13/02/2013 - 14:04 - Signaler un abus Article original et intéressant.

    Ce sujet est tabou de chez tabou et jamais je ne l'avais vu abordé par le bon côté... Evidemment, si ce sont nos amis Anglais qui en sont à l'origine, tout s'explique. Pour avoir fait beaucoup de généalogie - pour mon propre compte- je suis parvenue à la même analyse mais pas tout à fait à la même conclusion. Il ne suffit pas de regarder l'ascenceur, s'intéresser au "descendeur" serait encore plus intéressant. Ce qu'aucune étude n'aborde jamais. Personne ne descend des plus pauvres qui vivaient au XVIIIe...Ces gens ne se mariaient pas et s'ils avaient des enfants, ceux-ci finissaient aux hospices. Qui étaient ces pauvres? Tout bêtement les descendants de plus riches ( simples propriétaires) privés d'héritage par le droit d'aînesse. Par héritage, entendons un simple lopin de terre, une petite boutique, permettant la survie... Ainsi, cette étude sur les seuls noms est un peu courte. Vous pouvez descendre d'un aïeul, cadet d'un riche propriétaire et qui est devenu simple salarié agricole, puis ses enfants à leur tour sont devenus ouvriers... Et porter le même nom que ceux qui descendent de l'aîné et sont énarques ...

  • Par SteakKnife - 13/02/2013 - 14:50 - Signaler un abus Comme quoi

    Il y a des communautarismes et des comportements endogames qui dérangent plus que d'autres.

  • Par lechenu - 13/02/2013 - 15:12 - Signaler un abus @SteakKnife

    Vous détestez les européens de souche à un point que c'en est impressionnant. Tout est bon pour votre hargne. Mais partez donc en Afrique, bon sang ! Intégrez une smala et vivez en paix !

  • Par Salvatore Migondis - 14/02/2013 - 04:15 - Signaler un abus @mich2pains

    DSK ne partage pas vos préjugés: ils s'accouple dans tous les milieux.

  • Par JS - 14/02/2013 - 20:14 - Signaler un abus Le problème n'est pas que les

    Le problème n'est pas que les familles riches le reste, tant mieux pour eux et tant pis pour les jaloux ! Le problèmes est que les familles pauvres ne s'enrichissent pas... Quel système politique vous semble alors le plus logique ? Celui qui prétend appauvrir les "riches" ou celui qui prétend enrichir tout le monde, pauvres inclus ? Surement pas le socialisme..

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Xavier Molénat

Xavier Molénat est journaliste pour le magazine Sciences Humaines.

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