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Pourquoi la vague populiste qui déferle sur la planète n'a pas grand chose en commun avec le populisme des années 1930

A l'heure des "fake news", une nouvelle forme de populisme a fait son apparition, basée sur des opinions hétéroclites et mouvantes, au détriment des édifices idéologiques solides. Extrait du livre "Le retour des populismes", sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal, publié aux éditions La Découverte (2/2).

Bonnes feuilles

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Pourquoi la vague populiste qui déferle sur la planète n'a pas grand chose en commun avec le populisme des années 1930

 Crédit WILLIAM WEST / AFP

La nouveauté du populisme liquide

 

Le populisme liquide se démarque de celui des années 1930 sur cinq points essentiels. 

Tout d’abord, la définition du « vrai peuple » se fonde sur la notion volatile de culture. Deuxième différence, cette nouvelle focalisation est adaptée à la société de consommation actuelle, dans laquelle circulent à grande vitesse des opinions, des désirs, des modes sans stabilité idéologique. De sorte que non seulement la définition du vrai peuple varie, mais les héros, les traîtres et les ennemis se substituent rapidement les uns aux autres. Par exemple, malgré la désignation de l’ennemi fondamental musulman, on observe des glissements antisémites, homophobes, ou autres.

Seul reste le sentiment d’être culturellement cerne. C’est pourquoi le traître par excellence reste toujours le multiculturaliste – ce mot est même devenu péjoratif.

Troisièmement, le brouillage entre le progressisme et le conservatisme ne touche plus seulement des partis spécifiquement populistes, mais l’ensemble des milieux politiques, à l’échelle européenne au début des années 2000, et maintenant à l’échelle mondiale, en particulier avec le développement du Tea Party, et la prise de fonction de Donald Trump en janvier 2017.

Ce qui nous conduit à la quatrième différence : on n’assiste plus, comme dans les années 1930, a une crise de certaines nations européennes par rapport à d’autres – celle de l’Allemagne par rapport à la France, par exemple –, mais a une crise de l’ensemble des démocraties dites occidentales.

Enfin, les sociétés occidentales sont soumises à des contraintes internationales, économiques, politiques, juridiques, militaires, qui ne leur permettraient plus de s’engager seules contre le reste du monde, comme ce fut le cas des forces de l’Axe dans les années 1930.

Un sondage Ipsos commandé par Le Monde et le Centre de recherches politiques de Sciences Po début 2013 concernant la France anticipe la situation actuelle élargie à l’ensemble du monde occidental, Amérique du Nord comprise. L’écrasante majorité des personnes interrogées (90 %) a le sentiment que la France a perdu sa place économique et (63 %) son rayonnement culturel. Le vote en faveur du Brexit et l’élection de Donald Trump constituent des indicateurs directs de ce sentiment collectif de perte d’importance, d’encerclement par des forces malignes et adverses (allant des multinationales a l’islam) et de corruption des élites (qu’elles soient culturelles ou politiques). Il ne nous resterait plus qu’à nous retrancher chez nous (pour 56 % des personnes interrogées, la France doit se protéger et surtout ne pas s’ouvrir au monde, et pour 61 % la mondialisation est forcément une menace).

Mais les sondés franchissent un pas supplémentaire, en tombant dans le « tous pourris ». En effet, les élites politiques sont perçues comme corrompues pour 62 % d’entre eux ; pour plus de 70 %, les journalistes sont coupes du réel (ce qui rappelle les attaques massives du candidat et président Trump a l’égard de la clique des journalistes, de leur hypocrisie, de leurs mensonges, ciblant des médias comme le New York Times) et aussi pourris que les politiques (ce qui rappelle les attaques de Trump contre l’establishment de Washington, et « Hillary la corrompue ») ; sachant que la démocratie ne fonctionne tout bonnement plus pour 72 % qui estiment que leurs idées ne sont pas représentées (c’est la dose d’antiparlementarisme).

 
Commentaires

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  • Par Jean Dutrueil - 16/09/2018 - 13:25 - Signaler un abus article nul, prétentieux et méprisant

    Cet article est emplis de mépris et de condescendance envers les peuples occidentaux qui effectivement sont confrontés à une immigration massive d'un hémisphère sud qui explose démographiquement et d'un remplacement de population dû à une dynamique démographique favorable aux allogènes. Pour ce monsieur, tout est "fantasme" et "sentiment"; la réalité des flux migratoires, des délocalisations de masses, de la paupérisation et du déclassement des occidentaux, de l'effondrement de la classe moyenne ne se résume qu'à une paranoïa complotiste de racistes puisque petits blancs. Eric Zemmour, que ce monsieur Liogier doit sans doute mépriser, a bien raison de regretter l'élite aristocratique d’antan qui, parce que héréditaire, était bien plus humble que l'élite méritocratique et républicaine actuelle qui pour avoir réussi un des concours faux et creux de science-po ou l'ENA se croit obligée d'être une caste de " sachants" devant diriger un peuple forcément ignare et qui après 40 ans d’arrogance a conduit à travers ses politiciens médiocres et ses hauts fonctionnaires hors sol, le pays dans le gouffre et bientôt dans la guerre civile...

  • Par MIMINE 95 - 16/09/2018 - 15:09 - Signaler un abus FAUT COMPRENDRE, C'EST DIMANCHE

    le jour du sermon des petit marquis qui insulte le peuple ignare . ...." Par exemple, malgré la désignation de l’ennemi fondamental musulman, on observe des glissements antisémites, homophobes".... Fichtre, diantre, faudrait préciser, "c'est qui" "qui glisse" dans l'antisémitisme, homophobie, (quand je dis glisse il faut comprendre : exprime sans complexe son antisémitisme, son homophobie ....) ... "ou autres" ... c'est quoi ..."autres".. ? L'imposture est vraiment une valeur en hausse dans ce pays. quand à l'inversion des réalités, elle atteint des sommets ...!

  • Par guzy1971 - 17/09/2018 - 10:17 - Signaler un abus L'article semblait prometteur

    Au moins on ne nous ressortait pas "les heures les plus sombres de notre histoire". petit progrès. Par contre, on reste dans le déni Quelle mouche a donc piqué le bon peuple alors que tout va bien ?

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Raphaël Liogier

Raphaël Liogier est sociologue et philosophe, professeur à Sciences Po Aix, chercheur au Sophiapol (université Paris-X).
 

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