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Pourquoi le succès économique allemand tient aussi largement à d'autres facteurs que les réformes Schröder

L'économiste du Centre de la Réforme Européenne, Christian Odendahl a remis en cause les réformes sociales initiées en Allemagne en 2005 sous le gouvernement de Gerhard Schröder. Elles étaient associées à un contexte précis qui n'a plus court aujourd'hui. S'en inspirer ne serait pas forcément positif aujourd'hui.

Reformes du marché du travail

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Pourquoi le succès économique allemand tient aussi largement à d'autres facteurs que les réformes Schröder

Atlantico : Christian Odendahl est un économiste du Centre pour la Réforme Européenne. Il remet en cause les réformes adoptées à l'époque de Gerhard Schroeder en 2005. Quel était le contexte à l'époque qui a expliqué leur succès ?

Rémi Bourgeot : Ces réformes sont intervenues dans un contexte de difficulté de l’économie allemande, en particulier à la suite du processus de réunification. Un des volets consistait à réformer l’assurance chômage, rendue moins généreuse. Un certain nombre d’analystes, notamment en France, y voient la principale raison de la décrue du chômage allemand. Plus sérieusement, ces réformes ont surtout consisté à créer des catégories d’emploi à bas revenus et à décentraliser autant que possible les mécanismes de négociations salariales, en s’assurant par ailleurs le soutien de nombreux syndicalistes par un jeu de nominations.

Dans un contexte où, par définition, la zone euro ne connaissait plus de variations de taux de change en son sein, l’Allemagne a pu faire stagner ses coûts salariaux grâce à cette politique. Le pays connaissait une inflation plus basse que le reste de la zone ; ce qui, à taux de change fixes, est un gain direct de compétitivité. Avec, de plus, le découplage des salaires de la productivité, les coûts salariaux unitaires (ce qu’il coûte en euros de produire une unité de PIB) ont décru tout au long des années 2000. Pendant ce temps, l’inverse s’est produit dans le reste de la zone, sans qu’il n’y ait eu aucune dérive salariale dans ces pays. C’est simplement l’effet, somme toute normale, de l’inflation plus élevé dans ces pays et de la stratégie allemande de compression salariale qui a fait radicalement diverger la compétitivité entre l’Allemagne et le reste de la zone. Dans le même temps, l’industrie allemande a réorganisé ses chaînes de production, en profitant notamment de l’accès à ses voisins à bas coûts d’Europe centrale, dans une logique d’intégration manufacturière.

Les réformes de Gerhardt Schröder relèvent d’une variante du mercantilisme en situation d’union monétaire : profiter de la disparition des variations de change au sein de la zone euro pour manipuler les coûts salariaux sans crainte d’appréciation de la monnaie nationale. L’excédent commercial allemand croît depuis cette époque sans limite. L’Allemagne a aujourd’hui un excédent de la balance courante de 9% du PIB, ou 300 milliards de dollars, plus que celui de la Chine, dont l’économie est pourtant trois fois plus grande. Progressivement, le chômage s’est résorbé, si bien que le pays s’approche aujourd’hui d’une situation de plein emploi.

Emmanuel Macron voudrait s'en inspirer pour sa politique économique. Dans quelles mesure est-ce qu'elle ne représentent plus un modèle à suivre ? Quels sont les principaux reproches que l'on peut leur faire ?

Ces réformes ont été mises en place en Allemagne il y a une quinzaine d’années. Si l’on comprend qu’elles ont porté leur fruit grâce aux gains de compétitivité générés pour les premiers à les mettre en œuvre, on peut s’interroger sur l’effet de réformes similaires en France. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 17/07/2017 - 13:10 - Signaler un abus Fillonistes

    Si les innombrables Fillonistes qui encombrent ce site pouvaient lire cet article... et le comprendre, même partiellement, ce serait un immense progrès et un véritable soulagement !

  • Par kelenborn - 17/07/2017 - 13:13 - Signaler un abus Oui globalement c'est plutôt juste

    et en tout cas cela vaut mieux que les élucubrations quotidiennes de Sylvestre ( lesquelles ont quand même commencé quand Guizot dirigeait le gouvernement!) Et cela vaut mieux que les ivrogneries des intermittents de l'analyse économique et autres bricoleurs à la Fillon! On ne peut sans doute nier les questions relatives au marché du travail, mais globalement, ce qui s'est passé est le résultat de la supériorité de l'industrie allemande laquelle a été décuplée par la création d'un véritable "Lebensraum" dans les ex-Peco . Et puis ...la France c'est...le France, le Concorde, le Rafale et...tutti quanti!!! On avait déjà remarqué que les français adoraient être président de ceci ou directeur du machin au sein des institutions européennes. C'était ronflant et cela ne gênait pas les autres puisqu'ils servaient de potiches!

  • Par Ganesha - 17/07/2017 - 13:41 - Signaler un abus Irrécupérables

    Ce que j'essaie inlassablement d'expliquer aux lecteurs d'Atlantico, c'est qu'il est mathématiquement impossible que tous les pays européens soient en même temps en excédent commercial les uns avec les autres. Mais il y a quelques abrutis qui sont définitivement irrécupérables !

  • Par Yves3531 - 17/07/2017 - 15:58 - Signaler un abus La méduse n'a pas de cerveau, Ganesha non plus...

    Après que notre cerveau de méduse ait fini de feuilleter une fois de plus les images de "Alternatives économiques" le bréviaire du petit gaucho marxisant il est convaincu de s'être trouvé une couverture intellectuelle, et il part son petit sabre au clair répétant bêtement une théorie mal assimilée de Keynes permettant de justifier par exemple tous les excès de dépenses publiques. Bien sûr, si il était capable d'aller chercher par lui même des informations pertinentes, de comprendre et analyser des éléments de comparaison internationaux, de nombreux éléments, entre autres comme ceux ci-après l'interpelleraient sans doute: // Alors que la France compte 90 fonctionnaires pour 1000 habitants, contre 60 pour 1000 habitants en Allemagne; faut il en conclure que l'Allemagne est un immense bordel sous administré ? // Alors que la France compte 3 personnes à charge pour un salarié du privé, le salarié du privé allemand n'en supporte que 1,39 !!! // Pourquoi la France agonise t elle à supporter bien souvent 10 points de PIB en plus que ses compétiteurs en dépenses publiques ?! // ....

  • Par Yves3531 - 17/07/2017 - 16:04 - Signaler un abus Que Ganesha, le cerveau de méduse...

    prenne donc ses crayons de couleurs et aillent faire des coloriage dans "alternatives économiques" et arrête de nous jouer les moralisateurs économiques petit bras. Il ne ne se rend pas compte de son ridicule.

  • Par Ganesha - 17/07/2017 - 16:29 - Signaler un abus Oui ou Non ?

    Une question simple, qui appelle une réponse par Oui, ou par Non ! Est-t-il mathématiquement possible que tous les pays européens soient en même temps en excédent commercial les uns avec les autres ?

  • Par Yves3531 - 17/07/2017 - 20:37 - Signaler un abus Une remarque simple ...

    Quand on passe son temps à insulter bêtement et mépriser les intervenants d'Atlantico; inutile de s'étonner de se prendre une volée de bois vert à la hauteur de la connerie initiale ! // Quant à la question ci-dessus, elle est sans intérêt puisque dans un système de libre échange, le seul niveau où il y a équilibre parfait des échanges à tous moments est la planète, toutes les sous-entités, états fédéraux, états, regions, départements, communes, ... se trouvent à tout moment en déséquilibre dans un sens ou dans l'autre de leurs échanges !

  • Par Ganesha - 18/07/2017 - 00:35 - Signaler un abus Fossoyeurs de l'Europe

    La quasi totalité des experts financiers ( FMI, OCDE) estiment que l'importance et la persistance des excédents allemands menacent l'Euro et l'avenir de l'Europe, à court terme. Il arrive que les experts se trompent, mais devant un tel degré d'évidence, il faut l'accepter. Nous sommes au bord de l'effondrement, de l'explosion, du chaos. Après Barroso, simple homme de main de la banque Goldman Sachs, l'aveuglement du couple Juncker-Merkel, la priorité absolue donnée à la Finance, la frénésie de la ''Concurrence libre et non faussée'', seront les fossoyeurs de l'Europe.

  • Par Ganesha - 18/07/2017 - 00:38 - Signaler un abus Le ''Grand Bond en Arrière''

    Des ''réformes'' urgentes s'imposent, mais soigneusement réfléchies. Macron et Marine Le Pen avaient chacun un plan à proposer pour affronter Angela Merkel. Quant au projet de Fillon, le ''Grand Bond en Arrière'', qui voulait utiliser des stratégies datant d'il y a trente cinq ans, non pas les théories de Mao, mais celles de Thatcher, c'était tellement absurde que les puissants qui nous gouvernent réellement, se sont associés pour l'éliminer !

  • Par Ganesha - 18/07/2017 - 01:24 - Signaler un abus Sur Atlantico, la parole est libre...

    La démocratie s'impose : le peuple français à offert à Macron cinq ans pour réussir. En cas de malheur, ou d'échec trop flagrant, qui prendra la relève ? Sur Atlantico, la parole est libre... Mais, personnellement, le retour de Sarko ou de son dévoué collaborateur me paraissent des hypothèses grotesques !

  • Par Deneziere - 18/07/2017 - 08:15 - Signaler un abus "Bras de fer avec l'Allemagne", laissez moi rire

    La France n'a pas trouvé sa place dans le commerce mondiale et se fait éjecter à tous les étages. Ce n'est pas de précariser les salariés du privé qui va y changer grand chose. L'erreur de Micron est de croire que la réforme du marché du travail est la "mère de toutes les réformes", alors que c'est celle de l'état qui l'est. Micron ne pourra pas faire un bras de fer avec qui que ce soit, tant qu'il n'aura pas une trajectoire crédible de résorption des déficits budgétaires. Et avec un état obèse et gaspilleur, il ne peut pas l'avoir.

  • Par Olivier62 - 18/07/2017 - 11:50 - Signaler un abus Le bateau coule normalement.

    Cet article est méritoire mais il est clair qu'à peu prés rien ne sera fait. Les orientations du nouveau gouvernement, floues à souhait, montrent bien qu'on se contentera de mesurettes et poudre aux yeux comme d'habitude. Il est vrai qu'avec Macron c'est le choix de l'immobilisme qui a été fait, par rapport à la véritable alternance qu'aurait été l'élection de M. le Pen. De toute façon la France est devenue un pays de second rang, à l'importance très limitée.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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