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Pourquoi Obama joue bien plus gros en Asie qu'en Ukraine

Barack Obama a entamé une visite officielle dans plusieurs pays asiatiques alliés des Etats-Unis qui devrait prendre fin le 28 avril. Après s'être arrêté à Tokyo le 23, il doit notamment passer par la Malaisie, les Philippines et la Corée du Sud.

Quitte ou double

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Atlantico : Barack Obama a entamé hier sa tournée asiatique en commençant par Tokyo. Que faut-il y lire ? Quel importance ce déplacement peut avoir en comparaison du conflit ukrainien ?

Jean-Vincent Brisset : J'ai beaucoup de mal à voir le rapport entre conflit ukrainien et déplacement à Tokyo. Il s'agit de quelque chose de complètement dissocié.

Il est certain, cependant, que les Etats-Unis sont autrement plus directement concernés par les événements qui ont lieu dans le Pacifique que par les événements qui se déroulent en Ukraine. L'Europe, au sens large du terme, se recompose depuis un certain temps déjà.

Et à l'heure actuelle, les Etats-Unis doivent avoir un grand sourire quand ils voient que les Européens se battent pour soutenir des extrémistes et pour payer la dette de gaz de ces extrémistes à la Russie. On remarque d'ailleurs qu'en termes de déclaration, Kerry et les autres diplomates américains en sont restés au service minimum.

Pour autant, tout le monde souhaite parler de la Chine. Or, Barack Obama va au Japon, en Corée du Sud, aux Philippines, en Malaisie. Pas en Chine. Le Président des Etats-Unis estime qu'il peut encore se permettre, aujourd'hui, d'aller visiter des pays d'Asie sans passer par la Chine pour demander la permission.

On a souvent évoqué la fameuse stratégie du pivot de l'Europe vers l'Asie. Quels sont les intérêts qu'ils ont sur place ? Sont-ils plus importants que les enjeux européens ? Comment expliquer ce nouveau rapport qui s'instaure ?

Les Européens, depuis des années et des années, expliquent qu'ils sont sérieux, raisonnables et surtout capables de se débrouiller seuls. Pour autant, ils ont toujours et à chaque fois été contraints d'appeler au secours les Etats-Unis. La dernière fois, c'était au Centrafrique. La fois précédente, au Mali et la fois d'encore avant au Kosovo. Le fait est que les Etats-Unis se sont vraisemblablement lassés de cette situation. Que les Européens se débrouillent, au fond !

D'autre part, une énorme majorité de la presse est persuadée que la stratégie du pivot signifie de laisser tomber purement et simplement l'Europe et de tout miser sur l'Asie. C'est bien évidemment faux. Il s'agit uniquement de faire quelques économies en Europe, en pensant que les Européens devraient effectivement être assez grands pour se débrouiller seuls – et que s'ils n'y arrivent pas c'est un peu tant pis pour eux – les Etats-Unis n'ont pas à soutenir l'Europe à bout de bras. D'autant plus qu'il n'est pas question pour les Etats-Unis de ne plus participer à l'Europe, seulement de ne plus la soutenir.

Il faut bien concevoir, également, que le Traité transpacifique représente à lui seul un enjeu primordial, puisqu'il cumule au total près de la moitié du commerce mondial, avec 40% de celui-ci. Sans oublier que la façade pacifique est, aux yeux des Etats-Unis aussi importante que la façade atlantique. A ceci près que la façade atlantique comporte un vieux partenariat, supposé rouler seul, et que vis-à-vis de la façade pacifique, tout est à faire ; à construire. Cela fait parti du travail normal d'un président que de se pencher

 
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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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