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Pourquoi la hausse des taux américains ne devrait pas étrangler la croissance européenne

Lors de sa dernière réunion, la Réserve fédérale des Etats Unis a choisi de relever une nouvelle fois ses taux directeurs de 0.25 point, pour les porter à 1%. Mais cette décision n'est pas celle qui est le plus à redouter.

Economie

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Pourquoi la hausse des taux américains ne devrait pas étrangler la croissance européenne

Atlantico : Lors de sa dernière réunion, la Réserve fédérale des Etats Unis a choisi de relever une nouvelle fois ses taux directeurs de 0.25 point, pour les porter à 1%. Quelles seront les conséquences d'une telle décision sur l'économie européenne ? Peut-on envisager également des variations de la valeur de la monnaie européenne suite à cette décision ?

Frédérik Ducrozet : Les conséquences directes de cette hausse de taux de la Fed sur l’économie européenne seront minimes dans la mesure où ce geste était largement anticipé et que la communication de la banque centrale n’a pas créé de surprise majeure. La réaction immédiate des marchés a d’ailleurs été quelque peu contre-intuitive, avec une baisse du dollar et des taux d’intérêt à long terme. Non seulement la hausse de taux était anticipée, mais la Fed n’a pas beaucoup révisé ses prévisions (les fameux « dots ») et a également insisté sur le caractère symétrique de sa cible d’inflation, alimentant l’idée selon laquelle elle pourrait tolérer une certaine surchauffe de l’économie.

En un mot, la Fed a délivré une hausse de taux « dovish » dont l’effet a été largement compensé par l’assouplissement des conditions de marchés qui en a résulté.

Deux éléments devraient compter davantage pour les économies américaines et européennes dans les mois à venir. Concernant la Fed, la gestion de son bilan reste très incertaine, et tout signe allant dans le sens d’une plus grande pro-activité de la banque centrale en vue d’influencer la taille et/ou la composition de ses portefeuilles de titres pourrait avoir un effet significatif sur les taux d’intérêt et le taux de change.

Concernant la politique budgétaire, l’incertitude et les enjeux sont également énormes. Si l’administration Trump parvient à mettre en œuvre au moins une partie de son programme de dépenses publiques et de baisses d’impôts tout en limitant les risques liés aux mesures protectionnistes, alors une accélération de la croissance américaine serait évidemment très favorable au vieux continent.

Alors que la Fed semble inscrire sa politique dans une logique de hausse de taux, débutée depuis déjà de nombreux mois, la BCE suit une logique différente en conservant ses taux au plus bas. Cette différence de cycle entre Europe et Etats Unis est elle tenable à terme ? Quels sont les risques d'une telle divergence ?

Dans l’optique de la BCE, cette divergence est « subie » dans la mesure où elle a pour origine des facteurs hors du contrôle de la banque centrale. Elle crée également une force de rappel, notamment via le taux de change, même si cet argument est moins puissant aujourd’hui. La BCE a d’ailleurs longtemps insisté sur l’importance de cette divergence afin d’ancrer les anticipations de taux et de renforcer sa forward guidance.

Le risque principal est celui d’un décrochage qui ne serait plus cyclique, mais structurel, lié notamment à des écarts durables en matière de dépenses d’investissement productif, de recherche et développement, et donc de productivité.

 
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Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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