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Pourquoi la crise des subprimes n’avait en fait pas grand chose à voir avec les subprimes

Voici 10 ans, la crise des subprimes connaissait son moment paroxysmique avec la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Mais la Grande récession a surtout été provoquée par une politique monétaire excessivement restrictive.

2008, 10 ans après

Publié le
Pourquoi la crise des subprimes n’avait en fait pas grand chose à voir avec les subprimes

 Crédit Ben STANSALL / AFP

Atlantico : Voici 10 ans, la crise des subprimes connaissait son moment paroxysmique avec la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Pourtant, selon vous, la crise des subprimes, tout comme la chute de Lehman Brothers, ne seraient pas les causes de la récession qui s'est propagée au monde entier. Comment en êtes vous arrivé à une telle conclusion ?  

Scott Sumner : Les problèmes liés aux dettes des subprimes ont conduit à un vif ralentissement des prix de l'immobilier ; malgré cette situation, l'économie américaine à continué à croître, notamment parce que la construction immobilière représentait une faible fraction de l'ensemble du PIB du pays. Ce n'est que lorsque le PIB nominal (qui est la mesure intégrant le PIB et l'inflation) a plongé en piqué, en 2008, que l'économie est entrée en récession. De plus, la plupart des faillites de banques ont été provoquées par de mauvaises dettes octroyées aux entreprises, et non aux prêts immobiliers.

Finalement, c'est la politique excessivement restrictive menée par la FED (la Banque centrale des Etats-Unis) qui est à l'origine de la chute du PIB nominal, et c'est ce qui a rendu la crise de la dette plus sévère encore. La banque Lehman Brothers a fait faillite 9 mois après le début de la récession, lorsque cette dernière était dans sa période d'aggravation. La chute de Lehman Brothers n'a été qu'un symptôme.

Dès lors, quelles sont les causes réelles de cette "grande récession" ?

La Grande Récession a été provoquée par une politique monétaire excessivement restrictive, qui a fait chuter le niveau du PIB nominal. Les grandes banques centrales ont commis des erreurs tactiques en ciblant les taux d'intérêts à un moment où le taux d'intérêt naturel était en train de chuter. Cette erreur a été commise en ne baissant pas suffisamment rapidement les taux d'intérêts en 2008, en se concentrant trop sur les chiffres de l'inflation et pas suffisamment sur la croissance nominale du PIB, et en se reposant trop largement sur une lecture à rebours des données et pas assez sur une lecture des anticipations des marchés.

Quelles sont les responsabilités européennes dans cette crise ?

La Banque centrale européenne a commis de plus grandes erreurs que la FED. En fait, elle a relevé ses taux d'intérêts en juillet 2008, comme elle l'a fait deux fois au début de l'année 2011, ce qui a déclenché une récession en 2008, et une rechute en 2011. La Banque centrale européenne était encore plus obsédée par l'inflation que la FED, et n'a pas prêté attention à la croissance nominale du PIB. Si le narratif qui fait de la crise des subprimes et de la chute de Lehman Brothers était réaliste, alors la récession aurait du être plus sévère aux Etats-Unis. Mais elle a été plus sévère en Europe, même en 2008, c’est-à-dire avant la crise grecque.

L'ancien president de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet a indiqué récemment "Il est maintenant admis que le surendettement massif des économies avancées a été un facteur essentiel dans le déclenchement de la crise financière mondiale des années 2007 et 2008". Partagez vous cette analyse ?

Il est vrai que l'aléa moral qui a été produit  par l'assurance des dépôts ou d'autres politiques publiques ont pu conduire à des niveaux de dettes excessifs. Mais cela n'aurait pas dû nous conduire à une profonde récession. Au lieu de cela, la solution aurait été de garder les gens au travail et utiliser les revenus pour rembourser ces dettes. Vous ne résolvez pas des problèmes de dette en créant du chômage de masse, vous faites en sorte que les gens se serrent la ceinture en travaillant plus et en consommant moins.

Dans les années 60, Milton Friedman et sa co-auteur Anna Schwartz (dans leur livre Une histoire monétaire des Etats-Unis) ont proposé une analyse d'une crise monétaire , qui fait consensus, concernant la Grande dépression de 1929. Est-il possible de lier ce lent processus d'analyse qui a permis de diagnostiquer ce qui était arrivé en 1929 (près de 30 ans) à ce qui se passe depuis la crise de 2008 ?

Pendant plusieurs décennies, les gens ont pensé que la politique monétaire des années 30 était expansionniste, et que la Grande Dépression avait été provoquée par l'instabilité financière. Milton Friedman et Anna Schwartz ont démontré que c'est une politique monétaire excessivement restrictive qui était la cause réelle de la Grande Dépression, et je pense que ce même type de retournement d'analyse arrivera finalement en ce qui concerne la Grande Récession de 2008. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 16/09/2018 - 19:01 - Signaler un abus Super-expert !

    Nous attendons avec impatience l'intervention habituelle de notre ''super-expert'' (autoproclamé) qui va nous affirmer : tout ce que raconte ce méchant petit article est absolument faux'' ! Post-scriptum : si possible, évitez, malgré tout, de tenir des propos racistes au sujet des subprimes !

  • Par ajm - 16/09/2018 - 23:17 - Signaler un abus Jouer avec le feu.

    Ganesha vous ne comprenez rien à ce genre d'articles faute de connaissances économiques et financières élémentaires, vous devriez vous abstenir et vous cantonner à vos diatribes habituelles plutôt folkloriques. Sur l'article en question, l'économiste US a largement raison ( un début de crise pour une raison X ou Y peut être transformée en crise profonde par une mauvaise réplique des autorités, en l'espèce la banque centrale) Je pense qu'un retournement trop rapide du QE de la BCE sous le prétexte de hausse de l'inflation autour de l'objectif de 2% ( atteint uniquement à cause de la hausse de l'énergie, renforcée par la montée du USD et pas du tout sous l'effet d'un facteur interne comme une hausse forte des coûts salariaux) serait une grave erreur, surtout dans l'incertitude politique de l'Europe actuellement. Draghi, sous l'influence Allemande, joue avec le feu. Les Allemands sont coutumiers de l'art de jouer avec le feu depuis 150 ans, cela ne leur a pas porté bonheur, à nous non plus.

  • Par artesan - 17/09/2018 - 00:02 - Signaler un abus Une analyse très partielle

    L'article ne dit pas ce qui conduit au surendettement et donc aux bulles spéculatives. Les politiques monétaires des banques centrales, qui manipulent de façon artificielle les taux d'intérêts sont largement responsables des mauvais signaux envoyés aux investisseurs. L'auteur de l'article propose des sorties de crise qui consistent à amplifier les politiques monétaires responsables des crises financières et économiques. Un vrai programme keynésien.

  • Par artesan - 17/09/2018 - 00:02 - Signaler un abus Une analyse très partielle

    L'article ne dit pas ce qui conduit au surendettement et donc aux bulles spéculatives. Les politiques monétaires des banques centrales, qui manipulent de façon artificielle les taux d'intérêts sont largement responsables des mauvais signaux envoyés aux investisseurs. L'auteur de l'article propose des sorties de crise qui consistent à amplifier les politiques monétaires responsables des crises financières et économiques. Un vrai programme keynésien.

  • Par Plongeur - 17/09/2018 - 09:15 - Signaler un abus Programme Keynésien

    Le Keneysianisme ne pose aucun problème quand il est contracyclique. Inonder le marché de liquidités et baisser les taux en cas de recession est une bonne politique, par contre il faut faire le contraire dès que le PIB repart, sans oublier évidemment de reprendre l'excès de monnaie circulante.

  • Par guy bernard - 17/09/2018 - 11:08 - Signaler un abus une vieille histoire.

    les subprimes datent de l’époque Roosevelt à Detroit pendant le New Deal : les blancs empruntaient au taux normal (les primes), les noirs à un taux majoré (les subprimes). la crise vient essentiellement de la regulation : Greenspan la pensait efficace, elle ne l'a pas été par la faute des régulateurs : il imaginait que les préteurs assumaient le risque alors qu'ils le cédaient emballé dans un saucisson évalué triple A après titrisation. d'autres éléments entrent en compte, comme la stabilité des revenus et les déséquilibres macroéconomiques.

  • Par moneo - 17/09/2018 - 12:34 - Signaler un abus je croyais avoir compris

    j'avais lu le "casse du siècle" de Michael Lewis....ou comment un système bancaire glouton et aveugle avait transformé des dettes qui n'auraient jamais du exister ( qui ne l'ont été que par raisons politiques et démagogiques) ont été transformées"officiellement" en détentions garanties par l'Etat( c'est à dire le contribuable) jusqu'au jour ou la ligne Maginot financière été enfoncée... 29 c'est loin je vais laisser les spécialistes s'écharper au nom de leurs croyances politiques sous jacentes ... la situation en gros est la suivante les USA sont endettés comme jamais dans leur histoire, les américains aussi avec leurs dettes de credit de consommation ou de formations universitaires. Aujourd'hui ils créent exnihilo des dollars que pour l'instant les exportateurs étrangers acceptent. les taux d'intérêt devraient augmenter rapidement mais... comment les américains paieront? les taux fixes? connait pas... l'Europe incapable de s'entendre que quoi que ce soit y compris sur l bombe atomique invasionnelle ( même si elle est niée par de experts qui ne prennent jamais le métro) ne peut sérieusement relever ses taux et l'EURO n'a pas le statut du Dollar..

  • Par alam - 17/09/2018 - 22:30 - Signaler un abus aveuglement

    Comment ne pas comprendre que ce sont les Etats Unis qui mènent la danse depuis le suicide de l ' Europe au XX éme siècle. Les autres pays subissent.

  • Par ajm - 17/09/2018 - 22:35 - Signaler un abus Dollar roi pour longtemps.

    Moneo : ne vous inquiétez pas des US, ils s'en sortiront mieux que nous. Le dollar est et restera la seule monnaie véritablement mondiale pendant très longtemps. Leurs marchés ont une profondeur et une liquidité incomparable avec des acteurs financiers sans vrais concurrents.

  • Par moneo - 18/09/2018 - 11:18 - Signaler un abus hum

    et pourtant la crise des subprimes 2008 est bien partie des USA...et si les USA toussent nous sommes bien plus malades ceci dit d'ou partirait un effondrement boursier puis économique ? là vous avez 25 versions différentes l"Europe fantôme à la recherche de son unité idéologique , les pays d'extrême orient avec une Chine shootée à la fausse monnaie ,un japon pas mieux, les anciens BRICS à l'agonie... bref le monde est une pétaudière avec un niveau de vie fictif . Qui allumera la mèche je donne ma langue au chat

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Scott Sumner

Scott Sumner a enseigné pendant plus de 30 ans l'économie à l'université de Bentley dans le Massachussets aux Etats-Unis. Détenteur de la Chair en politique monétaire du Mercatus Center, ses recherches se sont principalement orientées vers l'économie monétaire, et particulièrement sur le rôle de l'étalon-or pendant la Grande Dépression. Scott Sumner est auteur pour le blog TheMoneyIllusion.com et plus récemment de Econlog.econlib.org .

 

 

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