Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 31 Juillet 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi la crise n'a en réalité rien coûté à l'Allemagne

Malgré le coût du soutien des pays défaillants en Europe, la crise permet de préparer un environnement économique plus solide pour demain. Avec une grande gagnante : l'Allemagne.

Europe

Publié le
Pourquoi la crise n'a en réalité rien coûté à l'Allemagne

Les taux longs pour la zone euro baissent, notamment pour l’Allemagne. Crédit Reuters

C’est le paradoxe, c’est peut-être la réalité. En tout cas, souhaitons-le. Qui va donc sortir gagnant de la crise de la zone euro ? En supposant bien sûr que tous les pays continuent leurs efforts et que l’Allemagne ne change pas d’avis : l’Allemagne d’abord, la France pas si loin. Et ceci pour plusieurs raisons.

La première raison est que la zone euro aura tenu, grâce à l’Allemagne bien sûr. La zone euro aura ainsi gagné en crédibilité, au milieu de cette tourmente, et l’Allemagne aura montré qu’elle a toujours continué sa double politique de "carotte" – en aidant, et de "bâton" – en poussant aux réformes.

Et la France aura, enfin, engagé la bataille de ses premières reformes, non seulement de modernisation et de simplification de la sphère publique, mais aussi, et surtout, de changement dans ses négociations sociales.

La deuxième est que cette zone euro qui aura tenu sera celle qui aura gagné en compétitivité d’ensemble, sous la houlette de l’Allemagne toujours, en adoptant peu à peu ses méthodes de dialogue social. Non seulement ses salaires auront baissé, par exemple en Espagne ou en Italie, mais, plus profondément, le souci de la modération salariale va gagner dans les discussions salariales et sociales. La France, dans ce contexte, vote une loi où le maintien en emploi prime sur le salaire, avec l’idée d’ajuster les horaires de travail en fonction des carnets de commandes. Du jamais vu ! Cette nouvelle régulation salariale, sur le modèle allemand, ferait/fera de la zone euro une zone globalement plus résiliente aux chocs actuels et mieux apte à se développer dans l’après-crise.

La troisième raison est que le système de soutien aux pays en difficulté s’est singulièrement renforcé. D’abord, les budgets se préparent et se présentent très en avance au niveau national puis au niveau de Bruxelles (au niveau fédéral ?). Le sérieux gagne ainsi dans le temps, avec aussi plus de cohérence. Ensuite, les pays doivent s’engager à faire des efforts, contre des politiques de soutien et de crédit : c’est le cas de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, mais pas seulement. On voit que la potion est amère, mais on voit aussi qu’elle marche en quatre à cinq ans, ce qui évite la faillite du pays. Pour l’Espagne, on sait même qu’une aide exceptionnelle est prête, si le pays la demande – ce qu’il n’a pas fait et ne souhaite pas faire. On en vient, pour l’heure au moins, à une situation où la possibilité de soutien évite le recours au soutien lui-même ! Cette même logique vaut aussi pour l’Italie. Pour Chypre enfin, en faillite et qui ne pouvait être renflouée par le pays, ce sont les "gros déposants étrangers" qui vont participer au paiement de l’addition. La leçon est claire pour tous et la surveillance bancaire va être ainsi singulièrement à compléter. Dans tous ces programmes, les pays de la zone euro ont soutenu des prêts à moyen et long terme, sous des conditions très favorables – et l’Allemagne est toujours le premier garant. De l’argent a donc été avancé à la Grèce, à l’Irlande au Portugal… mais pour le moment il n’y pas d’interrogations sur les conditions de remboursement. Les crédits et garanties allemands, français… sont donc réputés bons.

La quatrième raison, et qui vient en preuve des trois précédentes, est que les taux longs pour la zone euro baissent, notamment pour l’Allemagne. Elle est ainsi la garante du système européen, ce qui lui permet de continuer à croître et à y exporter, même si c’est évidemment plus compliqué, et à y renforcer son influence, au moyen de ses grosses PME. En même temps, l’Allemagne prend l’avantage dans la construction européenne sur la France, parce qu’elle est plus performante qu’elle – ce qui lui permet de garantir implicitement les réformes de ces divers pays, plus les crédits qui vont avec, dont ceux de la France.

Au fond, la crise de la zone euro est en passe de se régler avec des réformes importantes, sous l’influence et avec la garantie de l’Allemagne. Le prix à payer sera une croissance plus faible pendant des années, mais au moins plus saine et plus sûre. Le gain pour l’Allemagne, qui réduit graduellement l’étau de l’austérité qu’elle demande dès lors que le début du processus lui paraît bien enclenché, est d’avoir été le guide de ce changement. Un guide qui n’est pas aimé, au moins pour l’heure, mais que les marchés financiers apprécient beaucoup.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par EOLE - 06/05/2013 - 09:44 - Signaler un abus Et bientôt,

    business as usual...

  • Par EOLE - 06/05/2013 - 09:49 - Signaler un abus On se demande

    pourquoi la France a fait la guerre avec l'Allemagne en 1939 et pourquoi, ensuite, les français, sauf les copains de M. Betbèze, n'ont pas accepté la grande vague de tourisme, un lustre durant, qui a certainement bien rempli leurs poches... Betbèze, Laval, même combat?

  • Par yvonman53 - 06/05/2013 - 10:06 - Signaler un abus Du jamais vu !

    ""La France, dans ce contexte, vote une loi où le maintien en emploi prime sur le salaire, avec l’idée d’ajuster les horaires de travail en fonction des carnets de commandes. Du jamais vu !"" Ben ça fait un moment que c'est en place !

  • Par yvonman53 - 06/05/2013 - 10:10 - Signaler un abus De fait

    http://travail-emploi.gouv.fr/informations-pratiques,89/fiches-pratiques,91/conges-et-absences-du-salarie,114/le-compte-epargne-temps-cet,1045.html

  • Par yvonman53 - 06/05/2013 - 10:12 - Signaler un abus Et

    Cela fait 3 ans que mon épouse a la flexibilité du travail lié a un compte épargne temps !

  • Par Duffy - 06/05/2013 - 12:19 - Signaler un abus L'Allemagne nous casse le dos

    Avant de nous posséder Nos élites sont vendues à l'Europe = la Grande Allemagne Il faut quitter l'Empire allemand

  • Par jurgio - 06/05/2013 - 14:55 - Signaler un abus Cela reste théorique.

    Quant au contrat de flexibilité, il est surtout, en effet, un coup médiatique. Renault ! Je suis, moi-même resté douze ans sans un centime d'augmentation de salaire pour faire subsister une entreprise qui a fini tout de même par disparaître récemment. C'était ça ou le chômage. Quoique.. beaucoup trop paraissent le préférer... Mais cela ne nous regarde pas.

  • Par vangog - 06/05/2013 - 21:56 - Signaler un abus Oui à l'analyse financière et macro-économique

    mais quid des Européens eux-mêmes? Plombés par des politiques social-démagogiques, leur ressentiment s'exerce contre leurs dirigeants, contre l'Europe qui a encouragé les systèmes corrompus par cette social-démagogie, contre les étrangers les plus cupides, qui accourent en masse, attirés par le laxisme redistributeur échafaudé par ces politiciens clientelistes. Quelle garantie l'Allemagne offre-t-elle pour éviter la grande crise sociale qui menace? En encourageant la désindustrialisation, le désinvestissement et l'hémorragie humaine des sudistes, l'Allemagne condamne l'Europe à une scission prochaine entre nordistes vertueux et sudistes (dont la France) drogués à la dépense étatique, avec un Euro vertueux au Nord et un Euro sudiste dévalué de 25%!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il vient de publier La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€