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Pour Benoît Hamon, noter c’est stigmatiser : misère, misèreuh, c'est toujours sur les pauvres gens que la gauche s’acharne obstinément

Aux yeux de Benoît Hamon, le système de notation à la française est stigmatisant pour les élèves. Pourtant, notre système n'est qu'un outil au service du professeur. Le principe de notes, souvent malmené, n'est pas mauvais : il n'est simplement pas mené à bout. Pour poursuivre le raisonnement jusqu'à son terme, l'élève qui connait plus de difficultés devrait également être plus aidé, à la mesure de ses lacunes.

L'élève Ducobu, mouru ?

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Pour Benoît Hamon, noter c’est stigmatiser : misère, misèreuh, c'est toujours sur les pauvres gens que la gauche s’acharne obstinément

Pour le ministre de l'Education Nationale, le concept de notation induit des classements stigmatisant.  Crédit Reuters

Atlantico : Dans sa circulaire de rentrée publiée le 22 mai, Benoit Hamon a expliqué vouloir "éviter que l'évaluation ne soit vécue par l'élève et sa famille comme un moyen de classement, de sanction, ou bien réduite à la seule notation". Pour le ministre de l'Education Nationale, le concept de notation induit des classements stigmatisant. Existe-t-il d'autres systèmes d'évaluation plus efficaces que les notes ? Sont-ils pour autant moins stigmatisant ?

 
Pierre Duriot : "Vécue comme", là est bien le problème. La note est un étalonnage par rapport à une norme et des attendus de la part d'un élève en fonction de son âge. Elle évalue un travail et non une personne et c'est bien toute la confusion qui règne autour de la perception de ce chiffre généralement compris entre zéro et vingt, également entre zéro et dix ou entre A et D, ce qui ne change pas grand chose. En pratique, dans une classe, avec ou sans note, chacun sait exactement là où il se trouve et quand l'enseignant lui-même se refuse à "classer" en fonction des notes, cela lui est le plus souvent reproché, par les élèves eux-mêmes, mais aussi par leurs parents.
 
Mais dans notre société sacralisant l'enfant et donc l'élève, cette note "est vécue" régulièrement comme une notation non plus du travail mais de la personne. Elle est souvent marchandée par l'élève, lequel marchande aussi souvent avec ses parents les modalités de vie à la maison, quel que soit d'ailleurs le niveau de classe. Et l'on entend souvent dire chez les élèves, le prof "ne m'aime pas", "m'a dans le nez", plutôt que "j'ai mal travaillé". Symptôme d'une époque moderne où les affects régissent les relations humaines sous la forme bien connue "j'aime/j'aime pas". Ainsi, des composantes humaines et affectives aboutissent au fait que ce qui devrait être la simple évaluation d'un travail à un instant T sur une copie est ressenti comme une atteinte à la personne, un déclassement, un désamour, quand la note ne flatte pas l'ego. Quand l'élève est dans cette disposition devenue fréquente, aucune note, aucune forme d'évaluation n'est vraiment possible. Il faut bien à un moment donné, dire qu'une dictée est bourrée de fautes quand elle est bourrée de fautes, même si cela ne fait pas plaisir et la recherche d'un autre système de notation s'apparente plus souvent à une tentative d'évitement du déplaisir qu'à l'évaluation sereine d'un travail. Nous avons des cas très concrets dans l'histoire récente, tel ce papier rose du permis de conduire, jadis délivré par l'inspecteur dès la fin du parcours mais depuis quelques années envoyé par courrier. Les manifestations de déplaisir en cas d'échec se traduisaient de plus en plus fréquemment par des agressions des inspecteurs du permis. On a alors différé la manifestation du déplaisir pour la reporter non plus sur le fonctionnaire, mais sur l'entourage du recalé à la réception de la mauvaise nouvelle. L'école ne peut procéder de la même manière avec ses notes et un système de notation, quel qu'il soit, sera mal perçu tant que l'échec au devoir sera vécu comme un échec intime de la personne. La solution facile consiste à créer une forme d'illusion en surnotant ou en ne notant pas, ce qui se pratique d'ailleurs régulièrement de manière totalement démagogique.
 

Comment, sans système de notation, rendre compte des difficultés des élèves ?

Ce n'est donc pas le système qui est en cause, mais la manière dont les élèves le vivent et leurs parents avec, mais également de la manière dont les professeurs peuvent l'asséner. Le système d'évaluation doit ou devrait permettre de cibler les points forts et les points faibles, afin de permettre à l'élève et au professeur de prendre en charge les items échoués pour les faire remonter. Quand en cas d'échec grave dans le primaire, un psychologue scolaire est amené à pratiquer un test complet avec un élève, celui-ci renseigne sur les éventuels troubles ou déficiences mais également sur les compétences échouées ou réussies. Les résultats complets, compartiment par compartiment, vont permettre de réorienter la pédagogie, contenus et méthodes. C'est là le vrai sens de l'évaluation. Si l'on reprend l'exemple de la dictée, l'évaluation peut mettre en exergue une faiblesse sur le participe passé et induire un travail sur cette thématique particulière... sauf si l'élève refuse de s'entendre signifier son échec sur le participe passé, ou si le professeur n'entame pas le travail de remédiation nécessaire.
 

Le ministère présentait en avril un nouveau système de notation de la dictée consistant à valoriser les bonnes réponses plutôt que de sanctionner. Le système de notation pourrait-il être utilisé de manière différente ? Un telle démarche rendrait-elle service aux élèves ?

On peut retourner un système de notation dans tous les sens, une faute restera une faute et vouloir en atténuer la perception débouche fréquemment sur l'illusion. D'ailleurs, les élèves des petites classes ont développé une dialectique bien à eux : "Alors c'est presque juste ?", les entend-on quémander des trémolos dans la voix. Mais tout cela est très paradoxal chez les parents donc chez les électeurs. Quoiqu'ils en disent, ils tiennent aux notes et ils tiennent par exemple au baccalauréat sous sa forme actuelle, même s'il pourrait être avantageusement remplacé par le contrôle continu au lieu du barnum pédagogique et médiatique que l'on connaît. La note sur 20, le bac, sont des repères initiatiques, symboliques, qui parlent aux parents qui les ont eux-mêmes vécus dans un temps ancien qui était forcément le bon temps, puisque l'on sait maintenant que le cerveau magnifie les bons souvenirs, voire les fabrique et relègue les mauvais dans nos oubliettes neuronales. Le système de notation ne doit pas être changé mais suivi. Suivi d'un travail de remédiation, d'exercices de stimulation, d'une vraie pédagogie, non pas de la réussite, mais du traitement de l'erreur en vue de son dépassement. Cela est long, difficile, nécessite une vraie connaissance des rouages de l'apprentissage et de la pédagogie. Pour cela il faut se sortir des affects liés à la note, sortir du dogme de la sacro-sainte "pédagogie de la réussite" ou "mise en situation de réussite" qui crée de l'illusion et nivelle vers le bas. A-t-on déjà vu une personne sensée, même douée, tout réussir du premier coup et apprendre un métier ou un sport sans jamais le moindre échec ? La progression ne résulte jamais d'une série de réussites artificiellement organisée, mais toujours du traitement rationnel de l'erreur.
 

La majorité des nations du monde basent leurs principes éducatifs sur des systèmes de notations. Quels sont ceux qui marchent mieux que le système français, et comment s'en inspirer ?

On peut évidemment se pencher sur les classements européens dans lesquels la France fait désormais pâle figure. Le modèle nordique reprend les items expliqués à la réponse précédente. Vivre l'erreur comme un indicateur, rebondir sur les faiblesses mises en exergue par l'évaluation, travailler sur la "réparation" de l'erreur dont on tire des enseignements et des réorientations. Plus que le système de notation, c'est l'exploitation qui en est faite qui est en cause. Soit qu'il soit jeté en pâture au public, désignant de fait les bons et les mauvais élèves aux yeux de tous. Nous avions la traditionnelle "remise des prix", jusqu'au début des années soixante-dix. Soit que l'erreur ne soit pas traitée, pas suivie d'effet, laissée en seule digestion à l'élève et à ses parents, auquel cas l'erreur devient l'élève lui-même avec les dégâts que l'on sait. Le meilleur système est celui dans lequel parents, élèves et enseignants prennent conscience, sans affects, ensemble, des lacunes et travaillent ensemble à les combler, chacun dans leurs missions respectives auprès de l'enfant.
 
Commentaires

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  • Par Fredja - 23/05/2014 - 09:45 - Signaler un abus Très interessant

    cette analyse d'un enseignant que je partage pleinement. De la même manière que dans le monde du travail, si on apprend de ses fautes et qu'on progresse, cela est beaucoup mieux vécu qu'une sanction ou une mise à l'écart. Ce qui me choque en France, c'est la rigidité du système de l'éducation nationale, et la mission même de l'enseignant. Sa "fiche de poste" est uniquement de "faire des heures d'enseignement", alors qu'elle devrait plus être orientée vers "amener les élèves à la réussite". De cette sorte, on pourrait sortir du volume horaire ridicule qui est "officiellement" fait par les profs, et on pourrait peut-être enfin accepter de faire des classes de niveau. Car ce que je constate avec mes enfants, c'est que dans une classe avec des niveaux très variés, soit on a un enseignant très motivé qui tire l'ensemble vers le haut, soit, le plus souvent, il baisse les bras, et les élèves "performants" s'ennuient et décrochent. Il faut que l'on sorte de la culture de l'obligation de moyens, pour aller vers une culture de résultat. Des classes de niveau, ce n'est pas une insulte, c'est permettre de mettre des moyens plus adaptés pour remonter le niveau global.

  • Par Benvoyons - 23/05/2014 - 09:57 - Signaler un abus Mais il a tout dit mr Duriot. En effet pour aller vers le haut

    il faut travailler le bas. Ne faudrait -il pas deux réunions en début d'année scolaire, avec les parents sans les enfants, pour établir, caler, avec eux la philosophie pour apprendre et le but commun, professeur, parents, avec les notes et commentaires. Merde encore du travail!

  • Par zebu92 - 23/05/2014 - 11:50 - Signaler un abus La note, s'il vous plaît !

    Derrière la pensée édifiante du ministre se profile les fondements du socialisme poussiéreux; la note serait l'émanation de la bourgeoisie classificatrice qui classe, déclasse et surclasse selon ses critères à elle. Mais, comme elle est exsangue, abattue, presque à terre, émettant encore quelques râles cependant, il faut intensifier les efforts qui vont dans le bon sens ( ou snes ) unique; que l'école soit inodore, indolore et pleine de chants et d'activités, mais qu'on supprime une bonne foi la culpabilité enfantine et l'angoisse paralysante ! Parce que tout retard est rattrapable, paraît-il. Le cerveau est si malléable... On se leurre longtemps, on s'imagine des capacités qui flattent l'égo, moyennant quoi des étudiants apprennent en 1ere année universitaire qu'ils ont du retard, comme le disent les dames avouant à leur mari qu'un heureux événement s'approche.

  • Par LouisArmandCremet - 23/05/2014 - 12:56 - Signaler un abus Pour rappel...

    pour rappel, quand les coureurs s'alignent sur la ligne de départ d'une coure, à l'arrivée, il y aura forcément un premier et un dernier. Dans la vie c'est pareil : quand plusieurs personnes occupent des postes équivalents à un instant T, elles n'auront pas es mêmes augmentations ni les mêmes promotions et pas à la même vitesse. C'est parce qu'elles ont des compétences différentes et des niveaux différents. On n'y peut rien, c'est comme ça ! Il n'y a que l'administration pour essayer de ne promouvoir les gens qu'à "l'ancienneté" plutôt qu'au mérite, et avec le succès qu'on connaît... On ne part pas tous avec les mêmes chances, c'est sûr et on ne pourra jamais y arriver (à part en plaçant à l'âge de 1 an tous les enfants dans des orphelinats organisé apr le gouvernement, une sorte de super-système communiste). On peut essayer d'atténuer en aidant ceux qui n'ont pas de chancves mais pas en niant les différences de niveaux. "Mais vous savez, la vie n'est pas forcément juste" disait mon prof de physique de prépa, qui n'hésitait pas à mettre 5 de moyenne aux devoirs, en notant séverement mais tout le monde rigoureusement pareil, à l'oral comme à l'écrit !

  • Par Grwfsywash - 23/05/2014 - 14:45 - Signaler un abus Hamon se trompe de lutte des classes.

    L'idéologue-ministre se trompe de lutte des classes. Il fut ébloui par Gramsci et en perdit la vue. Dans ce Muppet Show gouvernemental, il la grenouille de bénitier de l'orthodoxie de gauche.

  • Par Léocadie - 23/05/2014 - 21:06 - Signaler un abus Destruction de l'école publique

    Les notes apprennent à l'enfant-roi l'humilité et lui montrent que dans la vie, il faut travailler pour réussir. La gauche est en train d'anéantir l'école publique en tirant le niveau vers le bas. Désormais les enfants de milieu défavorisé ne peuvent plus accéder à des études supérieures. L'école ne leur fournit plus les moyens de réussir car l'instruction qu'on devrait leur donner est remplacée par le vide. Les élèves qui ne bénéficient pas de l'aide de leurs parents sont voués à l'échec. Pourquoi ? Parce que l'école primaire ne transmet pas les fondamentaux aux élèves. Cette école primaire est parasitée par les dogmes de la pédagogie moderne de gauche qui entraînent un échec scolaire massif. Adieu Albert Camus. Etre pauvre maintenant, c'est être condamné à l'ignorance. L'éducation nationale ne permet plus de s'extraire de sa condition. Un professeur de collège atterré.

  • Par vangog - 25/05/2014 - 01:52 - Signaler un abus Tout petit, il a du être traumatisé par de mauvaises

    notes infligées par de vilains anti-sociaux non convertis au gauchisme, Hamon le fielleux... Alors, comme tout bon gauchiste qui se respecte et qui a conquis tous les pouvoirs, il se venge!

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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