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La Polynésie française, un territoire colonisé : pourquoi Oscar Temaru est hors-sujet

Le président de la Polynésie française a déposé une demande le 28 février à l'ONU pour que l'île soit listée parmi les "territoires à décoloniser". La France a-t-elle encore des colonies ?

A l'ouest

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La France ne se réduit pas à l’hexagone. Elle possède, en toute souveraineté, des territoires ultra-marins. Quel est leur statut ? Si l’on s’en tient à une définition sommaire telle que, la colonie est un : «Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l'administre et le maintient dans un état de dépendance», on pourrait dire, au terme d’une lecture simpliste, que notre pays dispose encore de colonies. C’est la thèse du mouvement dit des "Indigènes de la République", né en 2005, qui mobilise les catégories du passé colonial de la France en affirmant que les «discriminations qui affectent différentes couches de la population sont la redondance de l'injustice et des inégalités coloniales : «La France reste un État colonial», disent-ils.

Mais la réalité d’une colonie n’est pas réductible à son éloignement géographique d’une métropole. C’est un ensemble de traits qui la définissent : histoire d’une conquête plus ou moins violente, diversité des implantations de populations européennes (quasi nulle pour l’Afrique) infériorité de statut politique et civil de ses habitants «indigènes» excluant la citoyenneté de plein droit qui règne en métropole, exploitation unilatérale des ressources de ces pays, stigmatisation culturelle – et encore celle-ci ne fut que marginale : les peuples colonisés ont conservé leur leurs langues et leurs religions… !
 
Sans compter ce que la colonisation a apporté de bénéfique telle la construction d’infrastructures qui n’étaient pas seulement liées aux intérêts économiques des colonisateurs, la mise en place d’organisme sanitaires et scolaires qui n’ont, certes, pas profité à tous, mais à un bon nombre «d’indigènes» sans contrepartie.
 
Quant aux effets politiques, il faut compter avec les dénouements contradictoires : «La colonisation a été ambivalente dans ses effets. D'un côté, elle a détruit le vieux monde, au détriment de l'équilibre social et culturel et de la dignité des populations. D'un autre coté, elle a été à l'origine des acquis qui ont créé la modernité algérienne. (...) On peut même dire, sans risque de se tromper, que la colonisation a été le cadre d'une initiation à ce qui est une société civile, même si cet apprentissage s'est fait malgré elle et s'est heurté à une culture coloniale, d'essence raciste», note l’historien algérien Mohammed Harbi.
 
Quant aux bénéfices économiques, le bilan a été établi par des historiens tels que Jacques Marseille (Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, 1984) ou Daniel Lefeuvre (Chère Algérie, 1930-1962, éd.1999). Et il ne penche pas en faveur d’un pillage unilatéral, au contraire.

Personne aujourd’hui, dans les territoires français d’outre-mer ne correspond aux statut déprécié qui était celui des sujets de l’empire colonial français avant 1962 et même avant 1946 (départementalisation).
 
Les possessions ultra-marines de la France sont quatre DROM, soit départements et régions d’outre-mer : Guadeloupe, Martinique conquises toutes deux au XVIIe siècle et où la traite fut abolie en 1831 puis l’esclavage en 1848), Guyane (XVIIe siècle, échec de la colonisation foncière ; aujourd’hui devenue stratégique avec la base de lancement de Kourou), la Réunion (XVIIe siècle, cultures commerciales puis monoculture de la canne à sucre). Mayotte est devenu le 31 mars 2011 officiellement le cent-unième département de France et son cinquième département d’Outre-mer.
 
Ses habitants sont des citoyens français de plein droit. Ils participent à toutes les élections françaises à égalité de droit. Quant il y des troubles à l’ordre public, ils sont réprimés selon la loi, comme en métropole. La majorité de leurs habitants souhaitent rester Français. Qu’on me cite des «colonisés» désirant déserter leur statut de colonisés… Il y en a certes mais qui sont ultra minoritaires. On dira que les autres privilégient les intérêts matériels de l’appartenance à la France. Et alors ? Qui ne désire vivre mieux que ceux qui les ont précédés ? Tout en conservant la dignité de citoyen que leur offre la république française.
 
L’intérêt économique n’est pas négligeable, avec les 11 millions de ZEE (zone économique exclusive, maritime), avec le tourisme, et avec les flux de marchandises en provenance de la France. Mais il n’y a pas d’extorsion de richesses comme dans l’image, parfois simpliste, qu’on se fait d’une colonie.
 
Seule la Nouvelle-Calédonie dispose de ressources minières qui la place comme troisième producteur mondial de nickel.
 
Tous ces territoires, auxquels il faudrait ajouter Saint-Pierre-et Miquelon, Wallis et Futuna, Mayotte, la Terre Adélie, les Iles Australes et Clipperton (propriété de l’État), sont administrés par des institutions qui sont, selon les cas, des conseils régions, des conseils départementaux. La Nouvelle-Calédonie est une «collectivité spécifique» au statut provisoire devant former un «pays d’outre-mer» après un référendum en 2014.
Mais l’ensemble de ces ex-colonies ne sont pas des néo-colonies. La Constitution (article 73) prévoit que le régime de l’identité législative s’y applique de plein droit. Quant à l’article 74, il précise les statuts particuliers pouvant affecter tel ou tel territoire.
 
On aurait pu évoquer les relations de la France avec ses anciennes colonies devenues indépendantes, notamment en Afrique, et critiquer les turpitudes de la «Françafrique». Il ne s’agit pourtant pas d’un rapport colonial. Ces États, pour la plupart, ont raté leur «développement» mais la responsabilité première en incombe aux élites prédatrices et corrompues en place. 
 
Commentaires

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  • Par MONEO98 - 01/03/2013 - 15:43 - Signaler un abus moyen simple de trancher la question

    posez la question suivante aux français métropole comprise par référendum voulez vous que ................ reste française ou alors posez la question aux seuls autochtones d'origine ;voulez vous rester français? ce n'est pas à vous de décider pour les autres

  • Par Le gorille - 02/03/2013 - 04:51 - Signaler un abus Michel Renard : hors sujet !

    Tahiti est Tahiti, et ne doit pas être comparée aux Antilles. Son alter ego est la Nouvelle-Calédonie inscrite sur la liste des pays à décoloniser. Oscar Temaru veut revenir à ce qui existait avant la Bombe. L'auteur de l'article est donc hors sujet. L'Indépendance n'est pas un fruit immédiat d'une éventuelle réinscription. Parmi les fruits potentiels, on peut citer un statut renégocié de la ZEE, le refus de certaines lois de société (mariage pour tous), des relations moins conflictuelles avec la métropole car un tiers peut intervenir... Il faut commencer par raison garder, et éviter de s’emporter, tel l’auteur dans son article. Et parler de « bienfaits » de la colonisation... ! Ces « bienfaits » ont un sacré coût humain ! Et les Tahitiens ont été les premiers à répondre à l'appel du Général en 1940 .... Ceci dit, une telle démarche est très désagréable pour l’orgueil de la France, c’est vrai.

  • Par Jay-P. - 02/03/2013 - 06:53 - Signaler un abus Monsieur Renard, si vous permettez une correction

    Vous ecrivez: "..., ont raté leur «développement» " Ah oui? Dites cela a l'Indochine et regardez ensuite votre état actuel en Europe. C'est un mensonge aussi grave que de dire que la France est le pays des droits de l'homme. Vous oubliez "sur quel tas" le coq se trouve quand vous faites son cocorico. JP

  • Par pemmore - 02/03/2013 - 11:02 - Signaler un abus L'île de la Réunion n'est pas une colonie car ilôt désert,

    à l'arrivée des Européens, elle est plus Française même que la corse, mais, car il y a un mais!quand vous arrivez à l'aéroport de Gillot près de st Denis accueilli par une haie de douaniers soupconneux, la vous vous rendez-compte que le vice colonisateur de l'état français est toujours bien en place et que j'ai vraiement honte de mon pays en voyant ça, c'est extrèmement déprimant moi qui ai applaudi De Gaulle à 2 mains en 1962. Tout ça pour faire payer une taxe injuste appelée octroi de mer, ensuite on se rend compte des salaires des fonctionnaires métropolitains différents (il leur manque un euro cfa à ces gros ?). Heureusement qu'on n'a pas ça chez-nous, imaginez-vous passer une douane à la gravelle la frontière du pays de la loire en Bretagne et voir les fonctionnaires Franciliens de Rennes payés moîtié plus! Oui J'ai honte de mon pays dans les dom. Dans les tom faut leur donner leur indépendance s'ils le souhaitent. Quand aux com rien à dire, ils ont une régionalisation que nous leur envions tous et qu'il faudrait généraliser.

  • Par Michel Renard2 - 03/03/2013 - 22:10 - Signaler un abus réponses diverses

    1) Oui "penmore, l'île de la Réunion était quasiment déserte à l'arrivée des Français, visitée depuis plusieurs siècles mais jamais peuplée. 2) "Jay-P", désolé mais je ne vois pas le développement dans les États de l'ex-Indochine française : Vietnam, Laos, Cambodge... 3) Oui, "Le Gorille, Tahiti n'est pas comparable aux Antilles. Dans les Caraïbes, personne ne parle sérieusement et avec quelque audience de se détacher de la France. À Tahiti, la proposition d'Oscar Temaru est d'ailleurs contestée par une partie des indépendantistes. Je ne vois pas en quoi je m'emporte. Mentionner les bienfaits de la colonisation ne veut pas dire qu'ils sont les seuls effets de la colonisation (processus violent et domination d'une "population indigène") mais que le bilan n'est pas la légende noire qu'un certain anticolonialisme primaire voudrait perpétuer malgré les avancées de la recherche historique. 4) On m'avait demandé de répondre à une question générale : "la France est-elle encore un État colonial ?". J'ai répondu non, mais le court temps imparti pour répondre m'a empêché de développer plus en détail, notamment sur la Polynésie. Michel Renard blog Études Coloniales

  • Par Le gorille - 04/03/2013 - 08:36 - Signaler un abus Etat colonial ? Ptêt ben qu'oui, p'têt ben que non

    Je ne m'attendais pas à une réponse de votre part, Michel Renard. Merci. J'ai trouvé votre rédaction plus "colérique" que "objective" et "raisonnée". Dire que la France n'est pas coloniale, vous avez certainement raison en Droit, mais pas nécessairement dans le "vécu" dans ces territoires, qui soulignent, et ce jusqu'au plus haut niveau politique, des attitudes de mépris récurrentes de la part de plusieurs membres de la classe politique métropolitaine. Parfois, il s'agit d'un simple manque de tact, faute de bien connaître les personnes, parfois c'est brutal. Il est en tout cas nettement plus ressenti que dans le clivage Paris-Province. Il existe en Polynésie français des attitudes franchement déplorables de la part de "parachutés", sanctionnées sur place par les personnes froissées. J'ai signalé le "statut" de la ZEE : c'est un sujet devenu sensible (un peu chimérique tout de même) en raison des concrétions métalliques à grandes profondeurs, mais pas seulement. En cas de discussion conflictuelle Etat-Pays, le fait que le Pays aura été inscrit sur la fameuse liste pourrait remettre de la sérénité.... Dire "Oscar Temaru hors sujet" me semble alors pour le moins peu nuancé !

  • Par Le gorille - 04/03/2013 - 08:55 - Signaler un abus Les "Bienfaits"

    Michel Renard, je vous répond sur les "bienfaits" de la colonisation. Ce qui me heurte, c'est l'approche de ce sujet, particulièrement délicat. En Polynésie, la vie dans les Îles peut être strictement impossible pour un métropolitain, et pourtant un Polynésien y survit et y fait des miracles. Le heurt entre deux civilisations, et ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, crée de graves souffrances. L'un dit c'est "bien". Mais qu'en pense l'autre ? Ceci dit, localement, j'entends : "Indépendance ? Non ! Je ne veux pas remonter au cocotier, et revenir au tapa..." Donc, il y a bien aussi reconnaissance de l'apport colonial. Il reste la discussion... honnête. Bien difficile tellement les interlocuteurs peuvent être arc-boutés sur leurs "certitudes"...

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Michel Renard

Michel Renard est  professeur d’histoire. Il est co-auteur, avec Daniel Lefeuvre, de Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? et animateur du site Études Coloniales.

 

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