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Pays-Bas : derrière le soulagement démocratique, a-t-on bien vu les recettes employées par le Premier ministre libéral pour stopper le populisme d’extrême droite ?

Le parti de Geert Wilders a finalement été battu lors des élections législatives, notamment grâce au repositionnement politique de son adversaire.

Défaite de Geert Wilders

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Pays-Bas : derrière le soulagement démocratique, a-t-on bien vu les recettes employées par le Premier ministre libéral pour stopper le populisme d’extrême droite ?

La victoire du VVD du libéral Mark Rutte aux législatives des Pays-Bas sont principalement présentées comme une victoire contre le Parti de la Liberté de Geert Wilders. Mais pour l'emporter, Mark Rutte a choisi de faire une politique plus à droite qu'à l'accoutumée. Peut-on dès lors parler véritablement de défaite du populisme ou de mutation de la droite hollandaise ?

Florent Parmentier : Le résultat des élections législatives hollandaises a effectivement donné un score moins important qu'attendu à l'extrême-droite, au profit du candidat libéral de centre-droit Mark Rutte, qui a été durant cette campagne sur des positions plus droitière que traditionnellement. Cela s'est traduit notamment au moment d'adresser une réponse de fermeté à la Turquie, quand le gouvernement de cette dernière a voulu organiser  un meeting à destination de la diaspora. Mark Rutte a également eu des mots durs à l’égard de son concurrent, en écrivant une lettre dans laquelle il lui conseillait de « quitter le pays, s’il le rejette aussi fondamentalement ».
Dans le même temps, l'extrême-droite de Geert Wilders a  tout de même gagné 5 sièges de députés, dans un contexte de très forte participation (81%). 
 
C'est ce résultat, après le Brexit ou l’élection de Trump, qui a conduit au constat d'une « droitisation » du système politique hollandais. Historiquement terre de tolérance, ayant accueilli par exemple de nombreux Français protestants, le pays avait été durablement marqué par le meurtre de Théo Van Gogh en 2006, ayant conduit à une montée de l'extrême-droite, d'abord sous la direction de Pim Fortuyn, puis sous celle de Geert Wilders. 
 
On peut toutefois discuter du contenu de cette “droitisation”, dans la mesure où les concepts de droite et de gauche ne renvoient pas à des idées intangibles et universelles, mais à des coalitions politiques et à des jeux d'acteurs. Dès lors, on pourrait également faire le constat que cette droitisation constatée s'accompagne en réalité d’une gauchisation, pour un certain nombre de partis d'extrême-droite, du programme économique. Le programme du FN, très libéral au milieu des années 1980 n’est aujourd'hui plus du tout de mise. Ce type de partis tend de répondre à la fois à une insécurité culturelle liée à une évolution des modes de vie, ainsi qu’à une insécurité économique liée aux effets de la mondialisation. 
 
Dans le même temps, il ne faut pas perdre de  vue que les écologistes hollandais ont réalisé une progression de 10 sièges,  ce qui est en fait une percée plus importante que celle de l'extrême-droite. 
 

La droitisation des partis de centre-droit touche-t-elle tous les partis de centre-droit traditionnels en Europe ? Qu'est-ce que cela dit de leur évolution ?

Avec le recul des partis sociaux-démocrates, pourtant dominant en Europe dans les années 1990, on a insisté dans plusieurs pays à de nouveaux clivages entre des conservateurs et des libéraux. C'est particulièrement le cas en ce qui concerne le système politique polonais, où à la suite du président Kwasniewski, se font face des conservateurs (PiS) et des libéraux (PO). 
 
Le premier Ministre hongrois Viktor Orban est probablement l'un des exemples les plus parlants de ces évolutions : le diplômé d'Oxford acquis au libéralisme s’est mu est en tête de pont d’une pensée nationaliste et conservatrice au sein de l'Europe centrale. Dans d'autres pays centre-européens toutefois,  les partis de centre-droit ont laissé place à des partis de gauche  qui partagent eux-mêmes une forme d'hostilité au libéralisme, économique comme culturel. 
 
Cette évolution constatée montre qu'on est passé d'un antilibéralisme venu de la gauche dans les années 1990 et 2000, à une pensée de droite  résolument post-libérale. Cette vision plus conservatrice de monde est incontestablement liée au fait que l'âge moyen des Européens est l'un des plus élevé au monde, ce qui produit des effets électoralement. 
 

Sur quels thèmes se fonde généralement cette droitisation en Europe? La question des migrants, l'opposition à l'Islam, le conservatisme, l'ultra-libéralisme ?

La droitisation relève effectivement de plusieurs logiques, qui se renforcent : l'opposition aux migrants (sauf éventuellement aux chrétiens d'Orient), la peur des changements de mode de vie lier à l'émergence d'un islamisme militant, et les valeurs liées au conservatisme social (à l’heure pourtant où un certain nombre de ces pays ont adopté le mariage pour deux personnes de même sexe) en constituent le ciment. L'ultralibéralisme  ne va quant à lui pas nécessairement de pair avec le populisme : dans les États à forte tradition marchande comme les Pays-Bas, cela peut-être le cas, mais pas forcément dans les pays à plus forte tradition étatiste comme la France. 
 
On trouve également au cœur de l'idée de droitisation une remise en cause des fondements de l'État de droit, fondement d’un ordre libéral politiquement. Comme j'avais pu le montrer dans mon précédent ouvrage (Les chemins de l'État de droit,  Presses de Sciences-Po,  2014), se revendiquer du peuple pour contourner l’Etat de droit devient un mouvement politiquement accepté par une partie des citoyens. Or, l’Etat de droit est apparu historiquement comme un moyen d’échapper à l’arbitraire, par le biais de corps intermédiaires permettant de garantir un haut niveau de liberté et de justice. La modération propre au centre-droit faisait au contraire de la valorisation de l’Etat de droit l’une des vertus cardinales du système politique libéral.
 
 
 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 17/03/2017 - 09:19 - Signaler un abus L'Etat de droit est miné par son oligarchie

    Et ceci favorise la thèse du "peuple contre les élites" alias "populisme. En 1789 le populisme a renversé un régime d'oligarchie.

  • Par Totor Furibard - 17/03/2017 - 11:03 - Signaler un abus Confus !

    Cet article est confus: on ne voit pas très bien ou l'auteur veut en venir, surtout dans les explications données. La tactiques des partis de droite a toujours été d'incorporer suffisamment d'éléments "traditionnels" des partis dits d'extrême droite (préférence nationale, sécurité, contrôle des frontières, souverainisme) pour récupérer suffisamment de cet électorat qui n'a pourtant rien à voir avec leur idéologie: celle de la droite moderne qui est finalement de privilégier la rémunération du capital sur celle du travail et le court-terme le plus rémunérateur sur la gestion des ressources communes sur le long terme. Leurs plus gros problème est que certains partis d'extrême droite apportent des solutions économiques "de gauche" car pour se recentrer sur l’intérêt du peuple (ce que certains appellent dédaigneusement "populisme"), il faut bien aussi redistribuer quelques cartes: et ça c'est nouveau ! Par contre on peut douter légitiment qu'ils le feraient vraiment si ils étaient au pouvoir !

  • Par J'accuse - 17/03/2017 - 11:31 - Signaler un abus Pourquoi le peuple voudrait-il moins de démocratie ?

    Les corps intermédiaires ne permettent pas aux citoyens d'échapper à l'arbitraire, mais constituent une nouvelle caste aristocratique qui usurpe le pouvoir, et utilise l'État de droit pour soumettre le peuple. Ces aristos utilisent le mot "démocratie" pour faire croire que le peuple détient le pouvoir, et parlent de "populisme" quand il s'agit vraiment de le lui donner.

  • Par Galadriel - 17/03/2017 - 11:40 - Signaler un abus Galadriel

    L'état de droit, utile en son temps, sclérosé par les technostructures, ne peut plus assurer sa mission et surtout ne sait plus quoi faire pour redresser la situation économique du pays. Aucune solution est parfaite mais promettre la redistribution de ce qui n'existe pas est irresponsable.

  • Par Cervières - 17/03/2017 - 11:41 - Signaler un abus Ah l'Ultra-libéralisme!!

    Dit Florent, dessine-moi une Ultra-liberté, qu'on rigole un peu...

  • Par J'accuse - 17/03/2017 - 11:49 - Signaler un abus Sclérose latérale politico-atrophique

    Toujours ce même raisonnement des "élites", qui veut que la démocratie soit de gauche, et que le populisme (porte d'entrée supposée dans la dictature) soit qualifiée d'extrême-droite. Les pires dictatures que le monde a connues (Hitler, Lénine, Staline, Mao, Pol Pot) étaient toutes de gauche, et si les fascistes (d'obédience socialiste, aussi bien en Allemagne qu'en Italie) se disaient nationalistes, cela ne veut pas dire que tout nationalisme est fasciste, bien au contraire.

  • Par lafronde - 17/03/2017 - 12:41 - Signaler un abus Etat de Droit et Droit progressiste.

    Tant que le Droit positif détaillait les droits-libertés et le droit de la Propriété, l'Etat de Droit était souhaitable. Mais depuis l'Union européenne et sa CEDH, son Droit est devenu progressiste, et consiste à additionner des croits-créances, et légitimer des politiques publiques constructivistes : vivre-ensemble et mixité sociale (ethnique) obligatoire, fin de la liberté d'association au profit de l'indifférenciation obligatoire (anti-discrimination en novlangue). Bref le Droit progressiste abîme le Droit libéral (lire les droits de l'Homme contre le Peuple du Pr JL Harouel). Dans ce cas l'Etat de Droit n'est plus une garantie de Liberté, le recours à la Démocratie donne plus d'espoir. Justement il y a des élections. Voterez-vous selon le PNF, le CSA ou pour l'Opposition sans radio ni TV ?

  • Par Mario - 17/03/2017 - 12:45 - Signaler un abus définissez moi d'abord Etat

    définissez moi d'abord Etat de droit. N'y a t 'il pas un état de droit en arabie saoudite, en chine.... Éclairez moi!

  • Par vangog - 17/03/2017 - 12:52 - Signaler un abus "État de droit socialiste"??????

    C'est exactement comme lorsque les dictatures socialistes s'intitulaient "démocraties"...un bel enfumage pour ménagère-Cougars de cinquante ans!

  • Par Rosalain 44 - 17/03/2017 - 13:58 - Signaler un abus Le peuplle veut avant tout "LA LIBERTE"

    Les femmes et les hommes libres se moquent biens de savoir si ceux qui les représentent sont de gauche ou de droite. La dictature a plusieurs visages, actuellement elle aurait plutôt une tendance gauchisante, plutôt dictat de la pensée par des gauchos-bobos, pseudo-intellectuels. De ceux qui pensent à la place de ce pauvre peuple décérébré et qui se présentent comme les bienfaiteurs de l'humanité en se goinfrant d'argent public soutiré à ceux qui travaillent, eux. Il n'y a pas plus intolérant que ces gens qui se prennent pour "Jésus" et qui sont capables des pires exactions, se déclarant investis, donc absous. (n'aurait il pas dit "faites ce que je dit, pas ce que je fais). L'histoire nous rappellera qu'a ce jeu, la droite et la gauche sont à égalité parfaite et que ceux qui vous diront le contraire, font sans doute partie d'un de ces clans qui a des intérêts personnels à protéger.

  • Par lasenorita - 17/03/2017 - 14:18 - Signaler un abus Le ''populisme''

    Moi, j'appellerai çà :le ''nationalisme''..et les militants de ces partis ne sont pas ''d'extrême droite''...ils sont opposés aux gauchistes qui favorisent les étrangers au détriment des autochtones!...Beaucoup d'Européens en ont RAS-LE-BOL de cette invasion de Barbares, dans leur pays, de ces BARBARES à qui on donne les sous des contribuables...ces Barbares qui tuent, volent, violent et qui veulent nous imposer leurs coutumes et leur religion qui datent du 7ième siècle! Des milices populaires se forment en Allemagne, en Espagne, en Slovaquie, en République tchèque voir http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Une-armee-populaire-contre-la-crise-migratoire...Si j'étais plus jeune..je m'engagerais dans l'une de ces milices...pour chasser hors de France les Sarrazins!..

  • Par Vipas - 17/03/2017 - 16:34 - Signaler un abus Pragmatisme et communication

    Les Hollandais sont des marchands comme le fait remarquer cet article, et aussi des pragmatiques, ni idéologues ni sectaires. "les concepts de droite et de gauche ne renvoient pas à des idées intangibles et universelles, mais à des coalitions politiques et à des jeux d'acteurs. Dès lors, on pourrait également faire le constat que cette droitisation constatée s'accompagne en réalité d’une gauchisation, pour un certain nombre de partis d'extrême-droite, du programme économique. Le programme du FN, très libéral au milieu des années 1980 n’est aujourd'hui plus du tout de mise." De plus les "élites" hollandaise (le centre gauche et droit) n'étant pas aveuglées par les idéologies semble mieux entendre les messages de l'opinion et infléchir leur politique en conséquence - quite à prendre des couleurs extrêmes aux yeux des moralistes. Après tout la démocratie n'est elle pas comme le volant d'une voiture qui doit pouvoir tourner à gauche comme à droite en fonction du paysage de manière à ne pas entrer dans le décors ...

  • Par toupoilu - 17/03/2017 - 18:57 - Signaler un abus Je me demande si la faible (c'est relatif) performance

    De Geert Wilders, n'est pas du au fait que justement, l'identitaire ne suffit pas. Il y avait une dimension économique chez Trump ou le Brexit, guère chez le hollandais. C'est le mélange des deux qui fait probablement la force actuelle de Marine Le Pen.

  • Par hmrmon - 18/03/2017 - 04:30 - Signaler un abus hmr

    Et si c'était nous qui allions demander refuge dans les pays musulmans et une fois sur place demandions des lieux de culte, des tribunaux spéciaux, le droit de déambuler en short, les femmes en mini jupe, cheveux au vent,, des droits pour nos gais, etc... L'accueil serait-il aussi chaud que celui que nous réservons aux Musulmans et à leurs demandes? On peut sérieusement en douter! Oui, mais eux, ne veulent pas, comme nous, passer pour des modèles de vertus!

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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