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Paris et les rebelles français : les élus des territoires sont-ils la seule opposition capable de bloquer le quinquennat Macron ?

La conférence nationale des territoires s'est tenu jeudi 12 juillet 2018 à Paris. Trois associations ne se sont pas présentées au rendez-vous (régions, départements et maires de France). Révélation d'une rupture entre l'exécutif et les collectivités.

Collectivités locales

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Paris et les rebelles français : les élus des territoires sont-ils la seule opposition capable de bloquer le quinquennat Macron ?

 Crédit Thibault Camus / POOL / AFP

Atlantico : Cette fronde des pouvoirs locaux pourrait-elle incarner une réelle opposition à Emmanuel Macron ? Dans un contexte politique qui est marqué par la faiblesse de l'opposition, ce rôle pourrait-il être, en partie au moins, être incarné par les élus locaux ? 

Jean Petaux : Le contentieux entre l’Etat (de fait « le pouvoir exécutif ») et les collectivités locales ne date pas simplement de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, le 14 mai 2017. Il est bien plus ancien que cela. Sans remonter aux premiers débats sur la décentralisation, à partir de 1982, qui portaient sur la question du transfert des charges qui incombaient jusqu’alors au pouvoir central, à l’Etat, vers les collectivités territoriales dont l’article 72 de la Constitution reconnait depuis 2003 (réforme Raffarin) le principe de la libre administration, on peut évoquer les deux présidences de la République, celle de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande, qui, toutes les deux, pour des motifs différents ont vu les associations d’élus locaux et territoriaux manifester leurs courroux à l’égard d’un Etat pratiquement le double étranglement des collectivités locales : de plus en plus de charges transférées, éventuellement compensées par des aides directes la première année (et encore…) et jamais actualisées au fur et à mesure que le temps avance et de moins en moins de marges de manœuvre laissées aux collectivités en guise de recherche de ressources propres ou en matière de fiscalité autonome.

En 2004, l’ARF (l’Association des Régions de France), majoritairement PS et en 2010 presqu’unanimement PS puisqu’une seule région (l’Alsace) est dirigée par un président UMP, apparait clairement comme opposante au pouvoir central alors incarné par Jean-Pierre Raffarin en 2004 mais surtout par Dominique de Villepin entre 2005 et 2007, jamais élu, et qui passe comme un premier ministre très hostiles aux « féodalités locales ». Avec Sarkozy et Hollande on aurait pu penser que, compte tenu de leur histoire politique personnelle (maires et/ou présidents de conseils généraux) ils allaient retrouver les voies d’un dialogue (même « compétitif » ou « musclé ») avec les collectivités locales. Las… il n’en a rien été. Avec son invention du « conseiller territorial » (tout à la fois conseiller départemental et régional : loi du 16 décembre 2010), Nicolas Sarkozy a réussi l’exploit de se mettre à dos les élus (de gauche – rien de surprenant – et de droite – ce le fut davantage -) issus des deux types d’institutions : le département et la région. Quant à François Hollande, son fameux « dessein » des territoires s’est révélé plus confus que rationalisé, plus centralisateur d’ailleurs que décentralisateur, créant par exemple des « méga-régions » au sein desquels les départements, coincés entre les grosses intercommunalités et les nouvelles régions, n’ont plus rien ni à espérer ni à proposer.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 13/07/2018 - 10:01 - Signaler un abus Comment disserter sur du vide?...

    Macrouille/Pétaux même combat!...

  • Par Citoyen-libre - 13/07/2018 - 10:45 - Signaler un abus Les féodalités locales

    On nous bassine avec ça, les français n'aiment pas les réformes, ils ne veulent pas se réformer, bla, bla. La réalité a deux visages : 1) les français sont des moutons, parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils avalent tout, ils encaissent tout. 2) On voit bien là, que ceux qui sont opposés à tout changement, qui négocient leur clientélisme, qui se battent pour leur privilèges, qui se "prostituent" presque pour leur statut de seigneurs locaux, ce sont tous les élus de ce pays. Toute la France tourne autour de ce petit monde, presque inutile, à part peut-être le gestionnaire de la Cité. Personnellement, je ne connais, ni mon député, ni mon conseiller général, et tout juste le Maire du village. Ils m'indiffèrent totalement. Je ne demande rien et n'attend rien de ces gens là. Mais Jupiter va devoir (comme les autres) composer avec toute cette clique. C'est son clientélisme personnel. Et ils savent se rappeler au bon souvenir du roi. Tout le problème de ce pays se retrouve dans cette perversité : un peuple au service de ses politiques, et non l'inverse. Une dictature démocratique, en quelque sorte.

  • Par Podoclaste - 13/07/2018 - 13:40 - Signaler un abus Se tirer dans le pied

    Article de fond bien fait. Perle : un dialogue "constrictif" (lapsus pour constructif je suppose). Deferre et Rocard avaient fait leurs comptes en 1982-83 et la décentralisation permettait de lâcher du lest en termes de budget (on ne parlait pas encore de dette). Le problème c'est que si l'Etat ne verse plus rien aux régions/départements/communes (ce que le non-cumul des mandats permet puisque du coup les lois peuvent être votées par les parlementaires contre les élus locaux sans scier la branche...), alors il n'y aura plus d'autre moyen de réduire le train de vie de l'Etat que de tailler dans le gras du mammouth. Ou comment se tirer dans le pied en se mettant soi-même au pied du mur (en costard à deux plaques sans aucune idée de ce qu'est une truelle).

  • Par kelenborn - 13/07/2018 - 14:44 - Signaler un abus Ah ben ça Vangode

    Pour une fois d'accord: d'abord choisir entre la peste étatique et ses prégets vestiges du pouvoir napoléonien et auxilliaires de l'occupant pendant la guerre et le choléra des collectivités qui ont multiplié les dépenses par clientèlisme ou bêtise (un euro dépensé est un euro utile- disait l'hégérie de la bravitude), NON MERCI !!! Le référendum d'initiative populaire ou le système suisse qui permet de retoquer une loi et pourquoi pas une décision d'une collectivité! Et, au passage, Mr Petaux, quand on affirme que les élus locaux ne peuvent pas bloquer le pouvoir de l'Etat, que se passerait il si les assemblées et les exécutifs locaux démissionnaient tous? Vous imaginez que c'est le préfet qui ferait le boulot avec ses quelques fonctionnaires idiots ?

  • Par kelenborn - 13/07/2018 - 14:45 - Signaler un abus PAR AILLEURS

    Bravo à ceux qui ont transcrit le texte! Avant c'était niveau BEP, maintenant c'est BEP+ gros rouge!

  • Par Vincennes - 13/07/2018 - 23:44 - Signaler un abus MACRON et PHILIPPE préparent, déja les élections en achetant les

    Maires "COM PTATIBLES"...... qui vont devoir signer une charte afin de montrer ""patte blanche" pour la suite!!!……. mais aussi, tous les autres MAIRES grâce auxquels la soit disant, conférence nationale des territoires s'est transformée en simple COLLOQUE "faute de combattants" …... afin de montrer l'énorme malaise : 22. OOO communes en difficultés .....1097 classes qui vont fermer dans les écoles rurales …... 5 milliards d'€ de suppressions fiscales pour les + fortunés MAIS 9 milliards d'€ d'impôts crées pour les classes moyennes ! Le "MOI" semble être de SEUL TERRITOIRE dont MACRON aime se préoccuper avec des journaleux complices comme TOUSSAINT qui a fait venir, ce soir, des journalistes de BFMTV pour nous raconter un "belle histoire" à dormir debout …….pas mieux sur Public Sénat, (désormais "tenu" par le copain du Président)……. assez muet sur le sujet!!! drôle de service public !!!!! on se promet de beaux jours bien verrouillés !!!

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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Didier Maus

Didier Maus est professeur à l'université Paul Cézanne Aix-Marseille

Il est l'auteur de nombreux ouvrages de droit constitutionnel.

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