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Organisation de Coopération
de Shanghaï : vers un axe Russie/Eurasie contre l'Occident ?

La priorité de Vladimir Poutine n'est pas la création d'un véritable partenariat avec les Occidentaux mais plutôt celle d'un axe Russie-Eurasie, les yeux tournés vers le « monde des émergents ».

Diplomatie

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Réuni à Pékin, les 7-8 juin 2012, le sommet de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï) permet aux dirigeants russes et chinois d’afficher leurs convergences. Ce n’est pas seulement une mise en scène. Vladimir Poutine a d’autres priorités qu’un véritable partenariat d’ensemble avec les Occidentaux. Il entend donner forme à une sorte de Russie-Eurasie et se tourner vers le « monde des émergents ».

Si Vladimir Poutine a pu décliner l’invitation au G8 de Washington ainsi qu’au sommet euro-atlantique de Chicago, les 18 et 19 mai derniers, un tel comportement vis-à-vis de la Chine et des Etats de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï), était inconcevable.

De fait, le sommet de Pékin aura soigneusement mis en scène la relation spéciale entre les présidents russe et chinois. Il ne s’agit pas là d’un leurre destiné à rehausser la position russe dans la négociation d’un « grand marché » avec l’Occident. Poutine entend être le refondateur de la Russie définie comme une puissance eurasiatique et rassemblant autour d’elle l’ex-URSS. Plus largement, le partenariat sino-russe et la promotion de l’OCS comme forum de coopération et de sécurité visent à marginaliser les puissances occidentales en Haute-Asie, d’où l’importance qu’il faut accorder aux logiques qui sous-tendent l’événement.

La fondation de l’OCS

Une rapide mise en perspective s’impose. La fondation de l’OCS voici plus d’une décennie a pour préalable le resserrement des relations entre Moscou et Pékin dans l’après-Guerre froide, en contrepoint de l’hégémonie américano-occidentale. Au lendemain d’un sommet du G8 organisé à Moscou, Boris Eltsine se rend en Chine, du 24 au 26 avril 1996, pour y lancer un « partenariat stratégique » entre les deux pays. De nombreux accords sont alors signés concernant la mise en place d’un « téléphone rouge », des transferts de technologie nucléaire civile, l’exploitation des ressources énergétiques, la coopération militaro-industrielle et les échanges commerciaux. Depuis, les ventes d’armes russes à la Chine ont très fortement baissé mais la coopération énergétique s’est traduite par la construction d’un oléoduc reliant les gisements de Sibérie orientale à Daqing (les négociations relatives à la construction de gazoducs n’ont pas encore abouti à ce jour) et le commerce bilatéral s’est renforcé.

La recherche de synergies en Asie centrale est prolongée par la signature à Shanghaï, le 26 avril 1996, d’un traité de sécurité régionale liant aussi le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Le texte donne forme au « groupe de Shanghaï », un vague cénacle qui ne retient guère l’attention dans un premier temps. La coopération porte sur la négociation d’accords frontaliers entre les pays signataires (leurs frontières communes sont longues de 8000 km), la lutte contre l’extrémisme, le terrorisme et le séparatisme, le tout dans une optique de stabilité régionale alors que les Talibans prennent le pouvoir à Kaboul. Cette coopération ouvre ensuite sur la fondation de l’OCS, le 26 avril 2001. Le secrétariat de l’OCS est sis à Pékin et Tachkent, ancienne capitale du Turkestan russe, abrite une « structure anti-terroriste régionale ». Outre les pays susmentionnés, l’OCS accueille l’Ouzbékistan (2001). En 2004, la Mongolie obtient un statut d’observateur et, l’année suivante, l’Inde, le Pakistan et l’Iran  sont à leur tour conviés en tant qu’observateurs à l’OCS. C’est désormais le cas de l’Afghanistan.

Des objectifs multiples et opposés

La Russie et la Chine utilisent l’OCS pour promouvoir un discours « anti-hégémonique » contre les Etats-Unis et l’OTAN, engagés en Afghanistan depuis 2001 (opération Enduring Freedom) et disposant de bases en Ouzbékistan (base de Karshi-Khanaba), jusqu’en 2005 du moins, ainsi qu’au Kirghizstan (base de Manas). Pourtant, le jeu est autrement complexe. Schématiquement, la Russie cherche à utiliser l’OCS pour contrôler la poussée énergétique et commerciale de la Chine en Asie centrale tout en légitimant sa présence régionale en tant que puissance eurasiatique. La Chine entend quant à elle faire de l’OCS une « plate-forme » d’influence, renforcer ses réseaux bilatéraux en Asie centrale, accroître ses importations d’hydrocarbures en provenance de la Caspienne, promouvoir ses exportations de biens manufacturés et de services (ingénierie et BTP). Pour les pays d’Asie centrale, l’enjeu est de sortir du tête-à tête avec la Russie et de développer une diplomatie multivectorielle qui consolide leur indépendance, les capitaux chinois permettant par ailleur de financer les infrastructures qui font défaut.

Bien que des manœuvres militaires communes soient régulièrement organisées, l’OCS ne saurait être comparée à une alliance, moins encore à une sorte d’«OTAN eurasiatique ». Les Etats membres ne sont pas liés entre eux par une clause de défense mutuelle et les rivalités sont multiples, notamment en Asie centrale. Les dirigeants russes voudraient développer des liens militaires organiques entre l’OCS et l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective), ce qui renforcerait leur position propre. Ils promeuvent la candidature de l’Inde pour contrebalancer le poids de la Chine et s’opposent à la négociation d’une zone de libre-échange (la Russie privilégie la Communauté économique eurasiatique). Les dirigeants chinois veulent mettre en avant la dimension économique de l’OCS et ils ont une vision plus globale des enjeux (voir l’importance des relations sino-américaines au plan commercial et financier), bien au-delà de l’Eurasie à laquelle se réfère officiellement l’organisation de Shanghaï.

 
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  • Par JO94 - 09/06/2012 - 12:35 - Signaler un abus Bah bien l'OCS alors que les

    Bah bien l'OCS alors que les différents frontaliers en Asie entre le Viêt Nam, la Chine la Thaillande pour la mer de Chine, le Tibet objet d'un contentieux entre l'Inde et la Chine. La Chine aura aussi bientôt besoin de pétrole et ses voisins en possèdent... La propspective est un exercice difficile mais les motivations sont diverses

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie et chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

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