Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 28 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les "opérations à empreintes légères" : ces nouvelles façons plus discrètes et moins coûteuses de faire la guerre

Pilotes de combat, officiers des forces spéciales ou commandants de sous-marin nucléaire, ces Français, Allemands, Britanniques ou Italiens ont été engagés en opérations extérieures en Afrique, en Afghanistan, dans les Balkans ou en Irak à la tête de régiments de légion étrangère, de parachutistes, d'artillerie ou de logistique (...) et ont tous mesuré la fragilité de la paix et la montée des violences. Dans cet ouvrage, ils livrent leurs réflexions, leurs interrogations, leurs convictions. La stratégie de Daesh est-elle si nouvelle ? La technologie est-elle dépassée ? Les opérations militaires seront-elles toujours plus légères ? Extrait de "La guerre par ceux qui la font - stratégie et incertitudes" dirigé par Benoît Durieux, aux éditions du Rocher 1/2

Bonnes feuilles

Publié le
Les "opérations à empreintes légères" : ces nouvelles façons plus discrètes et moins coûteuses de faire la guerre

Même si le concept de light footprint operations correspond à une situation politico-stratégique américaine différente de celle qui prévaut en France, les deux pays ont à faire face à des menaces similaires et subissent des contraintes de même nature. Il est dès lors tout aussi pertinent pour la France de chercher à substituer à certains de ses engagements militaires, jugés parfois insatisfaisants d’un point de vue stratégique et difficiles d’un point de vue politique, des guerres plus discrètes et plus économiques.

Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2013 érige ainsi les forces spéciales et plus généralement la totalité des composantes entrant dans le périmètre des opérations à empreinte légère, telles que définies précédemment, au rang de priorité.

Des similitudes, mais surtout des différences

Un critère partagé pour une opération à empreinte légère pourrait être celui de l’intensité politique perçue qui peut être définie comme la conjugaison de l’intensité visible de l’opération, des pertes amies, de la durée de l’intervention et de la focalisation médiatique. Cette intensité politique perçue doit être idéalement soit faible, soit brève, ce qui ouvre un champ des possibles relativement large et permet d’affirmer que le concept d’opération à empreinte légère ne repose en fait ni sur le volume de troupes au sol, ni sur le caractère plus ou moins léger des moyens engagés, mais plutôt sur la manière d’employer la force et sur l’affichage politique qui en est fait. Les opérations de l’OTAN sur l’ex-Yougoslavie en 1999 en sont une bonne illustration. Chaque conflit étant différent, il n’existe pas d’opération à empreinte légère standard. Pour chaque cas de figure, il conviendra de trouver un équilibre entre efficacité opérationnelle, visibilité politique et soutenabilité financière.

Ce constat, selon lequel l’attractivité des opérations à empreinte légère relève plus d’une problématique politico-stratégique qu’opérationnelle, vaut également pour la France même si les moyens dont elle dispose ne lui ont pas permis de mener d’autres opérations que des opérations à empreinte légère au cours des dernières décennies. Il est important de relever que la notion d’empreinte légère est le fruit d’une culture stratégique particulière et recouvre donc différentes significations selon le pays considéré. En France, le degré d’acceptation est sans doute plus élevé qu’aux États-Unis. Les dernières manifestations contre un engagement militaire y remontent à 1991 alors qu’aux Etats-Unis des manifestations d’ampleur nationale se sont déroulées en 2009 contre l’engagement en Iraq et en Afghanistan. En matière de réponses capacitaires, qu’il s’agisse du volume ou de la nature des moyens humains et matériels déployés, tout oppose les deux pays.

Sans même tenir compte des effectifs de l’US Army, si les États-Unis disposent d’un volume de l’ordre de 70 000 hommes pour les forces spéciales (Special Operations Command), auxquelles peuvent être adjoints quelques 170 000 hommes de l’US Marine Corps, la France disposera à l’horizon 2019 d’une capacité opérationnelle de l’ordre de 66 000 hommes projetables. L’échelle est donc incomparable et appelle à la prudence en matière de comparaison pour éviter tout malentendu entre les acceptions américaine et française des light footprint operations.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Benoît Durieux

Le général de brigade Benoît Durieux a participé à de nombreuses opérations au sein de la légion étrangère. Docteur en histoire, auteur de plusieurs ouvrages sur le théoricien Carl von Clausewitz et sur les questions stratégiques, il est aujourd'hui directeur du Centre des Hautes Etudes Militaires.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€