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"On nous fait croire que Maduro est responsable" : petit rappel à l'attention des députés de la France Insoumise sur la manière dont le régime vénézuélien a fait passer son économie du 1er au dernier rang en Amérique latine

Selon Adrien Quatennens, député FI, les tensions au Venezuela résulteraient "d'une confrontation entre deux camps politiques". L'opposition serait "soutenue par les États-Unis d'Amérique". Pourtant, à l'origine de cet énorme gâchis qu'est le Venezuela, les choix économiques opérés sous les gouvernements socialistes d'Hugo Chavez et de Nicolas Maduro ont beaucoup joué.

Vraiment ?

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"On nous fait croire que Maduro est responsable" : petit rappel à l'attention des députés de la France Insoumise sur la manière dont le régime vénézuélien a fait passer son économie du 1er au dernier rang en Amérique latine

Atlantico : Alors que le Venezuela dispose des plus grandes réserves mondiales de pétrole,  sa situation économique et sociale est désastreuse. Comment expliquer ce qui semble être un gigantesque gâchis, transformant un pays au potentiel économique immense en un tel désastre ?

Christopher Dembik : Le Venezuela, c'est l'histoire d'un gâchis économique. En l'espace de quinze ans, la politique désastreuse d'Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro a fait d'un pays possédant un potentiel incroyable de développement économique l'une des nations les plus pauvres au monde. Le Venezuela figure au premier rang mondial de l'indice de misère qui dresse un panorama de l'économie à partir de la somme du taux d'inflation et du taux de chômage. Depuis 2015, le Venezuela est aussi entré dans le club très fermé des pays victimes d'hyperinflation en en devenant le 57ème membre.

Le Venezuela est le parfait contre-exemple de l’Arabie saoudite. Possédant les premières réserves de pétrole prouvées selon l’OPEP, le pays n’a pas réussi à mettre en place au cours des quinze dernières années un nouveau modèle économique qui, s’appuyant sur la manne pétrolière, aurait pu diversifier le tissu industriel et permettre la constitution d’un coussin de sécurité afin de faire face aux périodes de conjoncture défavorable. Le modèle chaviste a eu l’effet contraire en accentuant la dépendance du pays au pétrole. En 1998, juste avant l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir, le pétrole représentait 74% des exportations du pays contre environ 95% de nos jours. Les revenus du pétrole ont été accaparés par une nouvelle bourgeoisie issue de la révolution bolivarienne, les boliburgueses. Une partie a servi à financer une ambitieuse politique sociale, les misiones bolivarianas, qui a permis de sortir de 2003 à 2010 un pan important de la population de la pauvreté, et que personne ne remet en cause aujourd’hui. Cependant, ces missions ne sont plus en mesure de fonctionner correctement à cause de la dégradation économique et de la chute prolongée et durable du prix du baril de pétrole. Un violent retour en arrière est en train de s'opérer. La baisse du taux de pauvreté n'est désormais plus qu'un lointain souvenir.

Depuis l'arrivée du "chavezisme", quels sont les choix de politique économique qui ont conduit à cet état de déliquescence ? Quelle part de responsabilité est-il possible d'attribuer à Hugo Chavez et Nicolás Maduro dans cet état de fait ?

Il est évident qu'Hugo Chavez et Nicolas Maduro sont responsables du désastre économique. Les expropriations réalisées sans plan concerté de développement économique ont fait fuir les investisseurs étrangers dont les capitaux sont cruciaux pour le tissu industriel vénézuélien. Mais la vraie erreur fut d'avoir détruit la seule industrie, le secteur pétrolier en l'occurrence, capable d'assurer l'avenir économique du Venezuela. A partir de 2003-2004, le président Hugo Chavez a décidé de transférer la majorité des recettes de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, vers le budget de l’Etat afin de financer les missions sociales bolivariennes, plutôt que d’investir pour garantir la compétitivité de l’appareil productif de l’entreprise. L’insuffisance d’investissements ne remettait pas en cause la viabilité financière à moyen terme de PDVSA tant que le prix du baril de pétrole était élevé, au-dessus de 100 dollars.  Le coût de production d’un baril au Venezuela, qui est parmi les plus importants au monde, autour de 23,50 dollars contre environ 10 dollars dans les pays de la péninsule arabique, était largement couvert. La baisse du prix du baril à partir de mi-2014 a entraîné une baisse de la production massive dans le pays et une réduction des marges de l’entreprise qui s’est répercutée directement sur la capacité d’intervention budgétaire de l’Etat. Le résultat de ce choix politique est désastreux: le Venezuela n'est plus en mesure de produire du pétrole, sa principale source de revenus, dans un contexte de prix bas du baril, ce qui précipite le risque de défaut de paiement du pays.

 
Commentaires

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  • Par Fredja - 02/08/2017 - 11:16 - Signaler un abus Les électeurs de FI, ça vous parle ?

    Quand je pense au nombre de gens qui ont voté FI, ça devrait les faire réfléchir... Comment couler un pays à fort potentiel en un temps record ! Si Méluche avait été élu, c'est exactement ce qui se passerait en France : tout le monde fonctionnaire, toutes les entreprises nationalisées, et le pays qui coule en moins de 5 ans... Ca fait peur, et comparativement, effectivement, la stagnation Hollande-Macron reste plus rassurant pour la majorité des Français qui sont vraiment des veaux...

  • Par cloette - 02/08/2017 - 11:22 - Signaler un abus Le probleme de Chavez

    Qui avait un charisme certain , c' est qu'il s'est contenté d vivre sur la rente du pétrole et â pratiqué un clientélisme éhonté . Ce clientélisme qui tente tous les partis , surtout les partis socialistes et communistes .

  • Par vangog - 02/08/2017 - 17:08 - Signaler un abus La Russie aussi, est la plus riche en matière premières

    et a été coulée par le socialisme...vous en voulez encore? Macron le macroniste va vous en donner pour cinq ans, du progressisme...vous allez en bouffer!

  • Par cloette - 02/08/2017 - 18:54 - Signaler un abus Chavez suite

    Nul pour l'économie, mais des dons de comique. Il y a des YouTube de ses discours fleuves qui font pleurer de rire quand il raconte ses mésaventures avec la CIA qui le surveille ...

  • Par Stargate53 - 02/08/2017 - 18:54 - Signaler un abus Vouloir leur ouvrir les yeux est impossible !

    Le france insoumise, téléguidé par Mélanchon, ne voudra jamais voir l'échec de toute gauche radicale (communiste ou dérivée). C'est le propre de toute idéologie de nier la vérité même quand les preuves sont accablantes. Aucun pays soumis à la règle gauchiste n'a réussi à apporte autre chose que la souffrance et la misère au plus grand nombre et le Vénézuela en est la dernière démonstration ! Leur ignorance et volonté de ne pas voir est tout ce qui reste à la France Insoumise, laissons les avec leurs illusions, les français ne sont pas dupes et vont comprendre le marché de dupes de Mélanchon car il n'aurait pas fait mieux que Maduro car c'est dans leur ADN politique d'échouer !

  • Par Liberte5 - 02/08/2017 - 20:03 - Signaler un abus Historiquement les échecs douloureux se suivent.....

    et se ressemblent. Et pourtant, il y a toujours des fous furieux, des escrocs politiques pour représenter la même farce criminelle. Et il y a toujours et notamment en France des irresponsables pour les écouter. J.L. Mélenchon fait partie de ces apprentis sorciers et ses électeurs sont ses dangereux complices.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 03/08/2017 - 08:07 - Signaler un abus Le problème n'est plus le

    Le problème n'est plus le Venezuela qui a cédé au populisme bolivarien et en est mort.. Le problème est plutôt de savoir pourquoi 10 à 15% des Français écoutent encore le chant des syrènes trostkistes et Mélanchonistes.. Mais quand on y réfléchit, les camelots sur les marchés ont aussi leur auditoire et leurs clients qui se font régulièrement piéger... Le pire vient des journaleux, plus préoccupés par le buzz qu'à dénoncer la nocivité de la trostkoislamobobosphère ....

  • Par kelenborn - 03/08/2017 - 15:54 - Signaler un abus Faut pas dramatiser

    Melenchon vien d'annoncer qu'il mettait à la disposition du peuple venezuelien , victime une fois de plus de l'impérialisme yankee , ses réserves de quinoa!!! 250 kilos stockés dans sa cave en prévision d'une attaque de Trump contre Kim

  • Par Pharamond - 03/08/2017 - 17:09 - Signaler un abus La malédiction du pétrole

    Un journaliste italien du Corriere della Sera a décrit le voyage qu'il a effectué récemment au Venezuela, en partant de la frontière brésilienne. Sur des centaines de kilomètres,pas de champs cultivés,d'arbres fruitiers,de jardins potagers;il y a des gens partout,mais aucune activité humaine:tout doit être importé.Le prix de l'essence est dérisoire,mais le prix d'une petite bouteille d'eau coûte dix fois plus,sans compter l'insécurité,les militaires corrompus,les barrages spontanés auxquels il faut payer une dîme pour continuer sa route. C'est bien Chavez qui est à l'origine de ce désastre,applaudi,vénéré par JL.Mélenchon. Un politique doit voir loin,vite et juste;ce n'est manifestement pas le cas de JLM,Son moteur c'est de s'écouter parler des heures durant pour dérouler ses délires,comme Fidel,excepté que Castro a risqué sa vie! La Providence nous a épargné ce malheur.

  • Par MALOR - 04/08/2017 - 09:51 - Signaler un abus Irresponsable...

    Ceux qui ont voté LI pour se défouler doivent dire ce qu'ils pensent de cette situation. Ainsi de ce cadre très supérieur de mes connaissances gagnant 30000 euros par mois qui adore le cinéma de Mélanchon mais est incapable de dire ce qui se passerait en France si une majorité l'avait élu.

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Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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