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Ni pour, ni contre, bien au contraire... Ce que perd une démocratie à ne pas avoir d'opposition crédible et structurée

Par sa mission de contrôle, son rôle de contre-pouvoir, sa fonction de porte-parole des minorités politiques, et l'échange d'arguments qu'elle permet et qui aboutit à la naissance de nouvelles idées, l'opposition représente, pour la démocratie française, un élément indispensable.

La politique en danger

Publié le - Mis à jour le 19 Mai 2017
Ni pour, ni contre, bien au contraire... Ce que perd une démocratie à ne pas avoir d'opposition crédible et structurée

Atlantico : En l'absence d'opposition crédible et structurée, qu'adviendrait-il de la mission de contrôle traditionnellement dévolue à celle-ci ?  

Paul-François Paoli : En préambule, il convient de rappeler l'enjeu actuel : Emmanuel Macron a gagné la bataille rhétorique, tout en étant en train de vider l'opposition de sa raison d'être. Il a réussi à imposer son lexique, sa lecture qui est simple : le monde en divisé en deux, entre celui des progressistes et des conservateurs (les électeurs de François Fillon essentiellement) ; il y en a éventuellement un troisième, celui des archaïques et autres déviants, c'est-à-dire ceux qui ont voté Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Tout le monde veut être progressiste.

Il a ainsi réussi son coup de force sémantique, ce qui fait que, désormais chez LR, vous avez des personnalités comme Nathalie Kosciusko-Morizet qui souhaitent être progressistes. Les progressistes, ce sont ceux qui souhaitent suivre les impulsions de la société civile. Emmanuel Macron a raison de dire que le clivage droite/gauche n'existe plus : il n'y a pas beaucoup de différences entre Bruno Le Maire et Emmanuel Macron, du moment qu'ils sont d'accord sur l'essentiel, qui consiste à suivre le cours des choses dans un certain nombre de domaines (la liberté économique, la liberté des mœurs, etc.). Dans ces conditions, la droite risque fortement d'être phagocytée : toute une partie de la droite et du centre va être attirée par Emmanuel Macron, et pas seulement pour des raisons personnelles. À ce propos, je pense qu'Edouard Philippe, notre nouveau Premier ministre, est tout à fait sincère dans sa démarche. Sur l'essentiel, il y a très peu de différences entre Alain Juppé et Emmanuel Macron.

Bien évidemment que sur les questions budgétaires notamment, il faut qu'il y ait une opposition à l'Assemblée nationale afin de discuter des mesures et opposer des propositions concrètes ; mais sur le fond, Emmanuel Macron réussit une formidable opération. Cette dernière pourrait toutefois se retourner contre lui. Comme le disait ce mardi Jacques Myard en interview, citant la formule du général De Gaulle "nos rangs se clairsement, mais aussi s'éclaircissent", il est vrai que les personnalités qui s'en vont affaiblissent un camp, mais dans le même temps, ce camp se renforce car il devient plus clair. Il serait plus sain en France qu'il y ait tout simplement un centre – puisqu'Emmanuel Macron est un centriste – qui réunit les centristes allant de François Bayrou jusqu'à Luc Châtel, mais aussi une droite constructive qui assumerait la sémantique d'un conservatisme à la française, comme cela se passe en Angleterre ou en Allemagne. Face à un bloc progressiste, il n'y a aucune raison pour qu'il n'y ait pas un bloc conservateur. Sur les franges de ces deux blocs, nous aurions une gauche radicale et le Front national. Le problème français, c'est que les mots ne sont pas à leur place : personne ne veut assumer pleinement celui de droite – encore que le nouveau Premier ministre affirme qu'il est de droite, ce qui est une bonne chose. En revanche, tout le monde veut être plus ou moins progressiste alors que la gauche est en train de s'écrouler historiquement. Dans ce nouveau clivage entre progressistes et conservateurs, c'est à ces derniers d'expliquer dans quel sens on peut être conservateur. À ce moment-là, la droite pourra regagner en légitimité. Or nous avons un gros handicap en France, celui de la Révolution française ; et à ce titre, les conservateurs sont les perdants de l'Histoire d'une certaine manière. 

 
Commentaires

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  • Par mymi - 17/05/2017 - 08:40 - Signaler un abus en marche vers la dictature macron

    Seul objectif de micron : l'hégémonie de son mouvement.. une opposition draguée sans scrupules, des égos qui ne cherchent que la gamelle, un gros pourcentage de Français gouroutisés et pour le reste une opposition reduite à peau de chagrin et vilipendée sans cesse par les médias. Et on appelle ça la démocratie !!!! J'entame et suis très inquiète pour notre France, nos impôts, la suprématie donnée au communautarisme et la porte ouverte à la GPA, et à la destruction​ de la famille au profit d'un peuple de zombis

  • Par Ganesha - 17/05/2017 - 09:01 - Signaler un abus Salmigondis

    Cet article est une salade avariée, un salmigondis incompréhensible, parce qu'il n'utilise pas les mots appropriés pour nous décrire la situation. Je conseille donc aux lecteurs d'Atlantico d'agir comme d'habitude : venez donc nous exposer vos propres jérémiades et autres insanités, sans même l'avoir lu !

  • Par Ganesha - 17/05/2017 - 09:14 - Signaler un abus Un nouveau Philippe Pétain !

    La réalité, toute simple, c'est qu'il y a encore, en France, une majorité de citoyens qui sont attachés à leur pays. Mais le peuple, dans son ensemble, n'est pas ''passionné de politique'' ! En début de soirée, il se répartit entre téléspectateurs de Cyril Hanouna, de téléréalités nous montrant des discussions futiles entre de jeunes adultes sexys dans une villa tropicale, et d'autres jeux débiles. Les émissions dites ''politiques'' évoquent les pires dictatures communistes, avec toujours les mêmes intervenants qui nous débitent les ''éléments de langage'' de la propagande officielle. Avez vous déjà vu un représentant des ''populistes'' à C dans l'air ou dans 28 Minutes ? Les français ont donc été manipulés et ils ont porté au pouvoir un nouveau Philippe Pétain ! Il nous reste, en Juin, une dernière opportunité pour nous opposer à la honte et au pourrissement de notre Nation !

  • Par ombelline - 17/05/2017 - 09:19 - Signaler un abus @mymi

    Tout à fait d'accord. L'arrivée de Macron m'inquiète beaucoup.. La droite ne doit pas se rallier à lui au risque de disparaître. Déshabiller Paul (les retraités ) pour habiller Pierre (les actifs) ne me convient pas: l'augmentation de la CSG sera très élevée et une fois de plus comme sous Hollande les impôts vont augmenter. Le matraquage fiscal va continuer!

  • Par J'accuse - 17/05/2017 - 09:37 - Signaler un abus Article à contre-temps

    La question aujourd'hui est celle de la future majorité, pas de l'opposition. Et le principe de contre-pouvoirs m'énerve toujours autant: dans une démocratie, il n'y a qu'un seul pouvoir -celui du peuple- et il ne peut donc pas y avoir de contre-pouvoir(s) sans opposer le peuple à lui-même, ce qui est toujours plus ou moins néfaste. L'opposition est l'expression d'une minorité qui a le droit de parler, mais n'a aucun pouvoir.

  • Par cloette - 17/05/2017 - 10:09 - Signaler un abus j'accuse

    Vous êtes dans l'erreur celui qui est élu dans notre système n'est que rarement l'élu du peuple à moins d'avoir été plébiscité .En général ils sont tous élus au deuxième tour par élimination et non par choix, surtout celui ci .Il faut évidemment une opposition d'autant que le président de la cinquième peut passer outre avec des pouvoirs bien plus grands que dans les autres démocraties . De plus , l'opposition évolue parfois vite et de minorité devient rapidement majorité , le précédent quinquennat en a fait la preuve !

  • Par Totor Furibard - 17/05/2017 - 10:12 - Signaler un abus Mr Deschavanne votre raisonnement est incomprehensible.

    Votre phrase: > dit tout sur votre pensée: vous êtes un "mainstreamer" qui suit la pensée médiatique et majoritaire du moment et qui considère que tout autre pensée est "populiste" (mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?) et hors du "cercle de la raison" donc extrémiste et transgressive. Le "ni pour ni contre, bien au contraire", c'est vous !

  • Par Deneziere - 17/05/2017 - 12:31 - Signaler un abus Le boulout de l'opposition : taper où cela fait mal...

    Et actuellement, la France a mal au régalien : police fatiguée, justice calamiteuse, défense inquiétante, identité national déniée, insécurité en hausse ... ,C'était une claire ligne de faiblesse de la lavasse socialo-centriste au moment de la présidentielle (cela va continuer à l'être pour des raisons idéologiques et budgétaires) , c''est une attente des Français, c'est un marqueur de droite et AUCUN ténor de la droite n'a joué cette ligne, ni Le Pen, ni Fillon. Si vous rajoutez à cela une éducation nationale aux mains des pédagogos de gôôôche et une islamisation de plus en plus visible à l’œil nu, il y a des boulevards thématiques pour la droite dans l’opposition. Et aussi des lignes de rapprochement avec les nombreux électeurs FN qui n'ont pas prisé le vomi économique de phili-popo et qui ont compris la valeurs d'une coopération très étroite avec nos voisins européens.

  • Par Ganesha - 17/05/2017 - 12:32 - Signaler un abus Divine Surprise

    La personnalité des intervenants d'Atlantico qui viennent déclarer qu'ils maintiennent leur confiance et qu'ils vont voter pour les Ripoublicains ''Canal Historique'', ou du moins ce qu'il en restera, indique bien que ce parti est déjà tout à fait mort ! De toutes façons, les derniers polticards LR ''récalcitrants'' se rallieront après les législatives, et, bien entendu, ce sera une ''capitulation sans conditions'' : on pourra alors délivrer le ''permis d'inhumer'' ! Inutile de vous dire que je verserai pas une larme ! La ''Divine Surprise'' serait que même avec cet apport, les deux partis ''patriotes'' détiennent malgré tout la majorité ! Personnellement, je suis domicilié dans une ciconscription où le FN n'a ''aucune chance'' et je voterai donc pour Mélenchon, l'immigratinniste islamophile ... mais qui, au moins, ne s'est pas rendu à Berlin pour hurler un tonitruant ''Sieg Heil'' à la Fräulein Angela !

  • Par GP13 - 17/05/2017 - 12:53 - Signaler un abus Vers la fin d'une imposture ?

    L'alliance de la droite et du centre est une ineptie. Avec Sarkozy, nombreux ont cru que la rupture annoncée allait mettre un terme à cette situation. Il a fallu déchanter. Fillon a, lui aussi, déçu. Son appel à voter Macron des les premiers résultats du premier tour constitue une imposture. Maintenant, les masques tombent. Une nouvelle génération d'énarques a pris le pouvoir à la place de la promotion Voltaire. Voilà le grand changement auquel les politiques et médias voudraient nous faire croire. L'alliance entre les sociaux démocrates et les démocrates sociaux se montre au grand jour. Nous allons y voir plus clair. Et la droite voit s'ouvrir devant elle tout un espace de reconquête d'un État fort mais limité, de la souveraineté et de l'indépendance de la France, et d'une Europe des Nations.

  • Par Deneziere - 17/05/2017 - 14:28 - Signaler un abus @ GP 13

    Je suis bien d'accord avec vous. L'espace idéologique est bel est bien là. Notre problème : on a un potentiel de conquête, mais on n'a pas de conquérant potentiel...

  • Par Gordion - 17/05/2017 - 14:45 - Signaler un abus M.Paoli est dans le vrai

    ... "Emmanuel Macron est dans cette logique américaine où le débat n'est plus d'ordre politique mais moral." Reductio ad hitlerum de tout discours critique, la lobotomisation de la pensée est bien engagée.

  • Par ISABLEUE - 17/05/2017 - 15:30 - Signaler un abus OUARF OUARF OUARF

    Lemaire avec ses 2% aux primaires, Ministre de l'Economie. Sauve qui peut... et Bayrou garde des sots.......

  • Par lafronde - 18/05/2017 - 05:01 - Signaler un abus Progressistes et conservateurs remplacent Gauche et Droite !

    C'est l'apport du Président Macron : le contenu idéologique remplace les alliances rivales habituelles comme clivage majeur. Je trouve cela positif, le citoyen situant mieux son député sur les choix publics. Mr Paoli présente le Progressisme comme une politique suivant les impulsions de la Société civile. C'est une présentation...progressiste ! Et jacobine, car pour quelle raison la Société civile qui fonctionne sur la subsidiarité, devrait suivre les choix collectifs d'un Etat centralisé ? En fait pour un libéral la Société civile est autonome, et l'Etat n'est pas fondé à y intervenir. Quant au conservateur, il ne veut pas que le Gouvernement utilise l'Etat pour "impulser" du "Progrès". Le conservateur n'ayant pas la même impatience que le progressiste pour "changer" la Société. Il estime que c'est à celle-ci d'adopter spontanément les usages qui lui conviennent. La loi ne venant qu'après coup entériner l'usage consenti, et majoritaire. Un mot du réactionnaire, qui lui veut ramener l'Ordre public à ce qu'il était jadis. Souvenons nous que le Progressisme s'appuie sur l'Etat jacobin, et qu'il serait en mesure de nous imposer des cadres sociétaux et cosmopolites déplaisants.

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Paul-François Paoli

Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (2012) et Quand la gauche agonise (2016).

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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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