Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Netflix sera-t-il le grand gagnant du Pass culture

Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, a dévoilé certains contours du Pass Culture, une des promesses d'Emmanuel Macron en faveur des jeunes.

Usine à gaz

Publié le
Netflix sera-t-il le grand gagnant du Pass culture

 Crédit STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Que peut-on donc faire avec l’argent des autres ? Le dépenser, pardi, et largement encore ! Quoi de mieux pour cela qu’en futilités et autres biens de seconde voire de troisième nécessité ? Et qui, mieux que l’État, pour vous dire comment claquer avec brio ces sommes récupérées sur le dos des autres ? Joie, bonheur et crêpes au sucre : c’est justement ce que le Pass Culture va bientôt vous permettre !

Et si vous ne connaissez pas la nouvelle et frétillante initiative du gouvernement dans le claquage d’argent gratuit des autres, discipline devenue olympique en France depuis une quarantaine d’années, rappelons simplement que le Pass Culture est ce bidouillage social promis par le candidat Macron durant sa campagne présidentielle afin de ratisser les voix des plus jeunes. Dans l’esprit, ce Pass Culture concerne en effet les jeunes adultes et est destiné à aider leur accès à la culture, en leur fournissant des réductions sur certaines manifestations et produits culturels de tous types.
 
Ce montage, plutôt flou pendant la campagne, s’est progressivement précisé au fil des mois. Petit-à-petit, ce qui n’était probablement qu’une énième idée idiote lancée en l’air s’est concrétisée en idée idiote lancée comme un pavé dans la mare de finances publiques pourtant particulièrement stressées : et si on donnait 500 euros aux jeunes adultes à leurs 18 ans afin de les pousser vers certains biens et services culturels ?
 
Voyant que tout le monde semblait trouver parfaitement normal de cramer ainsi une somme assez rondelette à ce genre de dépense, le gouvernement s’est donc lancé dans la mise en place de la nouvelle tubulure destinée à arroser ce nouveau public. Il y a quelques jours, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a donc dévoilé certains contours de ce Pass Culture.
 
Présenté de façon grandiloquente comme un « GPS de la culture » (on a le droit de pouffer), ce Pass se verra doté d’une application mobile permettant de géolocaliser les offres culturelles. Compte-tenu du passé de l’État en matière d’informatique en général et d’application mobile en particulier, on peut raisonnablement tabler sur une bouse d’ampleur modérée qui sera testée sur 10.000 jeunes et cinq départements dans les prochains mois.
 
Jusque là, on pourrait croire à une simple et nouvelle façon de dépenser l’argent des autres. Mais là où les choses prennent une tournure cocasse, c’est lorsqu’on apprend que, mais oui enfin, rien n’empêchera nos jeunes citoyens de claquer leur Pass sur Netflix ou Spotify.
 
Oh, attention ! Comme de juste avec tout ce qui vient de l’État, il y aura des conditions, des règles, des encadrements et probablement l’un ou l’autre cerfa solidement numéroté pour éviter toute dérive, comme par exemple claquer tout ce Pass sur les offres en ligne. Non mais oh !
 
Il apparaît en effet que ce Pass ne pourra pas financer votre abonnement Netflix plus de deux ans. De la même façon, ces mêmes autorités ont jugé nécessaire de limiter les dépenses pour les CD ou les DVD. Quant à la presse en ligne ou papier, il sera possible de s’y abonner grâce à ce Pass sauf, bien entendu, les « tabloïds à risque » dont on se doute qu’il existera une liste tenue scrupuleusement à jour par (la Kommandantur) le Ministère.
 
Ah, et bien évidemment, on ne pourra pas utiliser ce Pass sur Amazon (car Netflix : bien, Amazon : mal) et on devra donc se faire livrer en librairie toute commande de livres. Parce que, voyez-vous mes petits amis, les déplacements supplémentaires jusqu’au marchand le plus proche sont forcément écologiques et optimaux. Quelle brillante idée !
 
Et surtout, quelle belle cohérence d’ensemble !
 
 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par 2bout - 12/09/2018 - 13:33 - Signaler un abus Le bon côté des choses

    Consommer du Net comporte des risques alors qu'avec Netflix, le contenu est rendu licite par l'organe de contrôle ad hoc. Le vrai gagnant du Pass Culture, c'est l’état policier. Avec l'argent gratuit du travail des autres, on identifie facilement les perdants parce que les autres, c'est déjà un peu nous-mêmes. Par contre, les gagnants ne sont pas toujours ceux que l'on désigne. Pour exemple l'APL : en fin de comptes, les seuls gagnants sont les propriétaires ce qui n'empêche personne de se lamenter pour 5 Euros. Pourquoi donc alors se gênerait-on de continuer à jeter par la fenêtre et avec application l'argent du contribuable puisque de toutes les façons, c'est une pratique électorale très efficace ?

  • Par morsang - 13/09/2018 - 21:05 - Signaler un abus pass culture

    excellente analyse à propos de cette nouvelle bouffonnerie gouvernementale dont la mise en oeuvre pleine de contradictions va sans doute aboutir à un fiasco

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

H16

H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€