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Moyen Âge chrétien : "Ce dont on ne veut pas dans le présent, on fait mine de l’effacer du passé. Un exemple parfait de mentalité magique"

Après la publication du décret de réforme du collège et alors que la circulaire d’adaptation est encore en débat, Atlantico prend de la hauteur en revenant avec les quelques-uns des meilleurs spécialistes sur ce que peuvent nous apporter l’étude du Grec, du Latin, du Moyen-Âge et des Lumières. Aujourd’hui, entretien avec Rémi Brague.

Série : réforme des programmes

Publié le - Mis à jour le 4 Juin 2015
Moyen Âge chrétien : "Ce dont on ne veut pas dans le présent, on fait mine de l’effacer du passé. Un exemple parfait de mentalité magique"

Dans la réforme des programmes qui se profile, l’étude du Moyen Âge chrétien deviendra un enseignement facultatif au collège.

Atlantico : Dans la réforme des programmes qui se profile, l’étude du moyen-âge chrétien deviendra un enseignement facultatif au collège. Quelle est votre réaction à la disparition programmée de cette période de notre histoire ?

Rémi Brague : Pour commencer, il ne faudrait pas se représenter la période médiévale avec des couleurs trop roses. Le contraire d’un mensonge, en l’occurrence celui des ténèbres qui auraient précédé les « Lumières », n’est pas un mensonge contraire, mais la vérité. Une vérité sobre, acquise peu à peu, toujours à corriger, bref, le travail des historiens de première main. La période médiévale n’était pas chrétienne de part en part. N’oublions pas qu’un chrétien est toujours un converti, dans l’immense majorité des cas à partir du paganisme.

Et les survivances païennes ne manquaient pas au Moyen Age.

Le résultat pourrait être une ignorance voulue qui s’ajouterait à l’ignorance subie, laquelle est déjà considérable. Aujourd’hui, pour les gens qui font semblant de nous gouverner comme pour ceux qui font semblant de nous informer, l’histoire commence en 1968, pour les érudits les plus calés en 1929, et en tout cas il n’y avait rien avant 1789…

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>>>>>>>>>>>>>> Retrouver les racines grecques de la civilisation dans laquelle nous vivons permettrait d’éviter à des jeunes inquiets de leur identité de se tourner vers des idéologies mortifères

>>>>>>>>>>>>> "En voulant supprimer le latin, on cherche à faire de nous des penseurs dociles, peut-être parce qu’on gouverne mieux des imbéciles."

Comment l’expliquez-vous ?

Par le même raisonnement idiot que celui qui a fait que le gouvernement français a naguère refusé, dans le projet de constitution européenne, que mention fût faite de l’héritage judéo-chrétien de notre civilisation. Ce dont on ne veut pas dans le présent, on fait mine de l’effacer du passé d’un coup de gomme. C’est un exemple parfait de mentalité magique. 

La France, tout en rejetant son héritage chrétien, en aurait-elle conservé la propension à culpabiliser ?

Le christianisme n’a aucune propension à culpabiliser ; s’il le fait, c’est uniquement dans ses perversions. De nos jours, le rejet de l’héritage chrétien va de pair avec une formidable montée de la culpabilité. Le christianisme représente au contraire une formidable machine à déculpabiliser ; il est une religion du pardon. Certes, il prend le péché au sérieux, comme une blessure qui paralyse la liberté humaine et que, en conséquence, on ne peut pas traiter en se contentant d’effacer l’ardoise. Dieu respecte la décision de la liberté humaine, même lorsqu’elle va contre lui, et il monte tout un dispositif (ce que les théologiens appellent « économie du salut ») pour retourner du dedans cette liberté malade. Cela passe par l’alliance de Dieu avec l’homme, qui culmine dans l’union des deux natures, humaine et divine, dans la personne du Christ.

Ce qui nous tue en ce moment, c’est une sorte de confession doublement perverse. D’une part, parce que nous y accusons, non pas nous-mêmes, mais nos ancêtres, voire des monstres anonymes comme « la société » ou « le système ». D’autre part parce que l’aveu des péchés n’y débouche sur aucune absolution. Nous restons avec sur le dos les fautes, réelles ou non, de nos ancêtres. Rien d’étonnant à ce que cela nous écrase et nous paralyse.

 
Commentaires

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  • Par ccourouve - 03/06/2015 - 12:26 - Signaler un abus Universités

    On doit aussi au Moyen-Âge les universités dont les premières furent (fin XIe et XIIe siècles), Bologne, Paris, Montpellier, Oxford, Palencia, Cambridge, Salamanque, Padoue, Toulouse, Sienne, Coimbra, etc.

  • Par Leucate - 03/06/2015 - 12:52 - Signaler un abus Deux "renaissances oubliées"

    La renaissance carolingienne qui suscita la ré-urbanisation et donc la construction suivie par la renaissance du XII° siècle. Lorsque Charles fils de Pépin le Bref reçut le pouvoir avant d'être sacré empereur d'occident en 800, la population en France était de 8 millions d'habitants, elle avait été de 12,5 millions d'habitants à la fin de la Gaule romaine à l'époque de l'avènement de Clovis, roi des francs et patrice des romains. En 1347/48, quand arriva la Grande Peste, la population avait atteint le chiffre de 20 millions d'habitants, chiffre qui ne fut retrouvé qu'à la fin du règne de Louis XIV. Cet accroissement très important de la population fut l'effet de la renaissance du XII° siècle. Il représente ce que pouvait nourrir le pays avec les techniques médiévales qui sont une amélioration considérable des techniques antiques. Les historiens distinguent trois périodes dans le Moyen Age qui dura 1000 ans: l'Antiquité Tardive, le Haut Moyen Age (les deux renaissances carolingienne et du XII° siècle) et le Bas Moyen Age après la Peste Noire. @ccourouve - les universités européennes sont issues des écoles diocésaines créées par Charlemagne et le moine anglais Alcuin son conseiller

  • Par Benvoyons - 03/06/2015 - 18:24 - Signaler un abus L'article est très juste. En effet 1789 à détruit l'ensemble du

    fonctionnement et de l'organisation Sociale des Français. Par exemple Les Hôpitaux, les Hospices, les aides aux pauvres (les restos du Cœur de l'époque) qui ont perdu l'ensemble de leurs financements. Même pour l'école car il existait aussi une prise en compte des personnes pauvres (exemple Nicol Oresme fils d'agriculteur en Normandie qui a pu étudier dans une grande école financée par le Roi. Ainsi maintenant il est considéré comme l'Einstein du Moyen-Age par les mathématiciens de notre époque. Bien évidemment tout n'était pas parfait comme toute l'histoire du Monde et même maintenant car les hommes sont des hommes pas des Dieu.

  • Par Leucate - 03/06/2015 - 21:06 - Signaler un abus .. et les universités

    Vous vous êtes certainement demandé pourquoi nous n'avons pas chez nous l'équivalent des vieilles universités étrangères y compris américaines (dont l'Alma Mater fut Oxford et Cambridge) ou sud-américaines, filles de Salamanque et de Coïmbre, allemandes ou d'ailleurs dans le monde, avec leurs antiques organisations et leurs traditions dont l'hymne universitaire international, le "Gaudeamus Igitur" https://www.youtube.com/watch?v=aLUKfU2AOBY dont le texte vient des étudiants du XII° siècle, les "goliards" tandis que la musique est du XVIII°. Tout simplement parce que la Révolution supprima les 26 universités d'Ancien Régime et qu'il n'y eut plus d'enseignement supérieur jusqu'à ce que Napoléon, en 1808, créa l'Université Impériale qui coiffait les différentes facultés également recréées. Pour suppléer au manque de jeunes cadres, le Consulat et l'Empire créèrent alors les "grandes écoles" qui n'existent pas ailleurs ou à moins grande échelle puisque ce sont les universités qui les forment. Entre 1793 et 1808, il y eut donc une parenthèse dans l'enseignement supérieur avec, pour y suppléer, l'ouverture d'écoles centrales privées ouvertes par les professeurs au chômage.

  • Par Anouman - 03/06/2015 - 22:09 - Signaler un abus Conclusion fabuleuse

    "un monde voulu par un Dieu bienveillant, dans lequel nous ne sommes pas simplement jetés, mais dont nous sommes les enfants légitimes" Sauf que soit Dieu n'existe pas, soit il n'est pas bienveillant, n'importe quel imbécile peut s'en assurer en regardant l'histoire qu'elle soit du moyen-age , avant ou après. Et si nous sommes ses enfants nous ne pouvons que nous en plaindre. Et si nous ne le sommes pas il ne nous reste qu'à assumer le merdier que nous créons depuis des millénaires.

  • Par VV1792 - 03/06/2015 - 23:57 - Signaler un abus @anouman

    Votre opinion est tres respectable et tres repandue.. Pouvez-vous essayer de simplement vous poser la question pourquoi et comment qq milliers d' etre humains, bien portant, non illumines, de toutes origines et categories sociales pourtant sujets a des persecutions inommables aux premiers siecles, ont, envers et contre tout, leurs familles, leur etat, leur coutumes et leurs moeurs, proclame et cru, et en quels termes, en des evenements historiquement situes, et completement inimaginables.. Rien que de poser la question, impose d' en poser plein d'autres .. je vous souhaite de chercher des reponses..passionnant, faites juste attention, c'est risque, le resultat finira par devenir evident...

  • Par Leucate - 04/06/2015 - 01:26 - Signaler un abus @anouman - Carmina Burana (chants de Beuren)

    C'est un ensemble de plusieurs centaines de poèmes et de chants laissés par des étudiants germaniques et d'autres contrée entre le XII° et XIII° siècle qui s'arrêtaient à l'abbaye de Beuren. Certains devinrent ensuite célèbres comme membres du haut clergé (l'évêque de Marseille durant la croisade des cathares) ou comme chevaliers (Châtillon par exemple, maître des Templiers), d'autres restèrent anonymes. Carl Orff en sélections un certain nombre pour son oeuvre très connue, les Carmina Burana mais on les retrouve également en version originale médiévale puisque l'écriture musicale date du XI° siècle (le moine Guy d'Arezzo) Si la musique est du XX° siècle, les textes en latin ici sont du XII° Voici une version filmée des Carmina Burana qui respecte l'esprit du texte médiéval https://www.youtube.com/watch?v=R0bwVxTSntk

  • Par Deudeuche - 04/06/2015 - 08:39 - Signaler un abus @VV1792

    Les persécutions, pas seulement au premiers siècle. Ca continue de plus belle au 21eme.

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Rémi Brague

Membre de l'Institut, professeur de philosophie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximilians-Universitat de Munich, Rémi Brague est l'auteur de nombreux essais dont Europe, la voie romaine (1992), la Sagesse du monde (1999), La Loi de Dieu (2005), Au moyen du Moyen Age (2008), le Propre de l'homme (2015) et Sur la religion (2018).

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Pauline de Préval

Pauline de Préval est journaliste et réalisatrice. Auteure en janvier 2012 de Jeanne d’Arc, la sainteté casquée, aux éditions du Seuil, elle a publié en septembre 2015 Une saison au Thoronet, carnets spirituels.

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