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Moscou VS Washington : les racines profondes de la discorde

Même si la guerre froide est terminée, il y a encore toute une histoire qui justifie l'actuel antagonisme entre Russie et Etats-Unis.

Ire

Publié le - Mis à jour le 17 Août 2018
Moscou VS Washington : les racines profondes de la discorde

 Crédit JORGE SILVA / POOL / AFP

On sait le pronostic d’Alexis de Tocqueville sur la confrontation à venir entre les Etats-Unis, incarnation du principe de la liberté, et la servile Russie, ces deux puissances étant destinées à se partager le globe (De la démocratie en Amérique, 1835-1840).  En vérité cette anticipation était déjà dans les propos de Napoléon, tels qu’ils ont été recueillis et réécrit par Las Cases (Mémorial de Sainte-Hélène, 1823). Elle se retrouve également sous la plume d’Adolphe Thiers, de Jules Michelet ou encore de Donoso Cortes.

Selon Walter Lippmann, publiciste américain et homme d’influence, les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Russie auront longtemps été caractérisées par une entente objective, et ce indépendamment des oppositions quant aux formes de gouvernement et principes de légitimité sur lesquels les deux régimes politiques reposaient (cf. Walter Lippmann, La politique étrangère des Etats-Unis, Editions des Deux Rives, 1945). Pourtant, la redistribution des forces et la modification des rapports de puissance qui résultent de la Deuxième Guerre mondiale ont mis fin à cette « constante historique ». En contrepartie d’importantes concessions, Franklin D. Roosevelt était persuadé de pouvoir associer l’URSS à l’édification d’un nouvel ordre international, centré sur l’Organisation des Nations Unies. A ces fins, il aura cultivé une relation étroite avec Staline sans que lesdites concessions ne suffisent à empêcher le délitement d’une « grande alliance » fondée sur la seule opposition au IIIe Reich, puis le développement d’un confit bientôt qualifié par Walter Lippman de « guerre froide » (1947). Au vrai, les tensions étaient croissantes dès la conférence de Potsdam (février-août 1945), voire celle de Téhéran (novembre-décembre 1943). Selon Georges Henri-Soutou, c’est alors que s’amorce cette vaste confrontation Est-Ouest qu’il nomme la « guerre de Cinquante Ans ». L’issue de ce conflit multidimensionnel donne raison à Georges Kennan et aux théoriciens américains de l’endiguement (le containment). La Guerre Froide aura aggravé les contradictions internes du système soviétique qui implose pendant la période Gorbatchev (1985-1991). Après le bloc soviétique, c’est l’URSS elle-même qui se défait, chacune des quinze républiques fédérative proclamant son indépendance (1991).

Sur le plan du droit international et dans les aspirations de ses dirigeants, la Russie post-soviétique se pose en Etat successeur de l’URSS. Au Conseil de sécurité de l’ONU comme dans les autres instances internationales, elle hérite du siège dévolu siège à l’Union soviétique. Accaparé par le soutien à la transition des PECO (Pays d’Europe centrale et orientale) vers la démocratie libérale et l’économie de marché, la promotion du libre-échange dans le monde et l’insertion de la République Populaire de Chine dans les réseaux de la mondialisation, les dirigeants américains de l’après-Guerre Froide ont d’autres priorités que leur relation avec Moscou. Certes, ils soutiennent les réformes libérales promues par Boris Eltsine et ses dirigeants, incitant le FMI à prêter d’importantes sommes à la Russie, mais cette dernière est d’abord perçue comme un pays en crise dont il convient de réduire l’instabilité politique et les risques qui lui sont liés. Une large partie des efforts américains est investie dans un programme de « réduction de la menace » qui consiste à dénucléariser l’espace post-soviétique et à financer la reconversion du complexe militaro-industriel. En revanche, Boris Eltsine et la classe dirigeante russe entendent conserver une position centrale à travers un partenariat stratégique global russo-américain, des négociations sur les armes nucléaires stratégiques et la reconnaissance du rôle dirigeant de la Russie dans l’espace post-soviétique, au moyen de la CEI (Communauté des Etats indépendants). Ministre des Affaires étrangères entre 1992 et 1996, Andreï Kozyrev mène donc une politique jugée pro-occidentale mais il vise à obtenir pour la Russie un statut international qui excède largement la réalité de son potentiel de puissance. Dès cette époque est formulée la doctrine dite de l’« étranger proche », très vite reprise à son compte par Boris Eltsine. L’instabilité politique interne se traduit par la montée en puissance d’un nationalisme russe, plus ou moins teinté de soviétisme, et de menaces à l’encontre de pays voisins récemment émancipés, ce qui contribue à expliquer la décision finalement prise, du côté occidental, d’élargir les instances euro-atlantiques (OTAN et Union européenne) aux PECO. En 1996, Evgueny Primakov devient ministre des Affaires étrangères. Deux ans plus tard, il est chef du gouvernement (1998-1999). Les relations avec les Occidentaux se détériorent, notamment dans les guerres d’ex-Yougoslavie et à la suite de l’intervention de l’OTAN au Kosovo (1999). Evgueny Primakov élabore une politique étrangère - tournée vers la Chine populaire, l’Inde et l’Iran -, qui vise à édifier des « coalitions anti-hégémoniques », i.e. opposées aux Etats-Unis. Du point de vue occidental, cette politique est principalement analysée comme un simple moyen d’accroître le pouvoir de négociation de la Russie.

 
Commentaires

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  • Par Yves3531 - 11/08/2018 - 15:09 - Signaler un abus Article non signé .. .

    qui semble être la reprise d’un article plus ancien avoir été actualisé d’elements récents... assez intéressant quand même car relativement factuel et pas trop propagandiste. Accessoirement Russia today affiche un point de vue tout comme les organes de presse « occidentaux“ très infeodés aux USA entre lesquels on essaye de s’en faire une opinion „neutre“!

  • Par Yves3531 - 11/08/2018 - 15:14 - Signaler un abus Raz le bol de ce système archaïque ...

    qui rabaisse orthographe et qualité de nos commentaires

  • Par padam - 11/08/2018 - 16:44 - Signaler un abus Annonyme, et pour cause!

    On a le sentiment d'avoir lu ce type de papier cent fois, tant il est convenu et grossièrement manichéen. D'un coté, les bons Américains, magnanimes; généreux et désintéressés; de l'autre les méchants Russes, agressifs, sournois et revanchards. La mise au point, entre autres, du général Pinatel publiée récemment dans le Figaro est d'un autre niveau et autrement instructive.

  • Par Scalpa - 11/08/2018 - 17:08 - Signaler un abus Article anonyme!!!

    Article anonyme et comportant des fautes d’orthographe : cela donne une image peu professionnelle du journal...

  • Par brennec - 11/08/2018 - 18:56 - Signaler un abus Mise a jour manquée

    Il semble que l'auteur de cet article n'ait pas été informé de ce qui se passe en irak et en Syrie et de la rivalité américano-russe concernant l'approvisionnement en gaz de l'europe et la montagne d'or que cela représente.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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