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Ministre du bon sens : derrière la magie des mots Blanquer, quelle efficacité ?

S'il y a bien quelqu'un qui semble incarner le nouveau monde au gouvernement c'est lui. Pendant la première année du quinquennat, Jean-Michel Blanquer n'a cessé d’ouvrir de nouveaux chantiers.

Magicien

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Ministre du bon sens : derrière la magie des mots Blanquer, quelle efficacité ?

 Crédit STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Atlantico : Rupture de ton, du discours, rupture idéologique… Jean Michel Blanquer est apparu comme une pièce maîtresse du dispositif d'Emmanuel Macron, en ayant notamment su appliquer une méthode qui lui est propre. Favoriser une forme de "bon sens" par rapport à ce qui a été appelé le "pédagogisme technocratique" de l'ancienne majorité. Le premier ministre semble avoir un côté magicien qui met tout le monde d'accord. Mais avec un an de recul, a-t-il réussi à faire bouger les choses ? Qu'est ce qui a changé et qu'est ce qui n'a pas bougé ?
 

Pierre Duriot : Indéniablement, ce Ministre a un discours séduisant et c'est déjà quelque chose de nouveau. Entendre dire tout haut par un ministre que le nivellement par le bas est une mauvaise méthode pour aller vers plus d'égalité, en ravira plus d'un. Mais hélas, si la devanture est belle et que l'on peut faire crédit au ministre d'une certaine volonté, voire d'une honnêteté intellectuelle, l'intendance ne suit pas et parfois même, elle interroge. Les nouvelles évaluations, pour quoi faire ? Il y en a eu des tonnes, toutes abandonnées, remplacées, avec à chaque fois, la justification d'une classe d'âge qui serait le meilleur moment. A quoi ça rime ? Ne pas laisser une instance internationale, PISA ou PIRLS, évaluer nos élèves, et pourquoi pas ? De quoi aurait-on peur ? D'un mauvais classement ? Ce n'est pas en y substituant notre propre classement que tout cela progressera. Entendons nous bien, un professeur n'a pas besoin d'évaluations nationales pour savoir ou en sont ses élèves. Il pourra même éventuellement les bidonner pour que la mariée soit plus belle. Soit on fait confiance aux enseignants que l'on forme et on se passe d'un barnum national. Soit on veut organiser en sous-main un classement des établissements et on en pratique un.

 

L'autre mesure phare, le dédoublement des CP, ne concerne finalement que les zones périurbaines et plus du tout la ruralité, comme dans les anciens classements en ZEP et REP. Cela signe le fond de la mesure, c'est en réalité une refonte sur une composante ethnique, sans annoncer la couleur, parce que ça ne se dit pas tout haut de peur de stigmatiser. Alors un CP de douze, si c'est pour retomber dans les vieux travers de respect des « cultures » allogènes, du communautarisme et ne pas heurter les sensibilités sur des sujets ou des disciplines qui fâchent, et ce dès les plus petites classes de primaire, rien ne changera. Il faut donner à la laïcité et à la culture républicaine les moyens de s'imposer et faire taire ceux qui l'assimilent à une arme de guerre contre l'islam. Ce faisant, le Ministre a donné à la difficulté scolaire des banlieues plus de considération qu'à la difficulté scolaire des campagnes, tout aussi prégnante, mais pas pour les mêmes raisons et qui intéresse moins le pouvoir visiblement. Luc Ferry, ancien ministre, avait expliqué sans ambages à la télévision que les mauvais résultats globaux de l'école étaient plombés par les quartiers calamiteux. Il y a du vrai. Il faudrait commencer par se l'avouer. Sur cette question, l'ambiguïté est permanente, à dire que ces quartiers à nationalités multiples sont une richesse pour la France, tout en donnant une prime de 1000 euros aux enseignants pour qu'ils y viennent et qu'ils y restent ? Soit ils sont à la dérive, on identifie les problèmes, mais sans se mentir et on met le paquet face aux affres que l'on connaît. Soit ils sont des terrains de richesse culturelle et on ne voit pas ce qui justifierait une prime. Si le ministre évoque bien le problème des écoles coraniques ou salafistes et leur fermeture, on doute de la réalité de l'action sur le terrain, au delà des effets d'annonce. En réalité, des écoles salafistes connues depuis des années continuent tranquillement leur activité.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 01/09/2018 - 09:35 - Signaler un abus Quel bonheur dans cet océan idéologique de vous lire,

    Mr Duriot. Il est heureux de constater que des enseignants tels que vous existent malgré l’environnent délétère de la "broyeuse", machine à détruire élèves enseignants parents pays . Merci monsieur vous nous donnez de l'espoir !

  • Par gerint - 01/09/2018 - 12:29 - Signaler un abus On n’envoie pas ses enfants

    Se faire insulter en Arabe et végéter dans une classe pas à niveau et violente. On les envoie dans une école de qualité où ils doivent travailler pour se maintenir avec la mobilisation des parents pour leur venir en aide

  • Par lasenorita - 01/09/2018 - 17:45 - Signaler un abus On efface tout et on recommence!

    Chaque nouveau ministre de l'Education Nationale veut laisser son ''empreinte''..Il efface tout ce que ses prédécesseurs ont fait et il instaure autre chose!..''Autrefois'' nos ministres ne chamboulaient pas tout ,dans l'Education Nationale..Il faut reconnaître qu'il fallait un peu ''secouer le mammouth''..J'ai connu l'époque où on nous disait que l'apprentissage de la lecture syllabique était néfaste et qu'il fallait apprendre aux enfants ''la méthode globale'',puis cette ''méthode globale'' fut décriée parce que les enfants ne savaient toujours pas lire!..Je pense qu'il faut réfléchir,une bonne fois pour toutes,avant d'instaurer encore un ''nouveau'' programme..L'enseignement d'autrefois n'était pas si mauvais que cela puisque quand un élève quittait l'école,avec son ''certificat d'Etudes Primaires'':il ne faisait pas de fautes d'orthographe...tandis que maintenant les ''bacheliers'' font des fautes d'orthographe..Quand mon époux était en activité:il a reçu une lettre(manuscrite) d'une ministre pleine de fautes d'orthographe!..Ma mère qui a quitté l'école à l'âge de 11 ans savait mieux compter que les énarques qui nous gouvernent..elle avait ''intérêt'' à savoir compter!...

  • Par Marc de Basquiat - 01/09/2018 - 21:18 - Signaler un abus Bien vu

    Votre analyse conforte tout ce que j'entends dans les milieux scolaires. La situation n'est pas brillante. Le discours et l'attitude du ministre Blanquer sont raisonnables et convaincants, mais comment passer à la vitesse supérieure, face à un défi sociétal majeur ? Peut-être que les citoyens de bonne volonté devraient se mobiliser pour soutenir des réformes de fond, ambitieuses, plutôt que se contenter de faire du slalom pour positionner leurs propres enfants dans les parcours gagnants ?

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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