Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 18 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Meurtre de Sarah Halimi : Kobili Traoré a-t-il le droit d’être irresponsable ?

Le 4 avril 2017, Sarah Halimi a été sauvagement agressée et tuée par un de ses voisins, Kobili Traoré. Le débat, après la mise en examen de ce dernier, se focalise sur la responsabilité pénale ou non de celui-ci.

(in)Justice

Publié le
Meurtre de Sarah Halimi : Kobili Traoré a-t-il le droit d’être irresponsable ?

 Crédit Zakaria ABDELKAFI / AFP

Le 4 avril 2017, Sarah Halimi a été sauvagement agressée par un de ses voisins, Kobili Traoré, dans son appartement parisien du 11e arrondissement. Sa mort, suite à sa défenestration, a suscité une émotion intense qui s'est amplifiée, du côté des proches de la victime et de leurs soutiens, à cause du fait que sur le plan judiciaire, pour cet homicide volontaire, la circonstance aggravante d'antisémitisme semble n'avoir pas été retenue en l'état par le magistrat instructeur alors que le Parquet l'avait finalement requise.

Le débat, après la mise en examen de Kobili Traoré, s'est déplacé pour se focaliser sur la responsabilité pénale ou non de celui-ci.

Il n'a rien de médiocre et n'est pas honteux. Il est au coeur de l'état de droit qui impose que ne soit jugée qu'une personnalité en pleine possession de ses moyens, ou au moins partiellement, lors de la commission de son crime. Il arrive que ce questionnement ne puisse être tranché sans que plusieurs expertises parfois contradictoires aient abouti, avec une désignation élargie, à des conclusions retenues par le magistrat instructeur.

Celle-ci, Anne Ihuellou, est mise en cause depuis le début. Certains paraissent lui faire grief de n'avoir pas eu, dans la conduite de cette affaire, une démarche univoque, le comportement en tout cas attendu par les parties civiles.

Elle a d'abord commis, pour l'expertise psychiatrique obligatoire en matière criminelle - il convient de noter qu'après son interpellation Kobili Traoré a été un temps interné d'office - un expert respecté et incontesté, Daniel Zagury.

Ses conclusions ont retenu l'altération de la responsabilité pénale à la suite d'une "bouffée délirante aiguë" en même temps qu'elles proposaient une alternative pour le mobile antisémite. Son analyse subtile, intelligente frôlait le constat de l'irresponsabilité mais sans y adhérer totalement. Kobili Traoré pouvait donc comparaître devant la cour d'assises. Mon billet du 17 septembre 2017 : Enfin Daniel Zagury vint !

La juge d'instruction - c'est ce qui lui a été reproché par les conseils des parties civiles, violemment par l'un et plus courtoisement par l'autre Me Gilles-William Goldnadel - a décidé, ensuite, de nommer un collège de trois experts qui a conclu que le mis en examen était "inaccessible à une sanction pénale", ce qui exclurait donc tout procès (Le Parisien).

 

ue les parties civiles - notamment les enfants de Sarah Halimi - se sentent dépossédées d'une forme de justice qu'elles attendaient et espéraient est compréhensible. En revanche, si je peux aller jusqu'à admettre l'indignation du profane, je suis davantage gêné par la réaction des conseils, notamment de l'avocat de qualité qu'est Me Goldnadel.

Celui-ci a déclaré "qu'il a souvent vu des instructions à charge... celle-ci est complètement à décharge..." en s'étonnant que "pour la première fois une juge d'instruction réclame une contre-expertise d'une expertise qu'elle avait elle-même demandée...".

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par MIMINE 95 - 21/07/2018 - 14:38 - Signaler un abus C'est sans doute Djibrill

    qui du fond de sa caverne lui a "révélé" que n'allala avait décidé que tous les juifs étaient shaytan , alors en bon soumis de n'allala, ce pauvre garçon a fait son devoir de "déséquilibré"" irresponsable" et "pis c'est tout"

  • Par ISABLEUE - 21/07/2018 - 14:41 - Signaler un abus C'est sur que lorsqu on traite

    Une personne de "sale juif" on est irresponsable!!!! Au chiotte Bilger !

  • Par Citoyen-libre - 21/07/2018 - 17:15 - Signaler un abus Comme toujours

    Article courageux.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€