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Manuel Valls n’aime plus l’entreprise mais ne comprend toujours pas l’économie

En constatant les résultats décevants du pacte de responsabilité en termes de créations d'emploi, le Premier ministre Manuel Valls a décidé de monter au créneau pour critiquer le comportement des entreprises. Mais cette attitude ne fait que révéler une nouvelle fois l'erreur originelle de la politique économique de l'exécutif.

Nuit de noce au vinaigre

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Manuel Valls n’aime plus l’entreprise mais ne comprend toujours pas l’économie

"My government is pro-business"." J'aime l'entreprise"." Ich mag die Unternehmen". A la fin de l'année 2014, Manuel Valls triomphait sur la scène européenne en étalant sans pudeur son amour du monde des affaires. L'annonce du pacte de responsabilité, vague tournant historique de la gauche française vers une politique de l'offre, offrait au Premier ministre en imperméable l'opportunité de tenir ce langage.

En effet, la mise en place d'une baisse des charges sociales, pierre angulaire du projet économique gouvernemental, suscitait alors de grands espoirs. Un objectif de création de 200 000 emplois, le retour de la compétitivité française, et, en toile de fond, l'inversion de la courbe du chômage.

Mais patatra. Le pacte de responsabilité n'a pas produit les résultats escomptés ; la stratégie de l'offre déployée par l'exécutif est un échec. C'est à l'aune de ce constat que Manuel Valls a décidé de menacer les entreprises d'une privation des aides prévues par le cadre fixé initialement. "Les aides peuvent être conditionnées, elles peuvent être réorientées vers d'autres types d'entreprises". L'hypothèse retenue par le Premier ministre est donc la suivante ; les entreprises voulaient des baisses de charges que le gouvernement a concédées, le manque de résultats est donc logiquement imputable aux entreprises. Mais le problème est que cette vision est tout simplement erronée.

Ce n'est pas parce que les entreprises réclament des baisses de charges qu'une telle politique est efficace dans un rôle de création d'emplois. Si le point de vue des entrepreneurs est indispensable à l'élaboration d'une politique économique, il n'est pas exclusif. Parce que Manuel Valls a laissé de côté ce qui apparaît pourtant comme étant prioritaire, c’est-à-dire un véritable diagnostic macroéconomique. Et c'est cette erreur originelle qui est la cause de l'échec du pacte de responsabilité.

En effet, selon les chiffres de l'INSEE, la France a connu une croissance nominale (c’est-à-dire en intégrant les chiffres de l'inflation, ce qui correspond à la notion de "demande") de 1.3% en 2012, de 1.4% en 2013, de 0.8% en 2014 et qui devrait s'établir à 2.5% en 2015. Or, le pays est en capacité d'absorber une croissance nominale de l'ordre de 4%, chiffre qui a pu être constaté lors de la décennie pré-crise, c’est-à-dire entre 1997 et 2007. Ainsi, depuis l'entrée en crise, soit depuis la fin 2007, le gouffre séparant l'économie française de son potentiel approche les 23% de croissance nominale. Un chiffre jamais vu depuis les années 30, mais toujours insuffisant pour attirer l'attention d'un gouvernement équipé d'œillères.

Car c'est justement cet écart substantiel entre la croissance constatée et le potentiel économique du pays qui permet de caractériser une crise de la demande. L'économie française fonctionne au frein à mains. En écartant cette évidente réalité d'un seul geste, et en consacrant l'intégralité des efforts gouvernementaux au traitement d'une crise de l'offre, le Président, assisté de son Premier ministre, est tout simplement passé à côté de son sujet. Lorsque le diagnostic est erroné dès le départ, il devient hasardeux de prétendre pouvoir obtenir des résultats. Et surtout de faire porter le chapeau de cet échec aux entreprises.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 17/02/2016 - 10:07 - Signaler un abus Valls et l'entreprise

    Pur politique, et PS, où et comment aurait-il pu faire connaissance, sur le terrain ou mieux de l'intérieur, avec l'entreprise?

  • Par Lafayette 68 - 17/02/2016 - 10:24 - Signaler un abus Ils n'aiment pas l'entreprise

    Valls : licence d'Histoire donc plus ou moins marxisé, même malgré lui,UNEF puis PS (Rocard) comme l'écrit zouk plus haut et attaché parlementaire d'un ps, on a compris qu'il ne peut rien comprendre ou pire admettre que l'entreprise est le coeur battant de l'économie d'un pays et seule créatrice de richesse (au sens strict) pour faire vivre les autres secteurs qui apportent des richesses au sens large. Rien à espérer. .Détestation de l'argent mais amour des carrières.Qui paye ?

  • Par Gordion - 17/02/2016 - 11:41 - Signaler un abus @zouk@Lafayette

    Oui. Même si le Catalan n'est pas énarque lui non plus n'aime pas l'entreprise. C'est hors de son référentiel. Au PS on apprend Rousseau, Proud'hon, Marx, l'Autre plutôt que la France et bien sûr le droit de l'hommisme.

  • Par vangog - 17/02/2016 - 14:49 - Signaler un abus Essayer de traiter les conséquences, plutôt que les causes...

    c'est la maladie héreditaire du socialisme...incurable!

  • Par lasenorita - 17/02/2016 - 17:39 - Signaler un abus Il ne comprend pas l'économie!

    Ces hommes politiques sont nuls: ils dépensent plus qu'ils ne possèdent!...N'importe quelle ménagère ne dépensera pas plus que ce qu'elle a dans son porte-monnaie!...Les gauchistes, eux, quand ils se rendent compte que la dette augmente au lieu de chercher à faire des économies,.. ils vont augmenter les impôts, les taxes, etc...ils créent de nouveaux ministères pour caser leurs ''copains''...en se disant les con...tribuables paieront...c'est ainsi qu'Hollande a créé des nouveaux pauvres (des sans-dents)puisqu'on l'INSEE a constaté une hausse de 0,2 point de hausse de la pauvreté en 1 an!...nous sommes actuellement à 8,6 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté(soit 100€/mois)...BRAVO la gauche!

  • Par OLYTTEUS - 18/02/2016 - 18:20 - Signaler un abus La gauche et l'économie

    Lors d'un mandat de conseillère municipale d'opposition dans une ville tenue par les gauches depuis 50ans, je me suis rendue compte que toutes tendances confondues,les gauches voient rouge quand on évoque l'économie privée et ne considèrent que l'économie associative,basée sur les subventions donc notre argent....ils aimaient un entrepreneur ruiné car ladite ruine prouvair la nocivité du capitalisme honni.la gauche est pleine de bonnes intentions mais elle ignore que l'enfer en est pavé.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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