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Manuel de survie en milieu scolaire : échapper aux violences de la cour de récréation

Dans un milieu scolaire de plus en plus hostile, l’auteur Daniel Arnaud donne des conseils aux professeurs, parents et enfants pour étudier correctement : ne jamais fermer les yeux, résister à la surenchère répressive, respecter une échelle de sanctions, se rendre accessible… Extrait de "Manuel de survie en milieu scolaire" (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le

Il n’est pas rare de voir de jeunes profs tout frais émoulus de la fac partir du principe que le « jeune » serait naturellement bon. Non, c’est Hobbes qui avait raison contre Rousseau : « L’homme est un loup pour l’homme. » Et parce qu’il est foncièrement mauvais, il n’est pas dit que vos élèves soient animés des meilleures intentions du monde à votre égard. Vous rencontrerez peut-être une classe dont le seul but sera de vous faire craquer. Sans que vous ayez eu à les « provoquer ».

Mais juste parce que c’est amusant de se défouler sur quelqu’un. De la même façon que dans certains quartiers on torture puis on tue sa victime au fond d’une cave. C’est ce qui est arrivé à Ilan Halimi, au milieu des années 2000, un jeune qui, lui, n’avait rien demandé à personne. La violence s’invite à l’école, sans que ce soit la faute de professeurs qui seraient « trop autoritaires ». Vous y échapperez peut-être. Vous pouvez aussi en être victime. Mieux vaut être prévenu, et appliquer un principe de précaution… Soyez ferme d’entrée de jeu !

Quitte à lâcher la bride par la suite…que ce soit par votre physique ou par votre comportement, vous pouvez également vous attendre à souffrir… Et cela sans bénéficier d’un statut d’enseignant qui vous garantit un reste de considération. La cour d’école, en effet, n’est pas un sanctuaire où on accepte facilement l’autre et la différence, mais une zone d’intolérance où prévalent la pression du groupe et « la loi du plus fort » : « Un enfant aime lire ? Hou, l’intello ! Il répond aux sollicitations des professeurs ? Le fayot ! Il est félicité ? Le chouchou ! C’est ainsi que ce qui est valorisé par les adultes (avoir de bons résultats, être attentif en cours) peut être une porte vers l’enfer », explique Isabelle Monnin dans un dossier consacré au harcèlement et aux violences scolaires.

Selon un rapport rédigé par Éric Debarbieux en 2011 pour le compte de l’UNICEF, 1 enfant sur 10 serait victime de harcèlement à l’école primaire. En mai 2013, le groupe Indochine faisait scandale avec un clip intitulé College Boy mettant en scène un jeune garçon harcelé dans son collège : ça commence par de petites brimades et humiliations (jets de boulettes de papier en classe, bousculades…) puis ça monte en puissance, jusqu’au final où la cible est crucifiée dans la cour et criblée de balles par ses agresseurs… Le clip méritait-il d’être censuré… ou bien n’était-il que le miroir tendu à une société qui refuse de voir ce dont elle est capable ? Bienvenue dans l’Éducation nationale, une institution dans laquelle un élève comme Matteo, 13 ans, peut finir par se pendre parce qu’il n’en peut plus d’être le souffre-douleur de ses camarades.

(...)

Conseils aux élèves (et à leurs parents)

Règle n° 1 : Ne pas se laisser aller à faire « une bêtise »

« J’ai fait mon coming out à l’âge de 15 ans auprès de ma famille et de mon entourage proche, relate Damien. Je venais d’entrer au lycée à Oullins, banlieue plutôt calme de Lyon. Mon homosexualité a rapidement fait le tour du bahut, les gens aiment parler. Dès lors, les choses ont mal tourné. […] J’ai d’abord découvert les regards, les rires étouffés. Puis les insultes, les menaces verbales, les gestes simulant ma gorge tranchée. Rapidement ils se sont mis à me jeter des pierres, des piles, des canettes, des bouteilles en verre, des tomates trop mûres car elles explosent mieux et promettent une meilleure humiliation. […] En plus des projectiles en tout genre reçus quotidiennement et en tous lieux (lycée, bus, ville…), ils m’ont volé mon portefeuille, ils ont essayé de me coincer et de me tabasser à plusieurs reprises, ils ont affirmé au directeur du lycée que je suçais des mecs dans les couloirs de l’établissement, ce qui m’a valu une convocation : heureusement il avait conscience de la calomnie et me demandait de me protéger d’eux – n’était-ce pas son rôle, à lui ? Ils me lynchaient en public en criant : “Hey, Damien, pourquoi t’aimes pas la chatte, sale pédé ?!” Ils ont essayé de me brûler le visage dans le bus. […] Quatre ans de souffrances psychologiques, physiques. Quatre ans à pleurer. »

Si vous êtes confronté à ce genre de situation, et que vous ne voyez pas d’issue, l’idée peut vous traverser l’esprit d’en finir… et c’est la chose la plus stupide que vous ayez à faire. Ne leur donnez pas cette satisfaction ! L’année scolaire peut certes paraître assez longue, surtout quand les choses ne se passent pas bien dans votre établissement.La situation, pourtant, peut évoluer. Tous les élèves ne vont peut-être pas adopter ce comportement odieux. Peut-être aurez-vous l’occasion, à un moment ou à un autre, de vous faire de vrais amis… et pourquoi pas des alliés contre ceux qui vous maltraitent. Peut-être rencontrerez-vous même une main secourable dans les équipes éducatives qui interviendra et qui mettra un terme au processus. Armez-vous de patience et, quoi qu’il arrive, attendez le jour où, comme Damien, vous pourrez redresser la tête et affirmer avec fierté : « J’ai 25 ans, et je suis toujours là. »

Règle n° 2 : Ne pas basculer dans la folie meurtrière

Certains élèves harcelés choisissent une option radicalement opposée : ils se pointent un beau matin au collège ou au lycée armés jusqu’aux dents et ils tirent dans le tas. C’est ce qui est déjà arrivé en Finlande, et qui a poussé à la mise en place du programme KiVa. Voilà un moyen certes efficace de faire payer la note à ceux qui vous maltraitent et à leurs complices par indifférence… En termes de communication, ce dernier geste se révèle en revanche catastrophique : on retiendra juste de vous que vous étiez un fou dangereux qui a « pété les plombs » et la compassion du grand public ira à vos tortionnaires… même si vous restez persuadé au fond de vous qu’ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient. Leur harcèlement à votre encontre aura réussi au bout du compte, puisqu’ils seront ainsi parvenus à casser votre réputation et à vous faire passer pour le « mauvais » de l’histoire. À proscrire, donc.

Règle n° 3 : Interpeller

Malheureusement, la France tout particulièrement conserve un retard important en matière de prévention et de lutte contre le harcèlement. Que ce soit en tant qu’élève ou en tant que parent, il est donc peu probable que vous bénéficiez d’une écoute attentive de la part des équipes pédagogiques ou de la direction de l’établissement. Ce qui ne doit pas vous empêcher de les interpeller sur la situation. Au moins, ainsi ils ne pourront pas dire qu’ils n’avaient pas été alertés.

Règle n° 4 : Accepter de battre en retraite

En attendant que l’Éducation nationale fasse sa révolution, vous serez peut-être confronté, que ce soit en tant qu’élève ou en tant que parent, à une institution qui se bornera à couvrir vos agresseurs pour « ne pas faire de vagues ». Les autorités académiques préfèrent entretenir le déni autour des faits de harcèlement ou de bizutage, y compris lorsque la loi sanctionne ces délits. C’est absurde, c’est injuste, c’est inique, et tout ce qu’on veut. Mais votre priorité doit être de vous protéger et de survivre.

Alors soyez pragmatique : acceptez de changer d’établissement si votre quotidien devient vraiment par trop insupportable. Oui, battez en retraite et tâchez de vous reconstruire ailleurs. Oubliez le passé, profitez du jour présent, faites de votre vie quelque chose de magnifique ! Votre réussite sera votre plus belle revanche sur ceux qui ne croyaient pas en vous.

Extrait de "Manuel de survie en milieu scolaire", Daniel Arnaud, (Max Milo Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

 

 

 
Commentaires

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  • Par Vautrin - 07/09/2013 - 14:51 - Signaler un abus Certes.

    Et comment échapper aux "théories du genre" ? Il y a là une violence morale aussi pernicieuse que la violence physique.

  • Par pale rider - 07/09/2013 - 18:51 - Signaler un abus merci à Daniel Arnaud !

    C'est important , comme vous le faites , de regarder en face cette violence., sans haine ni jugement . Les faits doivent être dits.

  • Par mich2pains - 08/09/2013 - 09:20 - Signaler un abus Ras-le-bol des ...."MANUELS " !

    Est-ce que l'Incapable qui est à ...l' INTERIEUR ne vous suffit pas ?

  • Par fentreti - 08/09/2013 - 22:42 - Signaler un abus Les profs entrent dans la cage aux fauves

    Un bon conseil , quittez ce métier pourri , s'acharner à vouloir instruire des petites racailles vous ridiculise .

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Daniel Arnaud

Daniel Arnaud enseigne le français et l’histoire-géographie en collège. Il a publié Dernières nouvelles du front, choses vues dans un système éducatif à la dérive (L’Harmattan, 2008) et participe au blog Idées républicaines sur le site du nouvelobs.com.

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