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La malédiction des Halles de Paris plane toujours sur le site : la preuve par la Canopée

Un architecte par ailleurs estimable, Berger, a embobiné le jury en présentant une "feuille légère aérienne et transparente en lévitation" qui flotterait sur le site. C’était évidemment impossible, et le résultat navrant et consternant est inauguré ces jours-ci.

Enfer et damnation

Publié le - Mis à jour le 8 Avril 2016
La malédiction des Halles de Paris plane toujours sur le site : la preuve par la Canopée

La malédiction des Halles de Paris (voir ci-dessus) a encore frappé.  Crédit Reuters

A tous ceux qui se demandent consternés comment l’énorme bubon à un milliard d’euros, tripaille comprise, inauguré hier aux Halles sous le nom de Canopée, a pu être construit ; comment ce couvercle gigantesque, grand comme la place des Vosges, couleur jaune pisseux, ce fatras de barres métalliques convulsives promis au destin de navire amiral des pigeons de Paris a pu emporter l’adhésion des édiles de la capitale, je dois un rappel historique et une confession.

Tout commence par le grand déménagement des dépouilles et ossements du cimetière des Innocents, remontant aux Mérovingiens, sous le règne de Louis XVI.

Des centaines de milliers de Parisiens ou ce qu’il en restait furent déterrés pour prendre le chemin des catacombes en 1786 et 1786. Brrr. Les mystiques peuvent penser que ce sacrilège, cette profanation, eurent raison de la monarchie capétienne cinq ans plus tard.

Vint, après quelques décennies d’errements et la destruction d’un gros bâtiment lourdingue désigné par les Parisiens sous le sobriquet de Fort des Halles, l’heureuse parenthèse des halles de Baltard voulues par Napoléon III. Hélas, l’appétit des promoteurs et le souci de donner du travail aux entreprises qui étaient l’arme au pied à la Villette, scandale majeur de l’ère pompidolienne, eurent raison de ces élégantes structures métalliques quand le marché de gros fut délocalisé. En 1973, ce n’était plus que ruines puis qu’un énorme trou au coeur de la ville.

 

Paris eut droit alors à une succession de gestes mal jointifs : les pavillons de Willerval, les arcades de Vasconi et les treillages des Lalanne. Tout cela était confus et indigne du centre de l’une des plus belles villes du monde.

 

Jeune homme, je rêvais à leur destruction sitôt les avoir vu pousser. Le hasard de l’existence me donna la possibilité de transformer le rêve en réalité à partir de 2002 quand, au sortir du cabinet du maire de Paris, je fus nommé directeur général de l’entreprise en charge du dossier.

Une sorte de concours architectural un peu bâtard, dit marché de définitions, fut lancé. C’était à la mode à l’époque. Miracle ! Un projet sublime et étincelant en surgit : celui d’un architecte hollandais du nom de Rem Koolhaas. Il innovait formellement et fonctionnellement par une série de bâtiments connectant le sol et le sous-sol. Hélas, il déplaisait au gestionnaire du centre commercial, le groupe Unibail, qui s’employa à le torpiller avec une association de riverains dans le rôle de l’idiot utile.

Delanoë, maire de Paris qui ne pensait qu’à la com’ facile et craignait les décisions hardies, leur emboîta le pas. Même Le Monde et Libération l’étrillèrent sur le coup ! La société d’économie mixte que je dirigeais fut carrément dissoute peu après ...

Marri de son échec aux JO, le susdit Delanoë s’avisa pourtant un an plus tard qu’il faudrait un tralala architectural quelque part à Paris pour faire oublier ses déboires. On convoqua un concours international pour tenter de transformer le couvercle prévu par l’insipide architecte Mangin en une oeuvre d’art. Mais on ne transforme pas un crapaud en princesse quand on n’a pas de baguette magique.

Atteint par la malédiction des Halles, un architecte par ailleurs estimable, Berger, embobina le jury en présentant une «feuille légère aérienne et transparente en lévitation» qui flotterait sur le site. C’était évidemment impossible et le résultat navrant et consternant est inauguré ces jours ci.

Malgré les efforts de propagande énormes déployés par la mairie, les braves gens voient désormais l’imposture. Ils apprennent aussi que ce ratage a coûté une fortune et, qu’au passage, Unibail, qui n’avait qu’un bail emphytéotique est devenu pleinement propriétaire des lieux. Bref, c’est un échec architectural, urbain, financier, politique et humain.

La malédiction des Halles a encore frappé. Puisse un jour Paris en être délivré.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 06/04/2016 - 10:23 - Signaler un abus un vrai massacre de plus.

    pire que le four du cinéma bien pensant et amalgameur de bons sentiments, le Custer dans le trou des halles de Paris, le film de Marco Ferreri "touche pas à la femme blanche" des années 70. C'est la Little Big Horn qui coule à Paris? Une solution; reconstruire les halles de Baltard.

  • Par Olivier62 - 06/04/2016 - 11:09 - Signaler un abus L'architecture moderne est incurable

    De toute façon avec les concepts actuels, on ne pouvait pondre qu'une horreur, comme c'est systématiquement le cas avec les bâtiments modernes qu'ils soient publics (toujours style bunker fleurant bon le mur de l'atlantique), ou privés (genre pavillon en placoplâtre avec toitures 2 pans-vélux, vendus aux gogos 5 fois son coût réel...). Où est l'époque où le moindre hangar agricole était un petit chef-d'oeuvre ? Le monde de la modernité bourgeoise est d'une laideur à pleurer.

  • Par cloette - 06/04/2016 - 11:52 - Signaler un abus le mot malédiction

    est bien choisi , c'est exactement cela. Pour le comprendre il n'y a qu'à aller, et constater des sensations physiques comme sentiment d'oppression,palpitations cardiaques, difficultés de respiration, malaise extrême ,et.... fuite du lieu le plus vite possible

  • Par jurgio - 06/04/2016 - 16:24 - Signaler un abus Une méchante bêtise incurable !

    On a beau avoir connu les ruelles dégoûtantes de Zola, on a mis dans les mains de types bornés et vaniteux un budget qu'aurait refusé le roi Soleil lui-même !

  • Par Alain Proviste - 06/04/2016 - 22:25 - Signaler un abus PAS ENCORE VU MAIS CA NE SAURAIT TARDER

    Espérons qu'au moins toutes les entrées sont rouvertes et qu'on peut enfin circuler à l'intérieur du Forum sans qu'il y ait besoin de faire d'interminables détours pour aller à la FNAC (seul point d'intérêt local à mon avis mais bon...)

  • Par genbea75018 - 07/04/2016 - 14:01 - Signaler un abus Comment la Canopée pu emporter l’adhésion des édiles...........

    ..........de la capitale" - Tout simplement, Ils ont dû y avoir un quelconque intérêt !!.

  • Par Anguerrand - 08/04/2016 - 08:24 - Signaler un abus Les Halles c'était les pavillons Baltare

    C'était une construction géniale, nos élites ont préféré tout démolir pour y dépenser par 2 fois des milliards. Il suffisait d'aménager les intérieurs vétustes, et ainsi garder un monument historique que l'on serait incapable de recréer actuel. On l'a bien fait à la gare d'Orsay réhabilité et qui fait l'unanimité avec un budget infiniment plus faible. C'est aussi ce qu'on fait les autre pays. Mais chaque president veut laisser sa trace, ce qui ne lui coûte pas très cher puisque c'est avec nos impôts. Mitterrand a été le champion toute catégories avec dès réalisations coûteuses et déficitaires.

  • Par Djib - 08/04/2016 - 09:40 - Signaler un abus Pas grave

    il se trouve toujours une majorité de bobos parisiens, petits fonctionnaires enkystés à Paris, modeux et communicants à keffiehs, journalistes et médiacrates, intermittents du spectacle, associatifs de tout poil, pour continuer à voter à gauche.

  • Par Anguerrand - 08/04/2016 - 10:55 - Signaler un abus A Djib

    Et en plus on nous demandera de trouver ça beau, sinon on passera pour des plouc de droite. Sur que Lang trouvera cela magnifique.

  • Par Deudeuche - 09/04/2016 - 08:39 - Signaler un abus La crue de la Seine

    centenaire, pourrait régler le problème. (pas très charitable, je le conçois).

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Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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