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Mais qui va diriger la FED, la banque centrale la plus puissante du monde ?

Sept Gouverneurs pilotent les taux courts à la Banque centrale américaine, la Fed. Donald Trump annonce, dans sa campagne, sa décision de les contrôler : retaking the Fed.

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Mais qui va diriger la FED, la banque centrale la plus puissante du monde ?

Maintenant, il le peut. Il jugeait, à l’époque, que Janet Yellen, avec ses taux bas, faisait la politique de Barak Obama, qu’elle entretenait une « fausse économie » (a very false economy), alimentait une bulle obligataire énorme (big fat, ugly bubble), et plus encore créait un dollar faible, propice aux achats de sociétés américaines par les chinois.

Mais c’était il y a très longtemps : septembre 2016. Depuis, trois choses ont changé : la croissance américaine se poursuit, mais dans un cadre plus fragile, Donald Trump est Président et il a la possibilité de « prendre » le pouvoir à la Fed. Il a commencé. Va-t-il continuer, jusqu’où et pourquoi faire ?

4 postes de Gouverneur sur sept sont aujourd’hui libres. La Fed est à prendre ! 3 étaient déjà vacants (le Congrès faisait obstruction aux nominations d’Obama) et Stanley Fischer, le numéro deux de la Fed, vient de faire part le six septembre au Président Trump de son intention (surprise) de quitter son poste le 15 octobre. Il pouvait rester comme Vice-Président jusqu’au 12 juin 2018, et son poste expirait le 31 janvier 2020. Il part pour « raisons personnelles », laissant Janet Yellen, Présidente jusqu’au 3 février 2018 et en poste jusqu’en 2024, Lael Brainard (31 janvier 2026) et Jérôme Powel (31 janvier 2028). 3 postes occupés par des Démocrates, quatre à pourvoir : la majorité peut basculer. Mieux même, un candidat déjà nommé par Donald Trump, Randal Quarles, un ancien de l’administration Georges Bush (donc Républicain) vient d’être accepté par le Comité bancaire du Sénat et devrait passer bientôt devant le Sénat dans son ensemble. 3 Démocrates, 1 Républicain, 3 postes à pourvoir d’ici peu.

3 postes ou 4 ? Car tout dépend d’abord de savoir si Janet Yellen sera renommée Présidente. En son temps, Barack Obama avait renommé Ben Bernanke, Républicain. Mais c’était la crise, Ben Bernanke avait joué un rôle décisif pour éviter le pire, et c’était Barack Obama. Janet Yellen pourrait évidemment continuer, sachant qu’elle a réussi, à la fois, à faire repartir l’économie dans la durée (avec la troisième plus longue reprise de l’économie américaine), à faire baisser le taux de chômage à 4,4% (minimum historique), à gérer l’inflation (1,6% en moyenne hors éléments volatiles sur son mandat pour un objectif de 2%) et à faire en sorte que le taux d’intérêt à long terme soit le plus bas possible, à 2% actuellement. Un excellent résultat, mais elle est Démocrate.

Démocrate ou Républicain ? Surtout, ce n’est pas la seule pomme de discorde. En voici deux autres. Donald Trump préfère un système financier plus flexible, qui fait plus de crédits risqués, à un système  plus résilient, alias plus prudent. C’est là, sans doute, ce qui explique (techniquement) le départ de Stanley Fisher. Dans sa lettre de démission, il écrit que « pendant son mandat, l’économie a continué à se renforcer, offrant des millions de nouveaux emplois… » Il ajoute « sensibles aux leçons de la dernière crise financière, nous avons construit les bases d’un système financier plus fort et résilient … ». A de nombreuses occasions, il avait défendu la nécessité de la solidité et des contrôles, contre les lobbies qui voulaient moins de vérifications, de tests et de fonds propres bancaires. A Jackson Hole fin août, Janet Yellen a repris ce message : plus de flexibilité contrôlée d’accord, mais pas au détriment de la solidité du système. Première pomme de discorde avec le Président. Vient l’autre : l’affirmation de la nécessaire indépendance de la Fed par rapport au politique, notamment au Congrès. Elle est constamment brandie par Janet Yellen, alors que le Congrès veut surveiller ce qui s’y passe – et Trump (au moins) aussi. Démocrate, soucieuse des contrôles bancaires et de son indépendance, la messe semble dite pour Janet Yellen. Avec tous les honneurs, elle ne serait pas reconduite et fera des conférences, se rapprochant de son Nobel d’économie d’époux, Georges Akerlof.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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