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Mais au fait, que pense vraiment François Fillon de l'Europe ?

On a beaucoup parlé de son vote contre Schengen, de sa volonté de se rapprocher de Moscou, mais finalement très peu de ce que pense vraiment François Fillon de l'Union européenne. Pourtant, il a développé un programme de recentrage de l'Union ainsi qu'une palette d'outils en matière d'économie, de défense et de justice.

Europhile ?

Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Mais au fait, que pense vraiment François Fillon de l'Europe ?

François Fillon rappelle à dessein que l'Europe est un "instrument" et non pas une "religion". Crédit JEAN-PAUL PELISSIER / POOL / AFP

Atlantico : François Fillon, s'il vient à être élu président, aura beaucoup à faire en Europe, particulièrement avec la remise en cause de l'Union européenne par le Brexit ou de nombreux mouvements eurosceptiques. Quel est son projet pour refonder l'UE et endiguer la crise politique qu'elle traverse depuis quelques années ?

 

Emmanuel Dupuy : François Fillon dans ses discours et écrits ne dit pas qu'il est contre l'Union européenne, mais qu'il est pour une Europe plus efficace et solidaire. François Fillon rappelle à dessein que l'Europe est un "instrument" et non pas une "religion". Cette Europe plus "politique" passe ainsi non seulement par une révision de son fonctionnement institutionnel actuel, trop éloigné des réalités du quotidien des citoyens européens, mais aussi bien évidemment, par la remise en question de son efficacité.

C'est la raison pour laquelle il part du principe qu'une Europe dans laquelle le moteur serait davantage focalisé sur une zone euro, c'est-à-dire non pas une Europe à 27, mais une Europe à 19 davantage recentrée sur 3 sujets principaux (sécurité & autonomie, souveraineté économique et financière, investissements en faveur de l'innovation scientifique et technologique, de la connaissance, de la recherche et du développement). En ce qui concerne précisément ce soucis de l'indépendance, la mise en exergue des projets "structurels" qui feront la base industrielle et technologique (BITD) de demain est caractéristique du projet européen de François Fillon. C'est notamment le cas dans le numérique, comme celui du chantier balbutiant liée à l'intelligence artificielle, ou encore celui des futurs grands projets européens, celui du domaine de la recherche médicale,  du transport du futur (Airbus de demain), de la diversité énergétique (dans la logique des engagements pris en matière d'économie bas carbone et de justice "climatique"), mais aussi, sans que cela soit contradictoire, dans le domaine du nucléaire de nouvelle génération (ITER), ou du projet Copernicus (GMES, programme européen de surveillance de la terre). 

Cela ne fait pas de lui, pour autant, un anti-européen, comme le dépeignent les médias, eu égard au fait qu'il a combattu le traité de Maastricht signé en 1992, comme le regretté Philippe Séguin. Sa réflexion sur l'Europe se fonde surtout sur l'évolution du rôle stratégique de celle-ci dans le monde.

Il l'a rappelé encore récemment à l'occasion de son dernier discours de campagne pour le second tour de la primaire de la droite et du centre, prononcé à la Porte de Versailles : la France, c'est 66 millions d'habitants, l'Europe, ce n'est que guère plus que 600 millions d'habitants, et au regard des 7 milliards d'hommes sur la Terre, cela relativise le poids de la France, mais aussi de l'Union européenne quant aux profondes évolutions géopolitiques en cours. Le discours européen de François Fillon ne fait, in fine, que remettre en exergue la crainte du déclassement stratégique, tout en se ré-appropriant la notion quelque peu oubliée de "profondeur stratégique" européenne (Eurafrique, Eurasie).  Du reste, comme l'a rappelé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, quand on parle de la sécurité du continent européen, ce n'est pas une question qui intéresse seulement l'Union européenne mais qui concerne aussi la Russie et implique tout autant notre voisinage.

Il conviendrait donc de redéfinir au niveau de l'Union européenne ce qui peut être partagé, de ce qui devrait rester l'apanage des Etats. Bref, l'application du principe de subsidiarité, qui est un des piliers de l'Europe depuis sa création. Il s'agirait alors d'une Europe recentrée sur la zone euro, dotée d'un "gouvernement" économique (Directoire politique composé des Chefs de Gouvernement, auquel viendrait s'adjoindre un Secrétariat général, tous deux, indépendants de la Commission européenne), garantie d'une convergence fiscale et d'une mise en commun des dettes des états membres, avec un Euro qui deviendrait monnaie de réserve et de règlement comme l'est actuellement le dollar. Le vainqueur de la primaire de la droite et du centre prône ainsi davantage une Europe recentrée sur la zone euro (19 Etats)  que sur celle de l'espace Schengen (26 Etats) ou de l'UE (dans sa configuration post-Brexit) eu égard, entre autres aux différences d'appréciation quant à la maîtrise des frontières et la gestion non homogène des flux migratoires, ou encore les balbutiements et ornières en matière de coordination dans la lutte anti-terroriste. 

Dans le même temps, on voit bien que la souveraineté au niveau européen passe aussi par des positions communes quant aux traités internationaux, que ce soit le Comprehensive Economic and Trade Agreement - Ceta (liant le Canada à l'UE) ou encore le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement autrement appelé Tafta, que François Fillon n'entend pas signer en l'état et souhaite renégocier, comme il l'indique souvent, au lendemain de son élection. Ces derniers traités imposent qu'il devrait y avoir une position communautaire européenne, mais on voit bien que cette position européenne ne peut être seulement être générée à Bruxelles ou à Genève (eu égard à la position européenne unique au sein de l'OMC), mais doit aussi concerner les Parlements nationaux. Il en va de même avec le statut d'économie de marché qui pourrait être accordée à la Chine, véritable "cheval de Troie" qui défavoriserait nos seulement l'exportation de nos produits mais aboutirait, in fine, à un dumping social et à une régression en matière de protection des droits des travailleurs dans ce cadre, surtout, si une réciprocité quant à l'ouverture des marchés publics en Chine et aux Etats-Unis n'accompagnait ce mouvement. 

Il s'agira, selon François Fillon, par soucis d'équilibre et d'équidistance "stratégique" d'oeuvrer à la concrétisation concomitante d'un partenariat commercial plus équilibré entre l'UE et la Russie, c'est à dire revisité au regard de l'impact négatif, notamment en terme d'emploi, des sanctions à l'égard de Moscou, sur fond de crise ukrainienne. Cette vision d'une Europe plus conscience de sa souveraineté économique et monétaire se ferait, bien évidemment, dans une logique de rigueur budgétaire, n'obligeant pas à l'élaboration d'un nouveau Traité, et donc actant la garantie de celui de Lisbonne de 2009, qu'il avait signé comme Premier ministre de Nicolas Sarkozy.

Il y a enfin la question de l'émergence d'une défense et d'une sécurité européenne autonomes, dans laquelle d'évidence  la prise en compte du rôle structurant et incontournable de la France devrait être réaffirmé. 40% des industries de défense restent franco-britanniques, nonobstant la décision des citoyens britanniques de quitter l'UE, en juin dernier. La France contribue à hauteur de 25% au budget de la défense européenne, elle verse près d'un milliard d'euros pa an au titre des opérations actuellement menées par l'UE, notamment sur le continent africain : elle est donc légitime pour faire des propositions pour améliorer la sécurité européenne. La question était déjà posée lorsque la France a intégré l'Otan en septembre 2009. Une des raisons qui avait motivé François Fillon, alors Premier ministre, malgré sa filiation gaulliste, à promouvoir ce retour dans le Comité militaire intégré de l'OTAN, résidait dans le fait qu'il fallait, par soucis d'indépendance ou de moindre dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, corroborer ce retour à une relance de la défense européenne, qui n'a hélas pas eu lieu, principalement parce que nos partenaires européens n'en n'ont pas voulu.

 
Commentaires

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  • Par marie06 - 29/11/2016 - 11:28 - Signaler un abus Et les 27 autres pays de l'Europe qu'en pensent-ils ?

    Il me semble qu'il faudra l'unanimité, et je doute que ses propositions aboutissent. Donc une fois de plus on aura été trompé car peu de gens comprennent quoi que se soit au fonctionnement de l'UE;

  • Par vangog - 29/11/2016 - 11:51 - Signaler un abus Recentrage de Fillon sur l'Union européiste?

    Cela impliquera plus de pouvoir àaux écolo-trotskystes de la CEDH, de la CEDJ, aux fiscalistes et mafieux de la mauvaise gouvernance europeiste, à la BCE des banquiers Bilderberg, aux lobbies...Francois Fillon me rappelle les novlanguistes gauchistes: "notre politique UMPSECOLOCOCO ne fonctionne pas, alors, allons encore plus loin! Et surtout, expliquons, car les Français sont un peu nieux, et c'est pour cela que ça ne fonctionne pas..." Quel retour en arrière!

  • Par Professore - 29/11/2016 - 15:33 - Signaler un abus Surprenante analyse

    En somme vous louez qu'au nom de l'efficacité, FF veuille transformer l'Europe en une sorte de SDN newlook où tout se décidera entre des Etats souverains et à l'unanimité, sachant à l'avance qu'un point de vue n'est vraiment européen que s'il est conforme à la politique française. Le bel exemple est celui de la gestion politique de la zone euro avec une réunion trimestrielle des chefs d'Etat qui confient à un secrétariat la gestion des problèmes dans un domaine où il faut parfois réagir en deux heures. On pourrait aussi gérer la France de cette manière avec des réunions trimestrielles des présidents de Région. Surtout ne jamais parler du Parlement européen, élu horresco referens au suffrage universel et où la France envoie pas mal de recalés des élections nationales. Ne pas parler de la Commission dont les membres sont approuvés un par un par ce même Parlement, si la même procédure existait en France, il y aurait des chaises vides au Conseil des Ministres. Non le programme européen de Fillon est un remake du Plan Fouchet, c'est aussi le meilleur argument pour mettre les électeurs centristes, En Marche.

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en Afghanistan. Il est secrétaire national chargé des questions défense de l'UDI.

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