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Mais au fait, comment s’appelle votre région (et pourquoi son nom en dit long sur le rapport des Français à leur territoire et sur l’absurdité de certains découpages) ?

A partir du 1er janvier 2016, la loi sur les régions publiée le 17 janvier 2015 sera appliquée. Reste que les 13 nouvelles régions n'ont toujours pas de nom, et que ces derniers seront fixés par décret avant le 1er octobre 2016. Comment seront-ils définis ? Quelle identité de quel territoire sera choisi pour représenter la région ? Il s'agit des enjeux du choix de ces appellations, qui seront déterminants pour la légitimité des conseils régionaux.

La carte et le territoire

Publié le - Mis à jour le 11 Décembre 2015
Mais au fait, comment s’appelle votre région (et pourquoi son nom en dit long sur le rapport des Français à leur territoire et sur l’absurdité de certains découpages) ?

Atlantico : Que disent les différentes pistes envisagées pour les noms des nouvelles régions de la cohérence ou de l'incohérence de ces nouveaux ensembles ?

Laurent Chalard : Le découpage des treize nouvelles régions de France Métropolitaine ayant fait l’objet d’âpres débats, les pistes envisagées pour les noms des sept régions regroupées peuvent témoigner des problèmes de cohérence de ces ensembles. En effet, si certains regroupements semblaient relever du bon sens, comme par exemple la fusion de la Basse et de la Haute-Normandie, ou des régions Bourgogne et Franche-Comté, par contre, pour d’autres, c’était beaucoup moins le cas, comme par exemple pour les trois régions de l’est : Champagne-Ardenne, Lorraine et Alsace.

En conséquence, il serait logique de constater que la question du nom apparaît plus problématique dans les nouvelles régions dont la cohérence apparaît moindre. Dans les faits, c’est effectivement le cas. On voit bien que dans les régions dont le regroupement est assez logique, la question du nom pose beaucoup moins de problèmes que dans celle où il est plus contestable ou tout du moins, où il ne correspond pas à une identité historique précise. Par exemple, la fusion des deux régions Bas et Haut-normandes a conduit à choisir comme nouveau nom « Normandie », ce que le législateur a déjà entériné. De même, la nouvelle région Bourgogne – Franche-Comté devrait garder ce nom. A contrario, pour les trois régions de l’est, il est difficile de trouver un nom faisant consensus parmi les innombrables propositions : ACAL (acronyme provisoire), Grand Est, EuroRégion Est, Austrasie, Quatre Frontières, Alsace – Champagne, Cœur d’Europe... Le plus marketing serait Alsace – Champagne, mais il serait difficilement acceptable pour la Lorraine, ancienne région la plus peuplée des trois.

Jean-Luc Boeuf  : Dans un premier temps, le nom des "nouvelles" régions sera formé des noms accolés des anciennes régions.  Ainsi, parlera-t-on de "Nord - Pas de Calais - Picardie", d'"Auvergne - Rhône-Alpes". La seule exception est la réunion de la Basse et de la Haute Normandie qui va s'appeler "Normandie". Puis les nouvelles régions auront à proposer un nom. Proposer seulement car c'est l'État qui, au final, entérinera le choix du nom. Le fait d'avoir une région qui, pour l'instant, s'appelle "Alsace - Champagne Ardenne - Lorraine" montre à l'évidence la difficile consistance de cet ensemble !

Quels sont les enjeux qui prévalent dans la dénomination des 13 nouvelles régions portées par la dernière réforme territoriale ? Les critères de notoriété et de tourisme peuvent-ils primer par exemple sur ceux de l'histoire et de l'identification collective ?

Laurent Chalard : Il ne faut pas surestimer les enjeux liés à la dénomination des treize nouvelles régions, dans le sens qu’un « bon nom » ne pourra jamais faire oublier les caractéristiques intrinsèques d’une région, les investisseurs réfléchissant à deux fois avant de s’implanter sur un territoire. Cependant, un choix intelligent, c’est à dire des noms courts, qui ne sont pas des acronymes, et qui font référence à une image spécifique connotée positivement, peut constituer un plus, dans le sens qu’il permet à l’investisseur potentiel de cerner plus rapidement le territoire dans lequel il s’installe. 

Dans ce cadre, les critères de notoriété et de tourisme, l’un allant avec l’autre, paraissent effectivement à privilégier, dans le sens que certaines références historiques n’ont plus aucun sens à l’heure actuelle. Par exemple, les termes proposés d’Austrasie, de Burgondie ou de Septimanie pour dénommer certaines régions n’évoquent plus rien aujourd’hui et n’ont donc aucune pertinence. De même, les termes purement géographiques, tels que Hauts de France, Sud de France, Sud-Ouest, Grand Est…, qui évoquent plus des termes utilisés par les aménageurs, sont à proscrire. 

Il est aussi important que l’ensemble des composantes d’une région comprennent que le choix d’un nom évocateur doit primer, même s’il ne fait référence qu’à une partie du territoire régional car sa notoriété rejaillira aussi sur les autres sous-régions. Il faut garder en tête l’exemple du land de Bavière allemand, souvent cité en exemple pour sa prospérité et sa bonne gouvernance, qui est beaucoup plus étendu que la Bavière historique. 

Jean-Luc Boeuf : Les principaux enjeux sont ceux de la notoriété et de l'identité. Et l'on imagine très aisément que les batailles seront féroces, notamment de la part des acteurs des anciennes régions fusionnées (Picardie, Poitou-Charentes, Limousin...) Le risque naturellement est d'arriver a des noms très longs qui ne feraient que reprendre les noms accolés!  Ce qui sera révélateur de la difficile cohérence et consistance des régions bâties à  la serpe, en 2014. Pour ce qui est des enjeux de tourisme, il est une région formée notamment du Jura, dont la notoriété est exceptionnelle. Il est pourtant peu vraisemblable que les élus proposent ce nom pour la future région Bourgogne - Franche Comté.

De quelle façon les citoyens s'impliquent-ils dans ce débat ? Qui, au fond, prend une position de leadership sur la question ? Qu'est-ce que cela révèle en fin de compte des intérêts et des stratégies qui entrent dans le jeu des dénominations ?

Laurent Chalard : Tout d’abord, il convient de rappeler que selon le législateur, la prise de décision relève uniquement du politique, en l’occurrence des conseils régionaux concernés, ce qui sous-entend que la consultation des citoyens n’est pas obligatoire et que même lorsqu’elle a lieu, ces derniers n’ont aucun pouvoir décisionnel. 

D’ailleurs, les citoyens s’impliquent très peu dans le débat. Ce n’est pas leur priorité, comme c’était déjà le cas au niveau du redécoupage, qui n’a pas mobilisé les foules. Les français sont plus préoccupés par la sécurité, l’immigration et le chômage que par une énième réforme administrative, d’autant que le pouvoir des régions reste limité. Ce sont plutôt les élites politiques régionales qui préfèrent consulter leurs concitoyens, dans l’optique d’une prise de risque minimum leur permettant de choisir parmi les noms qui semblent emporter l’adhésion du plus grand nombre et donc d’éviter un éventuel mécontentement dès le début de la nouvelle mandature. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 06/12/2015 - 10:44 - Signaler un abus Dénomination des nouvelles régions

    Le redécoupage étant absurde, il est compréhensible que leurs dénominations soient également absurdes pour la quasi totalité, la Normandie seule faisant exception.

  • Par Deudeuche - 06/12/2015 - 11:06 - Signaler un abus Elsass

    Alsace, et Lorraine et Champagne Ardennes. Halte au délire Faustien de l'Etat Jacobin. En 2017 on revient sur cette création à la Frankenstein.

  • Par Anguerrand - 06/12/2015 - 11:28 - Signaler un abus Des erreurs politiques impardonnables

    Dans ce découpage fait sur le coin du bureau de Hollande la petite politique a pris le dessus sur les désirs des français. Ratacher l'Alsace a laLorraine quand on connaît les valeurs locales et une très ancienne rivalité, ne pas rattacher Nantes à la Bretagne quand on sait que le château des ducs de Bretagne est à Nantes pour faire plaisir à Le Drian et surtout pour que le PS ne perde pas la Bretagne, quand la Corse n'est pas rattachée à PACA, quand dans la région Aquitaine certains citoyens devront faire près de 500 pour aller à Bordeaux le PS a fait de la petite politique politicienne. Quid des " château des anciens " palais " que se sont fait les roitelets locaux à Clermont Ferrand ou Montpellier ? Ou sont les économies? Rien de prévu meme au contraire. Alors moi je reste à la maison

  • Par Humaniste - 06/12/2015 - 11:50 - Signaler un abus la cohérence des découpages territoriaux

    Les découpages territoriaux en France gardent la même cohérence : préserver le pouvoir de l'Etat jacobin et son contrôle de la société civile en affaiblissant l'unité symbolique et communautaire des communautés territoriales. Le nom en fait partie de même que les rationalisations technocratiques qui ont pour but d'effacer l'identité symbolique. C'est d'autant plus facile que les sciences humaines et sociales ont participé à ce déni du symbolique et cultiver une ignorance des phénomènes communautaires que l'on voit exploser dans tous les domaines.

  • Par jurgio - 06/12/2015 - 12:08 - Signaler un abus Simple : découpage de gauche

    = découpage électoral.

  • Par J'accuse - 06/12/2015 - 12:27 - Signaler un abus Mort aux régions !

    Supprimons les régions administratives ! Elles ne servent à rien d'autres qu'à multiplier les élus et les fonctionnaires, à augmenter les dépenses publiques et donc les impôts, à rendre plus difficile la réalisation de projets, à diviser arbitrairement le territoire national et à opposer les Français. Les provinces historiques n'ont aucune raison d'être recréées administrativement, et ça crée plus de conflits que ça ne règle de problèmes. Les maigres compétences des régions peuvent sans difficulté être transférées aux départements, bien ancrés dans l'esprit des Français et auxquels il ne faut pas toucher. Les régions sont des alibis pour faire croire à une décentralisation, alors qu'il n'en est rien. Donnons plutôt plus de pouvoir aux départements : leur petitesse n'est pas un problème, et ils peuvent facilement se regrouper pour des projets communs.

  • Par Deudeuche - 06/12/2015 - 13:26 - Signaler un abus A j'accuse

    salut Maximilien....Robespierre

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Jean-Luc Boeuf

Jean-Luc Bœuf est directeur général des services de la ville et de la communauté d’agglomération de Quimper. Il vient de publier Un seul lit pour deux rêves, la France et ses régions  et anime le site www.jean-luc-boeuf.fr

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