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Mad Men : des hommes, des vrais

Récompensée pour la quatrième année consécutive du prix de la meilleure série dramatique aux États-Unis, Mad Men fait écho aux questionnements modernes sur la masculinité, entre quête de virilité et nouveaux rôles à jouer.

It's a man's, man's, man's world

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Mad Men : des hommes, des vrais

Don Draper, héros charismatique de la série Mad Men "pose à travers lui de nombreux questionnements sur la masculinité d’hier à aujourd’hui."  Crédit AMC

Mad Men vient de recevoir, pour la quatrième année consécutive, l’Emmy Awards de la meilleure série dramatique. Plein succès donc pour cette série américaine « dont tout le monde parle et que personne ne regarde » selon Olivier Joyard journaliste aux Inrocks. Dès sa première diffusion, Mad Men est devenu un authentique phénomène de société et même une véritable machine à tendances, puissante source d’inspiration pour les hommes, dont la collection Mad Men Suit de Brooks Brothers n’en est qu’un exemple parmi d’autres.

Comment expliquer un tel triomphe et une telle aura sur les mâles de notre siècle ? Racontant la vie d’un groupe de publicitaires dans les années 1960 cette série culte met en scène un personnage très charismatique, Don Draper, et pose à travers lui de nombreux questionnements sur la masculinité d’hier à aujourd’hui. L’occasion de s’interroger sur la construction actuelle de l’identité masculine dans notre société mass-médiatique.

Mad Men se déroule dans la société américaine des sixties, totalement formatée par les valeurs sociales de la réussite et de la famille, et profondément régie par des conventions sociales strictes qui exercent une pression sur les personnages. Évoluant dans le milieu à la fois glamour et hypocrite de la publicité, ces derniers semblent incarner une autre ambivalence : heureux et satisfaits de leur situation en apparence, ils se révèlent en perte de repères, en proie à des doutes existentiels, refoulant leurs secrets et leurs affects. La série semble traversée par ce thème de l’aliénation, et ce questionnement permanent sur la construction du Soi dans un moule sociétal aux contours rigides.

Au fil des épisodes contant les petites expériences du quotidien d’un bel homme d’affaires, la série fait écho aux bouleversements et remises en question que la masculinité connaît actuellement. Réservoir de stéréotypes et d’archétypes sur le masculin traditionnel (Don Draper incarne un Américain blanc aux costumes soignés, bien rasé, puissant, viril et séducteur et en même temps, goujat, machiste, sexiste, souvent raciste, grand fumeur et consommateur de boissons alcoolisées), Mad Men renvoient aux revendications de certains hommes qui regrettent la place et le rôle qui leur étaient assignés à la veille de la montée en puissance de l’émancipation féminine. A travers ces histoires banales et ce personnage central, quasi symbole de la masculinité occidentale, le public (notamment masculin) se reconnaît, se projette et s’identifie.

Prenant pour prétexte le thème de l’émancipation féminine (l’inspiration de départ de Matthew Weiner, créateur de la série, était le film Les Bonnes Femmes de Claude Chabrol), Mad Men délivre en fait une rétrospective de la condition masculine. Le mâle de notre siècle a connu depuis quelques décennies de profondes métamorphoses, délaissant son habit traditionnel d’homme viril et austère pour endosser de nouveaux rôles au prisme de ses apparats et de son rapport aux femmes. Avec la montée en puissance des valeurs féminines et la possibilité laissée aux hommes de s’interroger sur le sens de la vie et sur le façonnement de leur identité, de nouvelles manières d’exprimer sa masculinité ont vu le jour. Du « métrosexuel » au « néo-mec », en passant par le « bear », l’« übersexuel » ou l’androgyne, les catégorisations de l’identité masculine ont fait florès. Pourtant, loin de caractériser l’ensemble des représentations masculines, de circonscrire la pluralité de leurs identités ni de gommer ce qui fonde traditionnellement l’homme, ces effervescences n’ont fait que traduire la volonté de dépasser les schémas binaires et les assignations normatives à un rôle. En délaissant une identité une et unique, l’homme peut redécouvrir ce qui l’animait jadis : son rapport aux autres, au grand Autre, celui de la Nature, mais aussi à son Soi.

En faisant le deuil d’un idéal viril dépassé, l’homme se relie davantage à la vie et recomposent de nouveaux idéaux. Si tout n’est pas bon à prendre dans les nouvelles constructions de la masculinité, l’idéal viril traditionnel n’est pas non plus à regretter. Mad Men illustre parfaitement cette ambivalence en peignant ce tableau d’un personnage outrancier, aussi fort que vulnérable, animé tout autant par la réussite que par le doute constant. Les potentialités du mâle de notre siècle restent encore à décrypter.

 
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  • Par Esteban20 - 20/09/2011 - 19:00 - Signaler un abus Superbe

    encore une excellente analyse sur Atlantico. MAis j'ajouterais que les femme adorent la série aussi... EN tout cas celles qui aiment les hommes qui aiment les femmes pour paraphraser Azarro...et sans nostalgie aucune.

  • Par blazer - 21/09/2011 - 00:19 - Signaler un abus Facile...

    ...de dresser le constat de la chute masculine, d'après le moule américain regressif, depuis Reagan. La vérité est que les hommes sont paumés, mal rasés et stressées par la compétition éco,, otages du trophée de l'orgasme que les femmes exigent et laissent au fond les femmes seules avec les enfants, les doutes et l'age qui vient. C'est chouette, le XXI ème siècle.

  • Par Tyrel - 21/09/2011 - 00:46 - Signaler un abus VIVE LES MACHOS

    Ca nous fait adorer les hommes fragiles qui n'osent pas gérer leur part de féminité et en rajoute dans le machisme. Vive le stapes sur les fesses quand on passe l'aspirateur pendnat qu'il boit s abière devant téléfoot

  • Par Sébastien - 21/09/2011 - 06:38 - Signaler un abus Regard sur nous-meme

    Cette serie montre bien que nos societes modernes, "debarrassees" des cliches que vous mentionnez (racisme, machisme) ont laisse place a une liberte qui n'en est pas une. Les normes sociales ont disparu ? Ben voyons. Elles sont plus fortes que jamais. Voir une societe ou l'on peut fumer et boire sans qu'on se sentir coupable du pire, le tout dans des costumes superbes, c'est agreable.

  • Par nemotyrannus - 24/09/2011 - 13:02 - Signaler un abus mouais.

    Les valeurs féminine et masculines...Le côté féminin et le côté masculin...??? Je n'y crois pas,ça n'existe pas,ça ne veut rien dire. Si un homme développe de l'empathie et de la douceur c'est que c'est inhérent à la "nature" de l'homme,c'est tout,ça ne signifie pas qu'il y ait une "part de féminin" en lui... Pareil pour les femmes.

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Emilie Coutant

Emilie Coutant est sociologue, consultante en mode, médias, tendances, risques et addictions.
Docteur de l’Université Paris V, elle a soutenu une thèse intitulée “Le mâle du siècle : mutation et renaissance des masculinités. Archétypes, stéréotypes, et néotypes masculins dans les iconographies médiatiques” (2011). Fondatrice et dirigeante de la société d’études qualitatives et prospectives Tendance Sociale, elle réalise études et enquêtes sociologiques pour le compte d’entreprises ou d’institutions. Enseignante dans diverses universités et écoles de mode, elle est également Présidente du Groupe d’Etude sur la Mode (GEMode), rédactrice éditoriale des Cahiers Européens de l’Imaginaire et secrétaire du Longeville Surf Club.

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