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Libye : Pourquoi la partie est loin d'être gagnée pour l'Etat islamique

Avec plus de 55 morts cette semaine dans 2 attentats, la Libye s'enfonce de plus en plus dans les affres d'un État failli. Ingouvernable avec ses deux gouvernements qui s'opposent, le vide politique profite aux partisans de l’État Islamique (EI) qui cherchent à s'implanter durablement aux portes de l'Europe. L'Union européenne fait pression pour un plan de paix de toute urgence.

Vite, la paix !

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Libye : Pourquoi la partie est loin d'être gagnée pour l'Etat islamique

Des membres des forces pro-gouvernementales à Benghazi (Libye).  Crédit Reuters

Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, a rencontré vendredi Fayez el-Serraj, le Premier ministre du gouvernement d'union nationale et plusieurs acteurs politiques libyens favorables à l'accord politique proposé par l'ONU et a promis de l’argent et un soutien militaire aussitôt le gouvernement d'union nationale mis en place.

Atlantico - Une fois de plus, la Libye tient le haut de l'actualité avec deux attentats et l'incapacité des politiques à se mettre d'accord sur un gouvernement d'union nationale.

Chaque jour, le danger se fait plus en plus pressant. Depuis Syrte, l'EI apparaît comme l'un des principaux facteurs de déstabilisation du pays. Quel intérêt représente la Libye pour l'EI?

Alain Rodier : Le problème n’est pas tellement la puissance de Daesh en Libye (qui est certaine comme nous le verrons plus loin) mais l’impossibilité des forces qui devraient s’y opposer à s’unir pour mener un combat cohérent. Comme vous le soulignez fort justement, bien qu’un gouvernement d’union nationale ait théoriquement été formé sous l’égide de l’ONU après l’accord signé à Skhirat au Maroc le 17 décembre, le « premier ministre » Fayez Sarraj ne parvient pas à constituer son cabinet en raison de luttes internes exacerbées. Résultat, le pays est toujours divisé entre deux gouvernements, celui de Tobrouk reconnu jusqu’ici par la communauté internationale et celui de Tripoli soutenu en sous-main par une alliance qataro-turque qui défend les intérêts des Frères musulmans.

Pour compliquer le tout, il existe une scission dans le camp du gouvernement de Tobrouk : le général Khalifa Haftar qui est le chef de l’« armée » légale est en froid avec Ibrahim al Jadhran, le responsable de la Petroleum Facilities Guard (PFG), l’importante milice chargée de protéger les installations pétrochimiques de Cyrénaïque. Ce dernier vient de s’opposer à l’offensive lancée par l’Etat Islamique contre les ports d’Es Sider et de Ras Lanouf. A noter que les installations pétrolières y sont fermées depuis plus d’un an. Même son fief d’Ajdabiya est menacé, certains membres de milices locales ayant prêté allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi. Et pendant ce temps là, les troupes du général Haftar restent l’arme au pied en comptant les points ! Il faut dire que le bouillant général n’accepte pas le poste qui lui est proposé par Martin Kobler, l’émissaire de l’ONU, dans le gouvernement de transition. Il souhaite devenir ministre de la défense et pas se contenter uniquement à continuer à diriger l’« opération dignité » (qui consiste à lutter contre l’EI en Cyrénaïque). A l’évidence, l’EI profite de l’opportunité qui lui est ainsi offerte sur un plateau en divisant les forces de l’adversaire pour passer à l’offensive.

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 10/01/2016 - 11:22 - Signaler un abus Derniers paragraphes : bien dit...

    S'il n'y en avait qu'une, ça serait LA raison majeure pour ne pas voter Sarkozy en 2017 et avant.

  • Par vangog - 10/01/2016 - 22:27 - Signaler un abus Sarko-le-tricheur et Flamby-le-menteur ont fait énormément

    de mal au monde, par orgueil et méconnaissance des équilibres internationaux. Ces représentants de la grande famille ont sonné le glas du "devoir d'ingérence humanitaire", dogmatiquement imposé par l'internationaliste, ancien des jeunesses communistes, Bayrouiste, turcophile ( comme son soixantuitard de pote Kohn-Bendit) et russophobe Kouchner, et sa clique de copains internationalistes, Dominique Moïsi, de l'Institut français de relations internationales (IFRI), Mario Bettati, Elie Wiesel...que d'erreurs historiques, à cause de cette politique bêtement ingérante et assurément déséquilibrante! Les conséquences de leurs péchés d'orgueil sont pires que tout et portent les germes des guerres futures: Lybie, Irak, Syrie, Kossovo...ils en sont responsables devant l'histoire, ces pauvres orgueilleux qui croient dicter au monde leur morale désuète et internationaliste!

  • Par zouk - 11/01/2016 - 11:26 - Signaler un abus Lybie

    Nommer Général Haftar Ministre de la Défense permettrait peut être de clarifier les choses à Tobrouk, est-ce possible? et certain? Plus globalement, comment sortir de cette impasse en évitant de renforcer Daesh?

  • Par zouk - 11/01/2016 - 11:30 - Signaler un abus Lybie

    Nommer Général Haftar Ministre de la Défense permettrait peut être de clarifier les choses à Tobrouk, est-ce possible? et certain? Plus globalement, comment sortir de cette impasse en évitant de renforcer Daesh? Quelle responsabilité portent B.-H. Levy intoxiqué par qui? à Tobrouk? et surtout N. Sarkozy suivi par D. Cameron pour avoir détruit la Lybie, certes aux mains d'un fou criminel, sans prévoir le lendemain!

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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