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Libération : l’affreux traitement réservé à la “collaboration horizontale”

Dès les années 1940, avant même la libération de Paris et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'épineuse question de l'épuration s'impose : Comment sanctionner ceux qui ont collaboré avec l'Allemagne nazie ? La France se déchire entre les défenseurs du pardon et les partisans d'une justice punitive pour les soutiens de Vichy. Brossant un tableau de la France de l'après-guerre couvrant tous les milieux – intellectuels, politiques, ecclésiastiques, etc. Emmanuel Pierrat dépeint dans "La France des vaincus passe à la barre - Une histoire judiciaire de l'épuration en France. 1943-1953" (First Editions) un pays au bord de la rupture et analyse les tourments d'une société qui cherche à sortir d'une situation d'exception, violente et chaotique.

Bonnes Feuilles

Publié le
Libération : l’affreux traitement réservé à la “collaboration horizontale”

 Crédit wikipédia

Sur la place de la mairie, la foule s’amasse. Les uns veulent participer à la curée, les autres veulent défendre ces jeunes femmes. Les principales intéressées, quant à elles, préfèrent laisser passer l’orage sans se défendre, sans tenter quoi que ce soit. Mieux vaut ne pas les énerver davantage, se disent-elles sans doute…

Elles sont en partie déshabillées. On peint sur leurs poitrines des croix gammées. Elles sont ainsi exposées à la foule, sous la garde armée d’une poignée de jeunes gens, pendant plus d’une heure, essuyant quolibets et insultes.

Sans doute leur crache-t-on au visage, et il n’est pas impossible qu’elles reçoivent quelques gifles.

Elles ne bronchent pas. Cela ne servirait qu’à rendre la situation plus difficile encore. Certains habitants ont une bonne idée : ils foncent chez eux et reviennent avec un miroir.

« Regardez-vous ! S… ! Vous êtes fières de vous ? »

Les heures passent et le soleil cogne. Quelqu’un veut leur donner à boire, il manque se faire casser la figure par les hommes qui montent la garde devant elle.

Enfin, on daigne les enfermer. Non pas à la gendarmerie, mais au château du maire. Dans les écuries, plus exactement, et sous bonne surveillance. Leurs gardes, au fil des heures, s’enivrent et se montent la tête. Ils décident finalement de faire justice eux-mêmes. Pourquoi se gêner ? Elles sont coupables, non ? On le sait ! On a trouvé les preuves ! Ils en sont persuadés. Tout est simple, non ? La situation est claire, pourquoi s’embarrasser et perdre toute la nuit alors qu’on pourrait en finir et s’amuser un peu ? L’idée semble bonne.

Ils les font sortir de l’écurie où elles sont enfermées et leur ordonnent de grimper dans un chariot.

Tiré par deux chevaux, le groupe s’éloigne du bois.

Comprenant que c’est en train de très mal tourner, les prisonnières supplient leurs ravisseurs, toujours armés, de plus en plus ivres et menaçants, de les ramener au château.

De ne pas leur faire de mal. Mais ils sont intraitables – et frapper des femmes qui ont les mains liées ne les effraie pas : elles n’avaient qu’à s’abstenir de coucher avec les boches, et de dénoncer des copains qui, maintenant, sont morts.

Le sinistre équipage arrive à l’orée d’un petit bois.

Tout le monde descend.

Les hommes les forcent à creuser leurs propres tombes.

Ils les violent.

Ils tentent de les pendre.

D’après certains témoignages, le noeud qu’ils ont confectionné ne coulisse pas correctement et ils sont alors obligés d’achever leurs victimes à coups de pelles.

Leur terrifiante besogne achevée, la terre encore fraîche sur les corps des trois jeunes femmes, ils reviennent au village, dessaoulés par l’effort, fiers peut-être du devoir accompli.

Les dépouilles de Marie et Germaine Guillard seront quelque temps plus tard exhumées et enterrées dans la fosse commune. Quant à Suzanne Lesourd, sa fosse improvisée au pied d’un arbre restera sa dernière demeure.

 
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  • Par alghandy - 15/04/2018 - 18:58 - Signaler un abus Les assassins furent-ils

    Les assassins furent-ils identifiés, jugés et condamnés?

  • Par Deudeuche - 16/04/2018 - 14:31 - Signaler un abus Des patriotes je suppise

    Ordures de toutes les crises, révolutions ou troubles.

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Emmanuel Pierrat

Emmanuel Pierrat est avocat au Barreau de Paris et écrivain.

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